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Devenues zombies, des abeilles parasitées sortent la nuit

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Apis mellifera, l'abeille domestique, souffre de nombreux maux. Mais en voilà un nouveau : la mouche Apocephalus borealis. Une fois infectée par elle, l'abeille, telle un zombie, adopte des comportements anormaux et finit par mourir. Encore un facteur qui contribue au syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles.

Une abeille ouvrière vit normalement de cinq à six semaines. © Core et al. 2012, Plos One

Des scientifiques américains ont trouvé un agent pathogène qui contribue au syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles (CCD pour colony collapse disorder) - cette inquiétante diminution des populations. Ce pathogène, c'est une mouche parasite de la famille des phoridés, Apocephalus borealis.

Depuis quelques années, les abeilles domestiques (Apis mellifera) sont victimes d'une surmortalité aussi surprenante qu'inexpliquée. Néanmoins plus les recherches avancent, plus il semble qu'elle soit induite par une combinaison de facteurs agissant en synergie : l'association d'un champignon pathogène et d’un insecticide, celle d'un acarien et d'un champignon, etc. 

Apocephalus borealis, un parasite d'Apis mellifera

Le syndrome d'effondrement des colonies est particulièrement intense aux États-Unis, où l'étude concernant A. borealis a été réalisée. D'ailleurs, Yves Le Conte, chercheur à l'Inra, indique à Futura-Sciences qu'il n'a « pas connaissance de ce parasite en France ».

Deux larves d'Apocephalus borealis sortant du corps d'une abeille domestique (Apis mellifera). © Core et al. 2012, Plos One

Cette mouche dont la cible initiale est le bourdon, s'attaque désormais aux abeilles. Afin de se reproduire, elle pond ses œufs dans l'abdomen de son hôte. Les larves s'y développent pendant quelques jours puis en sortent avant la métamorphose, comme les auteurs l'expliquent dans un article de Plos One.

Les abeilles s'enfuient pour mourir

En quoi contribue-t-elle à la mortalité des abeilles ? Les larves ont sans doute la capacité d'agir indirectement sur le comportement de leur hôte. Les abeilles infectées, en effet, sortent de la ruche pendant la nuit pour aller rechercher une source de lumière et meurent. Selon les auteurs, il est donc possible que les parasites aient la capacité de changer les rythmes circadiens de l'hôte ou de manipuler sa sensibilité à la lumière. Une autre hypothèse, selon laquelle les insectes infectés, altruistes, quitteraient la ruche afin de protéger la colonie du parasite, est également avancée. En plus de cet exode, les abeilles adoptent un comportement anormal, signe de désorientation - elles tournent en rond par exemple - et éprouvent beaucoup de difficulté à tenir en équilibre sur leurs six pattes.

Dans ces cas, il est également possible que les mouches parasites agissent en synergie avec un autre pathogène. En réalisant une recherche au sein du corps des abeilles et de celui des mouches, les chercheurs ont mis en évidence la présence de deux parasites connus pour avoir des effets nocifs sur A. melliferaNosema cerana, un champignon, et le virus des ailes déformées, un iflavirus.

Jusqu'à présent, A. borealis n'a été retrouvée qu'à l'intérieur de ruches américaines, en Californie et dans le Dakota du Sud. Maintenant qu'il est identifié, espérons que ce problème saura être canalisé et qu'il ne s'étendra pas. Difficile à éviter sachant que les apiculteurs américains pratiquent abondamment la transhumance. La France et le reste de l'Europe ne sont donc pas touchés mais « un parasite similaire, Senotainia, possède la même stratégie pour se développer dans les pays du pourtour méditerranéen. Une espèce a été particulièrement problématique en Italie il y a quelques années », se rappelle Yves Le Conte.