Quatorze personnes aveugles ont retrouvé la vue grâce à un implant fabriqué à partir de collagène porcin. La bio-ingénierie permettrait des résultats équivalents à la greffe de cornée humaine, tout en évitant ses inconvénients.

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[EN VIDÉO] Un cœur de porc génétiquement modifié greffé avec succès sur un humain Aux États-Unis, un patient en phase terminale a reçu une greffe cardiaque unique en son genre : un cœur de cochon humanisé. L'opération a été réalisée avec succès au centre médical de l'Université du Maryland à Baltimore. © University of Maryland

Notre cornée est l'écran transparenttransparent qui recouvre la partie avant de l'œilœil et protège l'iris et la pupille ; elle est composée de différents types de collagène. Avec le temps, cette structure peut s'amincir, ce qui entraîne un renflement de la cornée vers l'extérieur et une distorsion de la vision -- ou kératocône.  

Or, la perte de transparence de la cornée constitue l'une des principales causes de cécité dans le monde : environ 12,7 millions de personnes sont en attente d'une greffe de cornée et seule, une personne sur 70 parvient à en bénéficier. En particulier, la grave pénurie de cornées issues de donneurs pèse lourdement sur les pays à revenus faibles et intermédiaires en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.

Les chercheurs de l'étude parue dans Nature Biotechnology ont tenté de contourner le problème avec la mise au point d'un implant composé de protéinesprotéines de collagène provenant de la peau de porc, ressemblant à la cornée humaine. Bien évidemment, les moléculesmolécules utilisées ont été hautement purifiées et produites dans des conditions strictes pour un usage humain.

Une nouvelle méthode chirurgicale moins invasive et plus sûre

Le matériaumatériau de bio-ingénierie a été inséré de manière simple dans la cornée du receveur, sans avoir à retirer cette dernière. En effet, il faut savoir que les chirurgiens enlèvent d'ordinaire la cornée d'un patient atteint de kératocône de stade avancé pour la remplacer par la greffe. Avec cette nouvelle méthode chirurgicale, aucun point de suture n'est nécessaire ; seule, une petite incision permet l'insertinsert de l'implant dans la cornée existante. Les chercheurs rapportent que la méthode, moins invasive, s'avère plus sûre qu'une greffe de cornée classique.

Photographies avant l’opération (à gauche) et un jour après l’opération (à droite), les flèches indiquent un changement immédiat d’épaisseur et de courbure dans la cornée centrale. © M. Rafat et al., 2022
Photographies avant l’opération (à gauche) et un jour après l’opération (à droite), les flèches indiquent un changement immédiat d’épaisseur et de courbure dans la cornée centrale. © M. Rafat et al., 2022

Dans le cadre de l'étude cliniqueétude clinique, des chirurgiens en Inde et en Iran -- où de nombreuses personnes souffrent de cécité cornéennecornéenne et de basse vision -- ont testé l'implant chez vingt sujets aveugles ou sur le point de perdre la vue en raison d'un kératocône avancé. Pendant les deux années de suivi, aucune complication n'a été relevée. Les chercheurs notent des améliorations de l'épaisseur de la cornée (augmentation moyenne de plus de 200 micromètresmicromètres) et de l'acuité visuelle.

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Au final, la vue de tous les participants s'est autant améliorée avec la cornée artificielle qu'après une transplantation de cornée. Si quatorze des vingt participants étaient aveugles avant l'opération, plus aucun ne l'était après deux ans. Parmi eux, trois des participants indiens avaient même une acuité visuelle de 20/20 après l'opération.

Un implant qui répond à tous les critères cliniques

En outre, les cornées issues de porc permettent un stockage de plus longue duréedurée avant utilisation, alors que les celles issues de donneurs doivent être utilisées dans les deux semaines. « Les résultats montrent qu'il est possible de développer un biomatériau qui répond à tous les critères pour être utilisé comme implant humain, qui peut être produit en massemasse et stocké jusqu'à deux ans. Cela nous permet de contourner le problème de la pénurie de tissus cornéens donnés et d'accéder à d'autres traitements pour les maladies oculairesoculaires », explique dans un communiqué Neil Lagali, chercheur de l'université de Linköping en Suède.

Avant que l'implant puisse être utilisé, une étude clinique de plus grande envergure suivie d'une autorisation de mise sur le marchéautorisation de mise sur le marché par les autorités réglementaires sera toutefois nécessaire.