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Comportement animal : les bactéries symbiotiques jouent un rôle

Les animaux peuvent réguler et modifier les communautés microbiennes qu’ils abritent, par leur comportement. Mais les micro-organismes symbiotiques peuvent également en retour agir sur la conduite de leurs hôtes. Cette réciprocité, trop peu étudiée selon une chercheuse, pourrait nous aider à comprendre bien des choses. Quelques exemples en témoignent.  

Des souris ayant reçu des bactéries intestinales Lactobaccillus rhamnosus sont moins stressées que les autres. Les récepteurs de l'acide γ-aminobutyrique situés dans le cerveau sont également plus actifs. L’ablation du nerf allant de l'intestin au cerveau fait disparaître ces caractéristiques, prouvant ainsi qu’un signal est envoyé grâce aux bactéries vers le système nerveux central. © George Shuklin, Wikimedia common, CC by-sa 1.0 Des souris ayant reçu des bactéries intestinales Lactobaccillus rhamnosus sont moins stressées que les autres. Les récepteurs de l'acide γ-aminobutyrique situés dans le cerveau sont également plus actifs. L’ablation du nerf allant de l'intestin au cerveau fait disparaître ces caractéristiques, prouvant ainsi qu’un signal est envoyé grâce aux bactéries vers le système nerveux central. © George Shuklin, Wikimedia common, CC by-sa 1.0 

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L’Homme n’est pas le seul animal à abriter des microbiotes, c’est-à-dire des micro-organismes symbiotiques (bactéries, levures, etc.) jouant un rôle crucial dans son maintien en bonne santé. Mais ne servent-ils qu’à cela ? Selon Vanessa Ezenwa de l’University of Georgia, ces êtres unicellulaires pourraient également agir sur le comportement de leurs hôtes. Elle déplore d'ailleurs qu'on ne s’y intéresse pas assez !

L’attention des chercheurs se porte bien souvent sur les modifications comportementales provoquées par des agents pathogènes. Le parasite d’abeilles Apocephalus borealis perturbe par exemple profondément les relations sociales de leurs victimes. Une fois infectés, les hôtes sortent de leur ruche la nuit, un fait anormal, pour aller mourir à l’extérieur, non sans d’abord avoir réalisé une danse frénétique. Ce type d’interaction affectant un comportement communautaire, alimentaire ou reproductif n’est pourtant pas toujours dommageable.  

Euprymna scolopes abrite une communauté de Vibrio fischeri, une bactérie bioluminescente. Le calmar contrôlerait activement son microbiote, puisqu’il peut en effet éjecter un certain nombre de micro-organismes quotidiennement pour se défendre. © Nick Hobgood, Wikimedia common, CC by-sa 3.0
Euprymna scolopes abrite une communauté de Vibrio fischeri, une bactérie bioluminescente. Le calmar contrôlerait activement son microbiote, puisqu’il peut en effet éjecter un certain nombre de micro-organismes quotidiennement pour se défendre. © Nick Hobgood, Wikimedia common, CC by-sa 3.0

Des bactéries intestinales régulant notre humeur

N’oublions pas avant toute chose que le comportement animal joue un rôle crucial sur la composition et le fonctionnement même des microbiotes. Les exemples ne manquent pas. Ainsi, les bourdons Bombus terrestris acquièrent des bactéries bénéfiques lors de contacts avec des partenaires ou… en mangeant des fèces, un fait relativement commun dans le monde animal. L’iguane vert Iguana iguana mange, au cours de sa croissance, ses aliments directement sur le sol, avant de se mettre à consommer lui aussi des déjections d’individus adultes. Il contrôle ainsi la composition de sa flore microbienne tout au long de sa vie.  

Plusieurs études montreraient maintenant l’influence des microbiotes sur le comportement des hôtes. Au moment de l’accouplement, les drosophiles choisiraient par exemple des partenaires présentant des microbiomes similaires au leur, ce qui pourrait à terme aboutir à la formation d’une nouvelle espèce. Le moustique Anopheles gambiae, vecteur de la malaria, adapterait quant à lui ses agissements par rapport à la diversité des bactéries présentes sur la peau de sa victime : plus elle est grande et moins il risque d’attaquer. Dernier exemple en date, des micro-organismes intestinaux émettraient, chez des souris, des molécules pouvant agir sur le système nerveux de l’hôte, notamment pour diminuer son anxiété.

Ces quelques cas démontrent bien les interactions fortes pouvant exister entre le comportement d’un animal et son microbiote. Vanessa Ezenwa, qui s’est exprimée dans la revue Science, souhaiterait donc qu’un plus grand nombre d’études expérimentales, mais aussi moléculaires, soient réalisées dans ce domaine. Elle prône pour un rapprochement entre les éthologistes et les microbiologistes.


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