La cataracte touche environ la moitié des plus de 70 ans. © Peter Gorges, Flickr, CC by nc nd 2.0

Santé

Contre la cataracte, bientôt un simple collyre, le « composé 29 » ?

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Un collyre pourrait traiter la cataracte par de simples gouttes dans l'œil. Le « composé 29 » a en effet obtenu des résultats encourageants chez un modèle de souris ; il agit en limitant l'agrégation des protéines cristallines de l'œil.

La cataracte représente la principale cause de cécité dans le monde. Causée par la perte de transparence du cristallin au cours du vieillissement, elle affecterait plus de 20 millions de personnes. Elle peut se traiter par chirurgie, par remplacement du cristallin, mais cette approche est coûteuse ; de nombreuses personnes dans le monde restent aveugles par absence de traitement.

Tout comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson, la cataracte est une maladie caractérisée par le mauvais repliement et l'agglutinement de protéines. Dans le cas de la cataracte, il s'agit des cristallines, des cellules qui forment le cristallin de l'œil. Ces cellules fibreuses sont particulières, comme l'explique Jason Gestwicki : « Peu de temps après la naissance, toutes les cellules fibreuses de l'œil perdent la capacité à faire de nouvelles protéines, ou à jeter les vieilles protéines. Donc les cristallines que vous avez dans votre œil adulte sont les mêmes que celles avec lesquelles vous êtes né ».

Pour que le cristallin fonctionne bien, le réservoir de cristallines doit conserver la transparence des cellules fibreuses. Des protéines chaperons permettent aux cristallines de rester solubles pour jouer leur rôle. Mais les configurations pathologiques, avec des cristallines agglutinées, sont bien plus stables qu'un repliement normal : les protéines chaperons doivent constamment résister à la tendance des cristallines à s'agglomérer. C'est le même genre de processus qui est en jeu dans d'autres maladies liées au vieillissement, comme la maladie d'Alzheimer, mais avec d'autres protéines et dans un autre organe. Les protéines agglomérées sont appelées amyloïdes.

Dans beaucoup de pays en développement, l’opération de la cataracte représente un coût important, ce qui est un frein au traitement. © Community Eye Health, Flickr, CC by-nc 2.0

Le composé 29 est suffisamment soluble pour faire un médicament

Dans une nouvelle étude de l'UC San Francisco, de l'université du Michigan et de l'université Washington à St Louis parue dans Science, des scientifiques ont cherché un composé soluble qui pourrait servir de traitement à la cataracte. Pour ce faire, ils ont utilisé une différence importante entre les cristallines correctement repliées et leurs formes amyloïdes : leur point de fusion. Ils ont employé une méthode de fluorimétrie (HT-DSF) dans laquelle les protéines émettent de la lumière quand elles atteignent leur point de fusion. L'équipe a cherché des molécules qui abaissaient le point de fusion des amyloïdes.

Récemment, une molécule, le lanostérol, a été identifiée comme capable d'inverser la cataracte, ce qui a fait l'objet d'une publication dans Nature. Mais le lanostérol est peu soluble, il fallait l'injecter dans l'œil pour qu'il ait des effets. En utilisant le lanostérol et d'autres stérols, les chercheurs ont assemblé et testé 32 stérols ; l'un d'eux, appelé « composé 29 », était le meilleur candidat soluble pour être utilisé dans des gouttes ophtalmiques. Les molécules identifiées se liaient aux alpha-cristallines CryAA et CryAB et inversaient leur agrégation in vitro.

Dans des tests in vitro, les chercheurs ont confirmé que le composé 29 stabilisait les cristallines et les empêchait de former des amyloïdes. Ils ont aussi trouvé que le composé pouvait dissoudre des amyloïdes déjà formées. L'équipe a aussi testé le composé dans une formulation sous forme de gouttes pour les yeux chez un modèle de souris pour la cataracte : les gouttes restauraient partiellement la transparence des cristallins. Des résultats similaires ont été obtenus avec des gouttes du composé 29 appliquées sur des tissus humains de cristallin touché par la cataracte.

La substance identifiée s'apparente donc à un « chaperon pharmacologique » qui restaure partiellement la transparence du cristallin. Ces travaux suggèrent que des approches thérapeutiques visant à stabiliser les alpha-cristallines pourraient traiter la cataracte.

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