Pour libérer son effet anti-cancer, il faudrait manger plus de 2,5 kilogrammes de brocoli ou de choux de Bruxelles par jour. Mais les chercheurs pourraient exploiter le composé efficace qu’ils contiennent dans des pilules. © kgjerseth, Pixabay License

Santé

Cancer : du brocoli et des choux de Bruxelles contre les tumeurs

ActualitéClassé sous :médecine , brocoli , prévention du cancer

Brocoli, choux de Bruxelles, choux frisés. Ces légumes crucifères qui sont rarement appréciés des enfants -- et parfois pas beaucoup plus des adultes -- pourraient gagner de nouvelles lettres de noblesse. Des chercheurs de l'université de Havard (États-Unis) viennent en effet d'identifier en eux, un composé susceptible, non seulement de prévenir certains cancers, mais aussi de servir de traitement.

C'est en travaillant sur un gène suppresseur de tumeur, appelé PTEN -- pour phosphatase and tensin homolog --, que les chercheurs ont fait cette découverte. Ce gène code en effet une protéine qui contrôle la croissance cellulaire. Et les cancers semblent vouloir le supprimer ou au moins le faire muter ou l'inactiver. Comment ? Par le biais d'une enzyme connue pour favoriser la croissance du cancer, l'enzyme WWP1.

Ce composé inhibe une enzyme responsable de la croissance du cancer

Pour les chercheurs, l'enjeu était de parvenir à bloquer cette enzyme. En fouillant dans une bibliothèque de molécules, ils ont mis la main sur un composé capable de se fixer à WWP1 et d'en perturber le fonctionnement. Ce composé : l'indole-3-carbinol (I3C). C'est un composé que l'on trouve naturellement dans les brocolis, les choux de Bruxelles ou d'autres légumes crucifères.

Les travaux des chercheurs de l’université de Harvard pourraient, de manière plus large, bénéficier aux personnes souffrant d’une déficience génétique portant sur PTEN. Celles-ci, en plus du risque accru qu’elles présentent de développer un cancer, sont en effet sujettes aux déficiences intellectuelles et aux maladies psychiatriques. © geralt, Pixabay License

Plus de 2,5 kilogrammes de brocoli par jour

En inhibant l'enzyme WWP1, l'I3C évite que les fonctions de PTEN ne soient perdues. Il apparait même capable de les lui restituer. De quoi donc protéger contre l'apparition de cancers, mais aussi constituer un moyen de traitement une fois le cancer installé. Les chercheurs remarquent aussi que PTEN a des effets plus larges sur la santé. Les souris présentant un gène PTEN hyperactif, par exemple, sont plus petites que la moyenne, mais vivent plus longtemps.

Ainsi, concevoir des médicaments à base d'I3C et venant agir sur le gène PTEN pourrait avoir d'importantes répercussions en matière de santé. Des pilules pour compléter les apports strictement alimentaires, car les chercheurs reconnaissent que pour observer des effets, leurs souris de laboratoire ont dû manger l'équivalent humain de plus de 2,5 kilogrammes de brocoli par jour.

Les chercheurs de l'université de Havard comptent donc désormais, d'une part, travailler à la mise au point de doses appropriées de pilules d'I3C. Mais aussi à l'élaboration d'une molécule basée sur la structure de celle de l'I3C et qui ciblerait exclusivement l'enzyme WWP1 afin d'éviter de possibles effets indésirables.

  • L’enzyme WWP1 inhibe le gène PTEN, impliqué dans le contrôle de la croissance cellulaire, et permet ainsi aux cancers de se développer.
  • Dans le brocoli ou les choux de Bruxelles, on trouve de l’indol-3-carbinal (I3C).
  • Celui-ci est capable de se fixer à l’enzyme WWP1 et de l’empêcher d’agir.
  • De quoi fournir de nouvelles protections anti-cancer.
Pour en savoir plus

Cancer : pourquoi le brocoli est-il un bon protecteur ?

À l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, Futura vous propose de (re)découvrir ce qui fait du brocoli un aliment à consommer sans modération. Ce légume, en effet, est connu pour ses propriétés anticancer liées à un de ses composés, le sulforaphane. Une étude parue en 2017 montre que la molécule agit au niveau génétique dans la cellule, en limitant la présence d'un long ARN non-codant présent dans différents cancers.

Article de Marie-Céline Ray paru le 17/03/2017

Le brocoli est l’aliment le plus riche en sulforaphane, mais d’autres crucifères comme le chou en contiennent aussi. © yurakp, Fotolia

Les hommes qui mangent des crucifères comme le brocoli ont moins de risque de développer un cancer de la prostate. Le sulforaphane, présent dans cette variété de chou, serait protecteur contre ce cancer. Mais comment la molécule agit-elle dans les cellules cancéreuses ?

Pour le savoir, des chercheurs de l'université de l'Oregon se sont penchés sur le rôle joué par de longs ARN non-codants appelés IncRNA en anglais. Bien que sans fonction particulière, ces ARN pourraient être impliqués dans la transformation des cellules en cellules cancéreuses. Leur dérégulation contribuerait à différentes maladies, dont des cancers. Les chercheurs se sont intéressés en particulier à LINC01116, qui est présent dans des cellules de cancer de la prostate. Leurs travaux sont décrits dans Journal of Nutritional Biochemistry.

Moins d’ARN LINC01116 avec le sulforaphane

Ils ont ainsi montré que la capacité des cellules cancéreuses à former des colonies était divisée par quatre en l'absence de l'ARN LINC01116 : cet ARN peut donc jouer un rôle dans le développement du cancer. Or, un traitement au sulforaphane limite sa transcription et réduit ainsi la quantité d'ARN LINC01116.

Celui-ci est aussi très présent dans d'autres cancers (cerveau, poumon, côlon). De longs ARN non-codants sont présents en grandes quantités dans des cancers du sein, de l'estomac ou dans des leucémies. Ils pourraient donc constituer de nouvelles cibles pour la prévention, le diagnostic et le traitement du cancer.


Fumeurs : risque de cancer du poumon réduit grâce au brocoli

Article de Jean-Luc Goudet paru le 24/11/2008

La consommation de brocolis et de choux, surtout crus, diminuerait notablement la probabilité d'un cancer du poumon chez les fumeurs et les ex-fumeurs. Ce n'est pas la première fois que ces légumes montrent leurs vertus anticancéreuses. En revanche, les autres légumes et les fruits n'induiraient aucune protection particulière. Une étude à confirmer, précisent les auteurs eux-mêmes.

Chez les fumeurs et surtout les ex-fumeurs, la fréquence de survenue d'un cancer du poumon serait réduite de 20 à 55 % chez les consommateurs réguliers de brocolis et de choux. Le taux de réduction dépendrait de la quantité de cigarettes fumées mais aussi du mode de consommation de ces légumes. Crus, ils protègent mieux.

Ces conclusions viennent d'être présentées lors d'une récente conférence de l'American Association for Cancer Research par Li Tang et une équipe du Roswell Park Cancer Institute. Elles résultent d'une étude menée en milieu hospitalier sur des malades atteints de tumeurs aux poumons et des personnes saines, fumeuses ou ex-fumeuses.

Un effet préventif probable mais sûrement pas curatif

Les vertus anti-cancéreuses du brocoli et du chou, et des crucifères en général (chou de Bruxelles, chou-fleur, navet, radis, cresson, roquette...), avaient déjà été démontrées et attribuées aux isothiocyanates, dégradées par la cuisson. La même équipe a d'ailleurs publié cette année les résultats d'une étude montrant l'effet de protection des crucifères pour le cancer de la vessie.

Toutes les formes du cancer du poumon ne sont pas logées à la même enseigne. Li Tang et ses collègues ont travaillé sur quatre types de tumeurs et relèvent que l'effet protecteur des crucifères concerne surtout les risques de carcinome à petites cellules et de tumeur squameuse. Quant aux autres légumes et aux fruits, les chercheurs du Roswell Park Cancer Institute ne mesurent aucun effet bénéfique.

Mais les auteurs eux-mêmes relativisent ces résultats. « Le brocoli n'est pas un médicament anti-cancer » insiste Li Tang, mais seulement un facteur de prévention. De plus, ces observations « sont insuffisantes pour conduire à des recommandations » et doivent être confirmées. Tout au plus confirment-elles des résultats déjà acquis sur l'effet préventif de la consommation de légumes et de crucifères en particulier chez les personnes exposées à la fumée de tabac.

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