Les études citées dans ce consortium justifiant ces recommandations antagonistes ne rendent pas obsolètes les recommandations en vigueur. © bit24, Fotolia

Santé

La viande rouge ne serait pas mauvaise pour la santé ? Vraiment ?

ActualitéClassé sous :Nutrition , consommation de viande rouge , santé et alimentation

La grande majorité des médias se sont emparés des nouveaux avis nutritionnels du consortium NutriRECS qui semblent bouleverser les recommandations alimentaires en vigueur concernant la viande rouge et la viande transformée. C'est en tout cas ce que laissent penser les titres sensationnels de la presse écrite. Mais ces derniers se sont peut-être laissé aller à un traitement hâtif de l'information et nous allons voir pourquoi.

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Si vous ne vous intéressez pas à la science, vous devez avoir l'impression qu'elle retourne constamment sa veste. Un coup noir, un coup blanc. Mais si une discipline comme la nutrition n'énonce pas des lois quasi-immuables comme le fait la physique, elle n'énonce pas tout et son contraire comme on peut l'entendre ça et là. Récemment, les médias nous ont annoncé que, finalement, des chercheurs étaient arrivés à la conclusion qu'il n'était pas nécessaire, pour la santé, de réduire sa consommation de viande rouge et de viande transformée. 

La nutrition fonctionne par faisceaux de preuves

La principale critique faite aux recommandations en vigueur dans cette étude n'est pas de dire qu'il n'y a pas de preuves. Les études que citent les auteurs montrent clairement un bénéfice statistique sur la mortalité toutes causes confondues à réduire sa consommation de viande rouge et transformée. Le point de discorde est purement interprétatif. Par exemple, selon Thibaut Fiolet - que vous pouvez suivre sur Twitter et également lire le thread qu'il a consacré à ces recommandations - représentant pour la Belgique dans le réseau scientifique de l'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour les novel food « éviter une dizaine de décès sur 1.000 n'est pas "rien du tout" au niveau populationnel. De plus, cela entraînerait des économies importantes de santé si on ramène ce chiffre à une population de plusieurs millions d'habitants ».

La critique des auteurs est que les preuves ne font pas partie de ce que l'on considère en science médicale comme un haut niveau de preuves, qui s'obtient grâce à beaucoup d'essais cliniques randomisés en double aveugle. Et ils ont raison. Sauf que les effets santé d'un régime alimentaire - à l'inverse d'une médication ou de la prise d'un complément alimentaire - ne peuvent tout simplement pas être jugés de la sorte. En effet, il est impossible que le patient ne sache pas quel régime il suit et qu'il adhère sans faille à un régime sur le long terme. Un ensemble de conditions qui rend infaisable l'expérimentation en double aveugle sur le long terme en nutrition, et théoriquement extrêmement coûteux.

En revanche, d'énormes études d'observations de cohortes sont régulièrement entreprises dans le domaine de la nutrition. Si l'on ne peut rien conclure sur la base d'une étude (certaines parfois sujettes à des facteurs de confusions), lorsqu'elles se multiplient, que le faisceau de preuves tend vers la même direction et que des mécanismes biologiques sous-jacents (grâce à des études sur des modèles animaux et cellulaires) confirment ces corrélations, on doit leur accorder une crédibilité solide. À titre d'exemple, rappelons une énième fois que la nocivité du tabac (bien qu'elle ait été mise en évidence par des corrélations beaucoup plus grandes et donc plus fiables) n'a jamais été démontrée par des essais randomisés en double aveugle, pour des raisons éthiques évidentes. Rappelons qu'en nutrition, les effets statistiques observés sont généralement faibles, que ce soit pour les bénéfices comme pour les risques.

Quand le faisceau de preuves tend vers la même direction et que des mécanismes biologiques sous-jacents confirment ces corrélations, on doit leur accorder une crédibilité solide. © DR

Les recommandations actuelles ne sont pas obsolètes 

La nouveauté de ces recommandations, c'est qu'elles incluent les préférences des consommateurs. Sauf que les préférences alimentaires varient grandement au cours d'une vie. Il ne semble donc pas raisonnable de les prendre en compte au sein de recommandations alimentaires pour la santé. On notera que les auteurs, tous (sauf un) consommateurs réguliers de viande rouge - à prendre en compte pour d'éventuels biais implicites - excluent de leurs recommandations les questions environnementales et celles du bien-être animal. Il semble peu cohérent de traiter la question de la consommation de viande en mettant de côté ces questions dans un contexte de changement climatique plus que préoccupant. Finalement, les études justifiant ces recommandations ne semblent pas suffisamment convaincantes pour jeter à la corbeille celles actuelles, toujours en vigueur.

  • De nouvelles recommandations alimentaires concluent qu'il n'existe pas de preuves d'excellente qualité pour justifier les recommandations en vigueur sur la viande rouge et la viande transformée. 
  • La nutrition est une science qui fonctionne par faisceau de preuves. Elle ne peut pas, pour des raisons d'impasse méthodologique, se plier au standard des essais randomisés en double aveugle sur le long terme.
  • Ces nouvelles recommandations ne semblent pas suffisantes pour rendre obsolètes toutes les recommandations actuellement en vigueur. 
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