Pourquoi diagnostiquer tôt le frein de langue est-il si important pour le développement du bébé ? © kittyfly, Adobe Stock
Santé

Frein de langue : un sujet controversé aux conséquences multiples

Question/RéponseClassé sous :Corps humain , organe , langue

Depuis quelques années, la notion de frein de langue restrictif, ou ankyloglossie, a refait surface. Telle une mode, une nouveauté, les freins de langue font parler d'eux. On leur attribue beaucoup de maux, mais c'est un sujet qui divise.

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L'ankyloglossie est une anomalie congénitale qui rend la langue moins mobile. Avoir un frein lingual anormalement court peut entraîner des complications plus ou moins importantes selon la restriction et l'adaptation du corps à cette contrainte.

Les répercussions du frein de langue chez le bébé et le jeune enfant sont :

  • Allaitement maternel difficile : possibles douleurs à la mise au sein avec déformation du mamelon et crevasses ; le bébé qui n'arrive pas à s'accrocher au sein ne prend pas suffisamment de poids. Par conséquent, il y a un risque de possibles mastites, de mycoses du sein et une baisse de lactation.
  • Diversification alimentaire : fort réflexe vomitif, rejet des morceaux, fausses routes, très longs repas même au biberon.
  • Autres : mauvais placement dentaire, problèmes de déglutition et de phonation, troubles du sommeil, remontées acides, difficultés à être calme, respiration buccale, plagiocéphalie/dolicocéphalie (déformation crânienne), troubles de la sphère ORL...

Chez l'adulte, en plus des troubles déjà évoqués, sont souvent évoqués des maux de tête, de dos, des tensions corporelles liées aux tensions des fascias notamment. On note parfois des apnées du sommeil, du bruxisme (dents qui grincent), des caries, etc. Ces adultes ont parfois eu recours à des traitements d'orthodontie longs pendant leur jeunesse.

Une langue bien pendue mais surtout mobile permet, entre autres, de se nourrir sans difficulté et d'apprendre à parler correctement. © margarita1305, Adobe Stock

Comment diagnostiquer une restriction linguale ?

Le diagnostic est posé par un professionnel formé spécifiquement, après étude des symptômes, un interrogatoire minutieux, et à la suite de l'observation et de l'examen de la langue, du visage et de la cavité buccale.

Le diagnostic peut être posé par un chiropracteur, un ostéopathe, un ORL, un orthophoniste, une sage-femme, un dentiste, un consultant en lactation, ayant suivi des formations pointues.

Quels sont les traitements proposés en cas de frein de langue restrictif ?

Plusieurs prises en charge peuvent être envisagées, par une équipe pluridisciplinaire.

  • De la rééducation myofonctionnelle : séances d'ostéopathie-chiropraxie, d'orthophonie, exercices à faire à la maison (pour une
  • meilleure mobilité linguale et détendre les tensions), positionnements (étirement du cou, mise sur le ventre)...
  • Si besoin, en plus d'un tel accompagnement, une frénotomie peut être proposée : il s'agit d'une chirurgie pour couper le frein restrictif, afin de libérer la langue. Elle peut se faire par ciseaux ou laser selon le cas et le praticien.
  • L'allaitement « non écourté » permet un meilleur développement du crâne et de la cavité buccale. Des consultations d'allaitement avec une consultante en lactation ou une sage-femme formée sont recommandées chez les bébés, pour favoriser l'allaitement malgré les difficultés possibles.

Un peu d'histoire

On retrouve des traces de récits sur les freins de langue depuis des siècles, voire plus de 2.000 ans. On parle de freinotomies datant du XVIe siècle. Le roi Louis XIII a lui-même bénéficié de cette opération en 1610. Certains enfants arrivaient à se nourrir, d'autres avaient la chance de pouvoir profiter de plusieurs nourrices (Louis XIV eu près de dix nourrices qu'il blessait à sang en tétant) ou d'alternatives au sein (lait d'animaux, jus...).

Parfois, les sages-femmes coupaient le frein avec un ongle. Cependant, bien des enfants n'ont sans doute pas survécu, ne pouvant pas se nourrir correctement. Les freins de langue étant en partie génétiques, cela diminua le nombre de personnes atteintes.

Le développement des laits industriels et du biberon a permis une large survie des enfants par facilité de prise par rapport au sein. Le nombre d'enfants porteurs a donc sans doute augmenté, par transmission génétique d'un gène dominant. Il est probable également que la nourriture actuelle favorise cette pathologie (perturbateurs endocriniens, conservateurs, manque de vitamines...).

L’ankyloglossie limite les mouvements linguaux. Chez le bébé, cela se manifeste par des difficultés d'allaitement au sein ou au biberon et qui l'empêchent de prendre du poids. © olgasparrow, Adobe Stock

Pourquoi ce sujet est-il controversé ?

La connaissance des freins de langue a peu à peu disparu à cause de l'alternative des biberons, et leur dépistage s'est fait de plus en plus rare. Les troubles d'allaitement ont été mis sur le compte des mères : pendant plusieurs dizaines années, les faibles prises de poids des petits ont été reprochées aux femmes à qui l'on attribuait un lait peu nourrissant ou en trop faible quantité... Les bébés qui luttaient pour attraper le sein et bien téter étaient appelés capricieux ou paresseux... L'orthodontie a permis le réajustement de la dentition, l'orthophonie a aidé à prendre en charge les troubles alimentaires et de l'élocution.

Depuis quelque temps, l'allaitement maternel est de nouveau mis à l'honneur. C'est aujourd'hui un enjeu de santé publique. Les professionnels sont de plus en plus formés, et les parents informés. Et depuis peu, les freins de langue restrictifs reviennent sur le devant de la scène. On redécouvre cette pathologie mais ce n'est une nouveauté.

De plus, les études à ce sujet ne permettent parfois pas de conclure avec certitude : par exemple, on retrouve 4 à 11 % d'ankyloglossies selon certaines études, dans d'autres 35 % (Dr Rajeev Agarwaal, 2018), ou 28 % (Dr Zarghy). De ce fait, les prises en charge des professionnels peuvent être différentes, avec ou sans opération, prise en charge multidisciplinaire, exercices de la langue.

Les freins buccaux restrictifs sont donc loin d'être une pathologie nouvelle, mais leur essor récent en fait un sujet controversé et mal connu des professionnels et des parents. Mais nous pouvons penser que certains problèmes d'allaitement, de langage, de troubles d'alimentation et bien d'autres pourront d'ici quelques années, bénéficier de meilleures prises en charge grâce aux suivis plus adaptés des ankyloglossies.

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