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Et si les éosinophiles n’étaient pas ceux que l’on croyait ?

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On a longtemps pensé que les éosinophiles, des globules blancs, nous aidaient à combattre les vers intestinaux, et figuraient à ce titre parmi les composants du système immunitaire. Et s'ils ne jouaient pas tout à fait le rôle qu'on leur avait attribué, favorisant au contraire le développement de ces parasites, à notre détriment ? C'est la - très - sérieuse question posée dans la revue Nature.

Les granulocytes éosinophiles, comme celui schématisé ici, pourraient jouer un rôle plus complexe que celui qu'on leur a attribué jusqu'à maintenant. © BruceBlaus, Wikipédia, cc by 3.0

Parfois, certaines évidences méritent qu'on y prête un peu plus d'attention. Prenons les éosinophiles par exemple. Ces cellules, découvertes en 1879, appartiennent à la grande famille des globules blancs, bien connus pour leur implication dans l'immunité. Les taux de celles-ci augmentent principalement en cas d'infestation par des vers parasites et lors de réactions allergiques, si bien que leur rôle dans la réponse inflammatoire semble indubitable.

Pourtant, Richard Locksley, chercheur à l'université de Californie à San Francisco (UCSF), pense que les éosinophiles pourraient également être liés de près ou de loin au métabolisme, fonction à laquelle on ne les avait pas associés jusqu'à présent, et qu'ils pourraient être détournés par certains parasites. Le travail qu'il vient de publier avec ses collègues dans la revue Nature montre qu'il dispose de certains arguments.

Des vers parasites qui profitent des éosinophiles ?

Reprenons depuis la base. Bien que connus depuis plus de 130 ans, on ignore encore beaucoup de choses sur les éosinophiles, notamment sur leur croissance et leur sollicitation. Mais il y a trois ans, un pas a été franchi : l'équipe de Richard Locksley mettait en évidence un nouveau type de cellule, appelée ILC2 (type 2 innate lymphoid cell). En réponse à des signaux hormonaux émanant de neurones impliqués dans la régulation de l'horloge biologique, ces ILC2 sécrètent des molécules qui stimulent la croissance d'éosinophiles au moment des repas, et ceux-ci sont principalement dirigés vers l'intestin. Chez la souris, on en trouve également en moindres proportions dans le cerveau, le cœur, les poumons, la peau ou les intestins, par exemple.

Les ankylostomes constituent l'une des nombreuses espèces de vers pouvant parasiter les intestins humains. © CDC

L'activation des ILC2 par les neurones dépend d'une protéine nommée VIP (vasoactive intestinal peptide), hormone en lien avec le métabolisme. La preuve : au niveau du pancréas, elle déclenche la sécrétion d'insuline et d'enzymes qui dégradent les aliments, et elle joue sur l'état de contraction musculaire de l'intestin pour permettre le mouvement des aliments et des bactéries symbiotiques le long du tube digestif. La protéine influence également la façon dont le foie régule le glucose.

On peut alors penser qu'il s'agit d'une ruse de l'organisme pour augmenter ses défenses au moment de l'arrivée potentielle de parasites intestinaux. Mais des études récentes semblent balayer cette hypothèse. Des rongeurs vivant dans des conditions stériles présentaient toujours autant d'éosinophiles : la production reste stable même en cas d'absence d'exposition. D'autre part, les souris ne présentant pas cette lignée cellulaire ne devenaient pas plus sensibles que leurs congénères aux infestations par des vers parasites. Ce serait plutôt l'inverse d'ailleurs, leur absence empêcherait les vers de survivre.

De nouvelles pistes pour traiter l’allergie ?

Le scientifique états-unien explique dans un communiqué qu'il s'agit peut-être de la résultante d'une coévolution entre l'Homme et ses hôtes indésirables. Selon son hypothèse, les vers auraient pu s'adapter en modifiant le signal afin de recruter davantage d'éosinophiles, tout simplement parce que ces cellules procureraient un environnement favorable à leur survie et à leur reproduction. De la même façon, certains allergènes pourraient engendrer une réponse similaire, et exploiter ces signaux.

Dans leur travail, ils ont aussi montré au niveau des poumons que les cellules ILC2 sécrètent, en plus de l'interleukine-5, de l'interleukine-13, deux molécules qui stimulent la croissance et le recrutement des éosinophiles, dans des organes où normalement on en trouve peu. Ceci pourrait expliquer pourquoi les médicaments contre l'allergie ciblant simplement l'interleukine-5 n'ont qu'un effet modéré.

Cette étude suggère donc qu'en approfondissant les connaissances sur la croissance et la migration des éosinophiles, on pourrait découvrir de nouvelles pistes pour combattre aussi bien les inflammations dues aux vers parasites que les réactions allergiques qu'ils entraînent. Et cela passe sûrement par l'établissement du lien que ces globules blancs entretiennent avec le repas.

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