Les études sur la mortalité du variant anglais sont contradictoires. © Andrea, Adobe Stock
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Le variant anglais est-il plus dangereux ? Deux nouvelles études estiment que non

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En contradiction avec de précédents résultats, deux études ne trouvent aucune association entre la gravité des symptômes et le variant anglais. Ce dernier serait en revanche effectivement plus contagieux, ce qui explique sa propagation fulgurante en France.

Selon le dernier point hebdomadaire de Santé publique France, le variant anglais (501Y.V1 ou B.1.1.7) représente désormais 81,9 % des cas en France. La vitesse fulgurante avec laquelle il a supplanté la souche originale atteste de sa très haute contagiosité, par ailleurs confirmée par plusieurs études. En revanche, la question de savoir s'il est plus mortel ou plus dangereux reste controversée.

Deux nouvelles études parues dans The Lancet Infectious Diseases et The Lancet Public Health affirment aujourd'hui que le variant anglais apparu en décembre dernier au Royaume-Uni n'entraîne pas de formes plus graves de la maladie et que ses symptômes ne sont pas différents par rapport aux autres souches.

Pas plus de risque de formes graves

Dans la première étude du Lancet Infectious Diseases, dirigée par Eleni Nastouli de l'University College de Londres, les chercheurs ont comparé 496 patients atteints de formes graves dont 58 % étaient porteurs du variant anglais et 42 % étaient atteints par une autre souche. « Aucune association entre une forme grave ou le décès et la lignée n'a pu être prouvée », atteste l'étude. 18 % des patients porteurs du variant étaient ainsi classés en niveau de gravité élevée, contre 17 % pour l'autre groupe. Une différence non significative, selon Eleni Nastouli. En revanche, l'étude confirme que les porteurs du variant ont une charge virale plus élevée dans le nez, ce qui favorise une plus grande contagiosité.

Proportion de patients décédés (en rouge), atteints de formes graves (orange foncé) ou de symptômes bénins (orange pâle) chez les personnes atteintes par le variant anglais (VOC) par rapport à l’autre groupe (non-VOC). © Eleni Nastouli et al., Lancet Infectious Diseases, 2021
Le taux de réinfection n’est pas plus élevé avec le variant anglais

L'autre étude du Lancet Public Health, pourtant basée sur des critères complètement différents, corrobore cette conclusion. Les chercheurs ont compilé les données de 36.900 participants à l'application Covid Symptom Study, qui encourage les utilisateurs à rapporter leurs symptômes ainsi que les résultats de leur test PCR. D'après les résultats, non seulement l'intensité et la durée des symptômes ne diffèrent pas entre les porteurs du variant et ceux atteints par une autre souche, mais le taux de réinfection (0,6 %) n'est pas plus élevé. Ce qui suggère que les anticorps du virus original protègent bien contre le variant.

Des résultats contradictoires

Plusieurs études avaient pourtant affirmé ces derniers mois que le variant anglais était bien plus dangereux. Des chercheurs du London School & Tropical Medicine avaient ainsi calculé que le variant anglais était 64 % plus mortel (voir ci-dessous). Une autre étude de Nature parue en mars concluait que le risque de décès était 55 % plus élevé, et le Premier ministre Boris Johnson avait lui-même déclaré en janvier que le virus anglais était plus mortel.

Comment expliquer des résultats aussi différents ? Possiblement en raison des cohortes utilisées qui reflètent des populations différentes ou des méthodes de séquençage plus ou moins sensibles. Mais cela prouve surtout qu'il faut rester extrêmement prudent quant aux études qui paraissent au fil de l'eau, qu'elles concernent les variants, la mortalité du virus, l’efficacité des vaccins ou les mesures restrictives. Le SARS-CoV-2 échappe encore en grande partie à nos certitudes.

Pour en savoir plus

Coronavirus : le variant anglais serait 64 % plus mortel

Article de Julie Kern publié le 16/03/2021

Une étude menée conjointement par plusieurs universités anglaises indique que le variant VOC 202012/1 est plus mortel que les autres variants. Cela corrobore les résultats obtenus par d'autres scientifiques anglais.

Une étude publiée en mars dans BMJ confirme les observations faites par les scientifiques du London School & Tropical Medicine dans leur étude pré-publiée : le variant anglais semble plus mortel que les autres variants. Cette fois-ci, plusieurs universités anglaises ont suivi environ 100.000 personnes venues se faire dépister en laboratoire d'analyse médicale pour le SARS-CoV-2 entre octobre 2020 et février 2021 ; 54.906 d'entre elles ont été dépistées pour le variant anglais (PCR négatif ou discordant pour la protéine S) et 54.906 ou pour un autre variant (PCR positif pour le gène de la protéine S). Les scientifiques ont suivi un paramètre, celui du nombre de morts dans les 28 jours suivant le dépistage entre ces deux groupes : 227 morts ont été rapportées pour le groupe du variant anglais, et 141 pour le second groupe.

Le hazard ratio de mourir dans les 28 jours après le dépistage du variant anglais en comparaison avec les autres variants du SARS-CoV-2. Un hazard ratio supérieur à 1 indique une augmentation du risque. © Robert Challen et al., BMJ

Le variant anglais serait 64 % plus mortel

Les analyses statistiques réalisées sur cette cohorte indiquent que le variant anglais est plus létal, entre 34 et 104 % par rapport aux autres variants (intervalle de confiance de 95 % pour un hazard ratio compris entre 1,34 - 2,04 ). Une fourchette certes très large, mais les scientifiques estiment plus probable une augmentation de la mortalité de 64 %. L'augmentation du risque absolu de mourir dans les 28 jours après avoir été infecté par le variant anglais reste relativement basse (4,1 morts pour 1.000 cas contre 2,5 morts pour 1.000 cas). Les personnes décédées après l'infection par le variant anglais étaient souvent âgées et majoritairement des hommes.

Les scientifiques n'ont utilisé que les données issues des dépistages effectués en laboratoire d'analyse médicale, or ce sont plutôt des personnes jeunes et sans fragilités qui s'y font dépister. Les personnes les plus âgées ou fragilisées par des maladies chroniques sont plutôt dépistées à l'hôpital, des données qui n'ont pas été prises en compte ici et on peut supposer que le pourcentage évalué ici sera plus important. Les scientifiques n'ont pas encore estimé l'augmentation de la mortalité pour les tranches d'âge les plus vulnérables face au Covid-19.


Une étude montre que le variant anglais serait plus mortel

Article publié le 13 mars 2021 par Julie Kern

Les scientifiques ont démontré que le variant anglais est beaucoup plus transmissible. Mais est-il plus mortel ? C'est le cas selon les auteurs de cette étude prépubliée réalisée en Angleterre.

Boris Johnson avait déclaré, il y a plusieurs semaines maintenant, que le variant anglais (B.1.1.7) semblait plus létal. Après cette annonce, de nombreuses études scientifiques ont été publiées concernant ce variant et toutes pointaient sa transmissibilité accrue, mais pas sa létalité. Aujourd'hui, les scientifiques du London School of Hygiene & Tropical Medicine publient en prépublication une étude statistique qui indique que le variant anglais est bel et bien plus létal que le variant D614G, qui perd du terrain. Ce travail n'a pas encore été relu par la communauté scientifique, les conclusions sont donc à prendre avec précaution et pourront changer à la faveur d'une future publication dans un journal scientifique à comité de relecture.

Un risque de décès plus important pour le variant anglais

Dans cette étude, les scientifiques ont utilisé les données d'OpenSAFELY, une plateforme qui regroupe les données médicales des patients pris en charge par le National Health Service, soit 40 % des Anglais. Les personnes ayant été diagnostiquées pour le SARS-CoV-2 entre le 16 novembre 2020 et 11 janvier 2021 et qui n'ont pas été vaccinées ont été incluses dans cette analyse, soit 184.786 personnes dont 91.775 infectées par le variant anglais et 93.011 infectées par le variant D614G (appelé aussi non-variant). En général, le variant anglais infecte des personnes plus jeunes et moins fragilisées par des facteurs de comorbidité que le non-variant. Au total, 419 décès sont imputables au variant et 418 à la souche D614G.

Pour cet échantillon, les scientifiques ont d'abord calculé le risque relatif de décès pour le variant et le non-variant. Lorsqu'il est ajusté en fonction de l'âge et des comorbidités, le risque relatif de décès est supérieur de deux tiers (HR : 1,67, intervalle de confiance de 95 % : 1,34-2,09) par rapport à celui calculé pour le non-variant. Plus simplement, les scientifiques expliquent que pour trois morts causées par le non-variant dans une population donnée, le variant anglais causerait cinq morts dans la même population.

Cette estimation est dans la même veine que celle faite par des scientifiques danois qui indiquent que le variant anglais est associé avec une hausse des hospitalisations (odds ratio ajusté : 1,67, intervalle de confiance de 95 % : 1,32-2,04). 

Le risque de décès après 28 jours pour le variant anglais pour les hommes en (a) et les femmes en (b), en fonction du nombre de comorbidité et de l'âge. © Daniel J. Grint et al. medRxiv

Un risque qui augmente avec l'âge

Le risque absolu de décès 28 jours après la confirmation de l'infection a également été estimé pour le variant anglais et le non-variant. Là encore, ce risque est supérieur pour le variant apparu dans le Kent. Il est plus important pour les hommes que pour les femmes, et augmente en fonction de l'âge et du nombre de comorbidité. Le risque absolu de décès après 28 jours est le plus grand pour les hommes de 80 ans avec deux comorbidités ou plus.

Les scientifiques ont volontairement écarté les personnes vaccinées de cette étude pour quantifier la différence de mortalité en absence de vaccination. Or les vaccins à ARNm de Pfizer et Moderna ont démontré leur efficacité contre le variant anglais, les chiffres présentés ici seront donc différents sur une population vaccinée.

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