Les lymphocytes T cytotoxiques sont complémentaires des anticorps dans la réponse immunitaire. © 7activestudio, Adobe Stock
Santé

Covid-19 : les variants ne semblent pas échapper aux lymphocytes T cytotoxiques

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[EN VIDÉO] 5 questions sur l’immunothérapie  L’immunothérapie est un traitement visant à stimuler les défenses immunitaires de l’organisme. Elle est de plus en plus utilisée dans la lutte contre le cancer mais aussi contre les maladies infectieuses. 

Les anticorps neutralisants ont un point faible, si leur cible mute, ils ne sont plus efficaces. Un problème qui ne semble pas concerner les lymphocytes cytotoxiques, d'après une petite étude réalisée aux États-Unis.

Les variants du coronavirus, avec leur protéine S mutée, défient la vigilance des anticorps neutralisants. Les mutations du variant anglais lui confèrent une meilleure transmissibilité, toutefois il reste tout de même sensible aux anticorps neutralisants. Mais d'autres, comme le variant sud-africain, y résistent bien mieux. L'immunité naturelle contre le coronavirus, ou celle induite par le vaccin, ne se cantonne pas aux anticorps neutralisants. Les lymphocytes T sont aussi prêts au combat, notamment les lymphocytes TCD8 + dont l'un des rôles est de tuer les cellules infectées par le virus.

Les lymphocytes T sont des globules blancs dont la maturation a lieu dans le thymus, d’où la lettre T. Les TCD8+ sont spécialisés dans la cytolyse. © sveta, Fotolia

Même mutés, les lymphocytes TCD8+ reconnaissent toujours leur cible

Des chercheurs du NIAID (National Institute of Allergy and Infectious Diseases) ont utilisé le plasma de 30 personnes ayant eu la Covid-19 pour isoler des lymphocytes TCD8 + spécifiques du coronavirus. Ils ont identifié 132 types de lymphocytes T différents, qui reconnaissent 52 épitopes situés sur tout le virus. Par exemple, il y a en trois sur la protéine S et une vingtaine sur la polyprotéine codée par l'ORF1ab. Ces épitopes sont présentés par les cellules infectées, qui indiquent ainsi la présence du virus grâce à une protéine du CMH. Les lymphocytes les reconnaissent via le TCR, l'interaction positive entre le TCR et l'épitope active leurs propriétés cytolytiques et la cellule infectée est détruite.

Après avoir identifié ces épitopes, les scientifiques ont cartographié l'ensemble des mutations portées par le variant anglais (B.1.1.7), le variant sud-africain (B.1.351) et le variant brésilien, puis les ont comparées aux 52 épitopes. Une seule des mutations existantes chez les variants affecte une cible des lymphocytes TCD8+, située dans la protéine S (mutation D80A). Malgré cela, les lymphocytes TCD8+ reconnaissent toujours cet épitope, et peuvent tuer la cellule.

Alors que les mutations portées par les variants du coronavirus affectent les anticorps neutralisants, elles ne semblent pas avoir beaucoup d'effet sur les lymphocytes TCD8+. Cela reste évidemment à confirmer ; cette étude n'a pas testé assez d'échantillons pour que cette observation soit applicable dans tous les cas. Par sa nature, le SARS-CoV-2 mute fréquemment. Si la plupart des variants disparaissent avant que nous les détections, d'autres peuvent émerger et se propager. Dans tous les cas, les lymphocytes TCD8+ apparaissent comme des alliés précieux de notre immunité.

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Article publié le 25 février 2021 par Céline Deluzarche

Les mutations du coronavirus remettent en cause l'efficacité de la vaccination car les anticorps n'arrivent plus à reconnaître le virus. Heureusement, notre système immunitaire comporte une deuxième ligne de défense : les lymphocytes T. Une arme dont comptent bien se servir les médecins.

Alors que l'efficacité de certains vaccins semble être remise en cause par l’arrivée de variants, une autre forme de protection immunitaire pourrait nous apporter un précieux secours : les lymphocytes TCD8+ , aussi appelés lymphocytes « tueurs ». « Lorsque le virus pénètre dans l'organisme, les anticorps le reconnaissent et l'empêchent d'entrer dans la cellule. Les lymphocytes TCD8+ constituent une "deuxième ligne" de défense et interviennent une fois que la cellule est infectée. Ils ne reconnaissaient pas le virus lui-même mais la cellule stressée qui exprime des petits morceaux de virus à sa surface », explique Jacqueline Marvel, immunologiste au Centre international de recherche en Infectiologie (CIRI), qui dépend de l'Inserm et du CNRS.

Une moindre protection mais une roue de secours bien utile

Tous les vaccins contre le SARS-CoV-2 déjà déployés ou en cours de développement visent à induire la production d'anticorps dits neutralisants. Car les anticorps sont le seul outil pouvant produire une immunité stérilisante, c'est-à-dire bloquer le virus avant qu'il n'infecte la cellule. « Un vaccin induisant des lymphocytes TCD8+ ne va pas empêcher l'infection, mais simplement raccourcir la maladie en tuant les cellules qui permettent au virus de se répliquer », souligne Jacqueline Marvel. Un pis-aller pas très satisfaisant, reconnait-elle. « Quand vous avez un cambrioleur devant votre maison, vous préférez l'empêcher d'entrer ou attendre qu'il ait fait quelques dégâts à l'intérieur pour le faire déguerpir ? ».

Les lymphocytes T reconnaissent les cellules infectées et vont les détruire pour empêcher la reproduction du virus. © frenta, Adobe Stock

Mais alors pourquoi s'intéresser à ces fameux TCD8+ ? Cette deuxième défense peut s'avérer utile lorsque la production d'anticorps est insuffisante, indique Annika Karlsson, immunologiste au Karolinska Institute à Stockholm, dans le magazine Nature. « Si les cellules infectées sont détruites avant que le virus ne s'étende au système respiratoire supérieur, cela va réduire l'intensité de la maladie. [Les lymphocytes T] vont aussi réduire la quantité du virus présent dans l'organisme, donc diminuer le risque de transmission à d'autres personnes ».

Des cellules T insensibles aux variants

Mais surtout, les lymphocytes TCD8+ sont beaucoup moins sensibles aux mutations du virus. Alors que les anticorps ne sont capables de reconnaître que les protéines à la surface du virus (protéine Spike), les TCD8+ reconnaissent de nombreuses protéines, y compris celles à l'intérieur du virus, beaucoup moins susceptibles de muter. Une étude publiée dans la revue Cell Reports indique ainsi que les cellules T reconnaissent au moins 30 à 40 épitopes différents sur le virus SARS-CoV-2.

Certains vaccins existants induisent déjà une très bonne réponse des TCD8+ 

Produire un vaccin favorisant la production de lymphocytes T pourrait donc s'avérer intéressant pour prévenir la baisse d'efficacité des vaccins classiques face aux variants. Rassurez-vous : il ne sera pas forcément nécessaire de se faire piquer une nouvelle fois. L'idée est d'intégrer les différents ingrédients dans un même vaccin, un peu comme les vaccins tetravalents qui contiennent plusieurs souches de virus.

« En réalité, certains vaccins, notamment les vaccins à ARN comme ceux de Pfizer ou de Moderna, induisent déjà une très bonne réponse des TCD8+ », signale Jacqueline Marvel. Il est également possible d'induire une production de TCD8+ en rajoutant des adjuvants. Ces vaccins boostés constitueront peut-être la réponse miracle face aux variants.

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