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Vers un monde sans dialyse grâce aux cellules souches ?

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En filtrant le sang et en le débarrassant de ses toxines, de ses déchets et de ses sels minéraux excédentaires, les reins jouent un rôle important dans le corps humain. Les maladies touchant ces organes peuvent condamner les patients à subir des dialyses tout au long de leur vie.

Récemment, grâce à des cellules souches de la moelle osseuse, une équipe de chercheurs menée par le biologiste Raghu Kalluri est parvenue à réduire chez des souris les symptômes liés au syndrome d'Alport, une maladie génétique qui empêche les reins de bien remplir leur rôle de filtration. Ils forment le vœu de voir un jour un monde sans dialyse...

Après une greffe de moelle osseuse sur des souris atteintes par le syndrome d'Alport, les cellules des reins présentent les marqueurs des cellules introduites (Crédits : Raghu Kalluri)

Le syndrome d'Alport

Les reins sont deux organes en forme de haricot mesurant entre 10 et 13 centimètres de long, pour environ cinq centimètres d'épaisseur. Ils sont peuplés de près d'un million de néphrons, des unités fonctionnelles qui filtrent le sang et le débarrassent de ses molécules indésirables. Après filtrage, le sang purifié retourne dans les veines, tandis que les déchets rejoignent l'urine. Aussi, en une journée, ce sont près de 180 litres de liquide qui sont filtrés par les reins, et 1,5 litre d'urine qui est produite.

Ce processus est essentiel à la vie mais pourtant, dans le syndrome d'Alport comme dans d'autres maladies des reins, il est déficient. C'est la mutation d'un gène codant le collagène de type IV qui est à l'origine du syndrome d'Alport, et qui engendre la perte de protéines et de sang dans l'urine.

Des cellules souches qui traitent la maladie

Par le passé, les cellules souches présentes dans la moelle osseuse ont déjà montré leur aptitude à se transformer en d'autres cellules. L'équipe dirigée par Raghu Kalluri, un biologiste de Harvard, s'est demandé si ces cellules ne pourraient pas aider à soigner le syndrome d'Alport. Elle a réalisé une greffe de moelle osseuse sur des souris présentant cette mutation et cette pathologie, non sans avoir pris au préalable le soin de marquer les cellules. 13 semaines plus tard, 10% des cellules des reins portaient ces marqueurs, dont des podocytes - responsables de la production de collagène de type IV.

Les chercheurs, dont les travaux ont été publiés le mois dernier dans l'édition en ligne des Proceedings of the National Academy of Sciences, ne savent pas encore si les cellules souches sont devenues des podocytes, si elles se sont contentées de fusionner avec d'anciennes cellules, ou si elles leur ont transféré leurs noyaux. En tout cas, les résultats sont sans appel : l'urine des souris ayant subi l'injection présente entre 70 % et 80 % de protéines en moins, et leur sang 86 % de toxines en moins.

Le moyen par lequel les cellules souches ont rejoint les zones défaillantes demeure aussi un mystère. L'équipe émet l'hypothèse que les reins malades attirent chimiquement ces cellules.

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant que l'on ne vive dans un monde sans dialyse, mais la possibilité que des cellules transplantées échangent leur bagage génétique avec les cellules originelles et aident à guérir le syndrome d'Alport est bien réelle.

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