Une maladie rare touche moins d'une personne sur 2.000. © kuprevich, Adobe Stock
Santé

Maladies rares : quels espoirs pour les patients ?

ActualitéClassé sous :maladie , maladie rare , maladie génétique

Les maladies rares touchent trois millions de personnes en France. À l'occasion de la Journée des maladies rares, le 28 février, le médecin-chercheur Sylvie Odent fait le point sur ces pathologies chroniques très diverses et les pistes de recherche.

Explorez les interviews de chercheurs, photographes, voyageurs témoins d'un monde qui change sous le joug du réchauffement climatique.

Une maladie rare est une maladie qui touche moins d'une personne sur deux mille. On en compte entre 6.000 et 8.000 en France. Ces maladies très diverses, souvent complexes, sont particulièrement difficiles à détecter et à traiter, d'autant plus qu'on en découvre des centaines tous les ans ! La recherche médicale fait heureusement des progrès rapides, sous l'impulsion des pouvoirs publics, des professionnels et des associations. Sylvie Odent, chef du service de Génétique Clinique au CHU de Rennes, nous explique comment améliorer la prise en charge des malades et les perspectives de futurs traitements.

Sylvie Odent est chef de service de génétique clinique au CHU de Rennes et coordinatrice du Centre de référence maladies rares Anomalies du développement CLAD-Ouest. © DR

Futura : Comment diagnostique-t-on une maladie rare ?

Sylvie Odent : C'est en effet un des problèmes majeurs, qui nécessite notamment une sensibilisation des médecins généralistes. Bien entendu, ils ne peuvent pas connaître chacune des maladies, mais ils peuvent orienter les patients vers les structures appropriées lorsqu'ils ont un doute, par exemple lorsqu'ils remarquent une association inhabituelle de symptômes. Ensuite, le diagnostic repose sur l'examen clinique, l'arbre généalogique des patients, et de nouveaux outils techniques comme le séquençage ADN.

Justement, quelles sont les structures spécialisées pouvant prendre en charge ces patients ?

Sylvie Odent : Il existe en France un réseau national de 23 filières de santé, chacune spécialisée dans un domaine (maladies cardiaques, système nerveux, anomalies du développement, dermatologie...). Ces structures rassemblent des hôpitaux, des laboratoires et plateformes de diagnostic, des professionnels du secteur social et médico-social, des équipes de recherche fondamentale, ainsi que des associations de personnes malades. Elles ont pour mission d'améliorer la prise en charge des patients, de coordonner la recherche et de développer la formation autour de ces maladies.

Y a-t-il un point commun entre toutes ces maladies ?

Sylvie Odent : Pas vraiment. Leur seule caractéristique est d'être rare, mais on trouve aussi bien des maladies de peau que des anomalies du développement ou des maladies auto-immunes. On peut quand même remarquer que 80 % de ces maladies sont d'origine génétique et qu'elles touchent des enfants à 75 %. Il existe aussi une grosse différence entre une maladie « peu » rare, comme la mucoviscidose qui concerne une personne sur 2.500 à 3.000, et une maladie « ultra-rare », qui touche une personne sur un million. Ce n'est pas la même échelle ! Enfin, certaines maladies considérées comme rares en France, comme la drépanocytose, sont beaucoup plus répandues sur d'autres continents comme en Afrique.
 

Les 23 filières de santé de maladies rares en France accompagnent les malades et jouent un rôle de formation et de recherche. © Filière FAVA Multi, YouTube

Quels sont les traitements existants ?

Sylvie Odent : 85 % des maladies rares ne disposent encore d'aucun traitement. À l'inverse d'un cancer par exemple, où l'on peut parler de vraie rémission, la plupart des maladies rares sont chroniques et incurables. Mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut rien faire ! La prévention, notamment, joue un rôle très important. La phénylcétonurie, où un déficit enzymatique entraîne une surcharge de phénylalanine et une encéphalopathie si on ne fait rien, peut être efficacement prévenue grâce à un régime précoce pauvre en protéines. La mise en place de rééducation (kinésithérapie, orthophonie...) avant même l'apparition des symptômes améliore aussi grandement l'évolution de certaines maladies du développement. D'où l'importance d'une détection le plus tôt possible.

On parle beaucoup de thérapie génique, est-ce la solution ?

Sylvie Odent : La thérapie génique ouvre en effet de grands espoirs, mais elle ne pourra pas s'appliquer à tout le monde. D'abord, cela ne concerne pas les 20 % de maladies non génétiques, et cette technique est aussi très lourde et très coûteuse. Elle est aussi délicate à manier. Dans les années 1990, le professeur Alain Fischer avait par exemple testé une thérapie génique sur les « bébés-bulles » [en insérant un gène codant pour le peptide manquant grâce à un vecteur viral de type rétrovirus]. Or, l'insertion de ce virus dans des sites non appropriés a conduit à des leucémies aigües. [Aujourd'hui, les essais ont repris mais avec un vecteur différent, NDRL]

Quelles sont alors les autres pistes de recherche ?

Sylvie Odent : Il en existe de très nombreuses. Plutôt que de modifier un gène, on va par exemple remplacer une protéine manquante ou utiliser une « molécule chaperonne » qui va aider une protéine mal configurée à retrouver sa structure correcte. Certaines pathologies de surcharge comme la maladie de Fabry ou la maladie de Hurler sont, elles, traitées par enzymothérapie, où l'on injecte les enzymes manquantes par voie intraveineuse. On essaye aussi de repositionner de vieux médicaments déjà utilisés pour d'autres indications. Les traitements les plus chers ne sont d'ailleurs pas toujours les plus utiles. Dans le syndrome de Smith-Magenis, par exemple, caractérisé par des troubles du sommeil et des troubles du comportement, il suffit d'administrer de la mélatonine le soir pour améliorer significativement les symptômes.

Comment travaillent les chercheurs sur ces maladies ?

Sylvie Odent : Comme ce sont des maladies rares, on ne peut bien entendu pas réaliser des études cliniques sur des milliers de patients comme pour les pathologies cardiovasculaires ou le diabète. Les réseaux européens de référence maladies rares (ERN) sont justement chargés de coordonner la recherche au niveau européen, puis au niveau mondial. Les chercheurs bénéficient aussi de bases de données communes où ils peuvent partager leurs résultats. Lorsqu'on observe une nouvelle variation dans l'ADN d'un patient qu'on a du mal à interpréter, par exemple, on peut aller rechercher si elle a déjà été identifiée sur GeneMatcher, une sorte de « Facebook du gène ».


Ciné-débat Live spécial Lycées : posez vos questions sur les Maladies rares ! 

Les maladies rares ne sont pas si rares. Quelque trois millions de Français sont atteints par une maladie rare connue à ce jour et environ 25 millions de personnes en Europe.

À l'occasion de la journée mondiale des maladies rares, Futura invite des experts à débattre avec vous autour de cette thématique, lors d'un live sur Facebook qui se déroulera le 09 mars à 10h45. Original et gratuit, cet événement 100 % digital vise à sensibiliser les lycéens aux maladies autour du film tiré de la pièce de théâtre Le Tiroir, la vie cachée, qui sera diffusé à cette occasion. À l'issue de ce film inspiré de témoignages réels de personnes concernées par le handicap, interagissez avec : Laurence Faivre, responsable de la filière nationale de santé AnDDI-Rares ; Michèle Auzias, administratrice de l'Alliance Maladies Rares ; Séverine Kuter, scénariste et Productrice ; Sébastien Marqué : Co-scénariste et Réalisateur.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !