Les squelettes dans les tombes rouvertes au Moyen Âge étaient repositionnés. © tuulimaa, Adobe Stock
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Les profanateurs de tombes au Moyen Âge n'étaient pas des inconnus

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Au Moyen Âge, la fermeture d'une sépulture ne signifiait pas forcément le repos de la personne inhumée. Entre pillages de tombes et récupération d'objets de culte, les archéologues mènent l'enquête.

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[EN VIDÉO] Archéologie : découvrez le passionnant travail de l'anthropologue  Lors de recherches archéologiques, il n’est pas rare de trouver d’anciens sites d’inhumation. Ces tombes renferment en général de nombreux indices et témoignages des civilisations passées que l’anthropologue saura interpréter précisément. L’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) nous parle de son travail au cours de cette courte vidéo. 

Les archéologues le savent, au Moyen Âge en Europe il n'était pas rare que des tombes soient rouvertes, parfois si vite après l'inhumation que les corps étaient encore charnus. Dans ces sépultures, les corps sont souvent incomplets et les objets funéraires, manquants. Puisque des textes de lois à la même période interdisaient le pillage de tombes, les archéologues ont longtemps supposé que leurs contenus avaient été volés. Dans le journal Antiquity, une équipe de chercheurs européens réévalue pourtant cette conclusion trop simple à leur goût.

Les tombes pillées ont été datées entre les Ve et VIIIe siècles et sont localisées dans des cimetières en Europe centrale et de l'Ouest, notamment en Hongrie, Autriche, Allemagne, France et sud-est de l'Angleterre. Elles se composaient initialement d'un cercueil rectangulaire en bois, parfois inclus dans une large chambre funéraire. Les pratiques funéraires impliquaient que la personne portait des bijoux, des armes et des accessoires vestimentaires, bien que ces attributs diffèrent en fonction de la période et de la zone géographique.

Reconstitution d'une chambre funéraire dans l'est de la France, au Moyen Âge. © B. Clarys, PCR espaces et pratiques funéraires en Alsace aux époques mérovingienne et carolingienne

Des tombes ouvertes par des proches

Afin de mener leur enquête, les archéologues ont dû déterminer les tombes qui avaient été modifiées par des personnes de celles dont le contenu avait été altéré par des animaux, la décomposition naturelle du bois et des tissus, ou les mouvements causés par l'infiltration d'eau. Ils ont ensuite comparé le contenu des tombes rouvertes avec celui de sépultures intactes pour déterminer la nature des objets manquants. Des traces d'oxydation indiquent que les épées, les scramasaxes (grands coutelas) et les broches ornementales étaient les objets qui étaient le plus souvent récupérés dans les sépultures. Plus rarement, des colliers et boucliers étaient emportés et dans un cas, le corps d'un chien a même été déposé dans la tombe rouverte.

Sépulture à Vitry-la-Ville, en France, montrant un corps partiellement articulé qui a été repositionné après réouverture de la tombe. © Éveha-Études et valorisations archéologiques

D'après la façon dont certaines tombes ont été ouvertes, les auteurs suggèrent que les personnes responsables en connaissaient l'organisation interne. Ils indiquent aussi que les restes humains et notamment les crânes ont souvent été manipulés et repositionnés et que des os ont été échangés entre plusieurs tombes. L'attention particulière portée aux squelettes, la récupération d'objets symboliques plutôt que précieux et la réouverture des tombes durant plusieurs générations successives permet donc aux auteurs de penser que cette pratique n'était pas le fait de pilleurs de tombes. Ils suggèrent plutôt qu'il s'agissait d'une coutume afin de maintenir un lien entre les vivants, sans doute de la famille, et les morts. Au Moyen Âge, cet acte était donc probablement socialement positif et il s'avère que les cimetières dans lesquels plus de la moitié des tombes étaient rouvertes ont pu être utilisés plus longtemps que ceux dans lesquels les défunts n'étaient pas dérangés.

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