Seuls quelques vaccins procurent une immunité stérilisante. © awi.studio, Adobe Stock
Santé

Un vaccin qui n'empêche pas la transmission du virus est-il utile ?

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[EN VIDÉO] Comment fonctionne un vaccin à ARN messager ?  Pfizer et Moderna ont choisi cette technique de pointe pour concevoir en un temps record leur vaccin contre le Covid-19. Cette vidéo présente tout ce qu'il faut savoir sur les vaccins à ARN messager en trois minutes ! 

Contrairement à ce que pensent les gens, la plupart des vaccins ne protègent pas contre l'infection par le virus et n'empêchent pas sa diffusion dans la population. Faut-il en conclure qu'ils sont inutiles ?

Les différents vaccins contre la Covid-19 montrent une efficacité assez remarquable. Ils préviennent les formes graves de la maladie dans 62 à 94 % des cas. Cependant, les données manquent toujours pour savoir si ces vaccins réduisent aussi la transmission du virus.

Il existe en effet deux types d'immunité conférés par les vaccins. L'immunité « effective », qui protège le sujet contre les principaux symptômes d'une maladie mais n'empêche pas le virus d'entrer dans l'organisme et de s'y multiplier, et l'immunité dite « stérilisante », qui prévient l'infection de l'organisme par le virus et empêche donc la propagation du pathogène. Et si la deuxième solution représente le but ultime de la recherche vaccinale, elle est en réalité rarement atteinte.

Vaccins non stérilisants : un virus qui continue à circuler

Un des cas les plus connus de vaccin stérilisant est celui de la variole, la seule maladie dans l'histoire à avoir été éradiquée par un vaccin. Les anticorps produits par la réponse immunitaire en réaction au vaccin éliminent entièrement le virus de l'organisme, et suppriment de fait la circulation du virus. La rougeole est un autre exemple de vaccin à immunité stérilisante.

Mais la plupart des vaccins (hépatite B, oreillons, grippe...) ne procurent qu'une immunité effective. « Avec ces vaccins, le système immunitaire contient suffisamment l'agent pathogène pour prévenir la maladie, mais celui-ci peut persister dans l'organisme et potentiellement infecter d'autres personnes. Cela signifie que l'agent pathogène continue à circuler dans une population, où il peut rendre malades des personnes non vaccinées ou vulnérables, ou encore évoluer vers une forme résistante à la réponse immunitaire », avertit Dawn Bowdish, professeur de médecine à l'université McMaster au Canada, dans le journal Scientific American.

L’immunité acquise par les vaccins passe par la production d’anticorps dits neutralisants. © Christoph Burgstedt, Adobe Stock

Quand la vaccination accroît l’infectiosité

Dans certains cas, la vaccination peut même engendrer une diffusion accrue du pathogène. Les vaccins contre Bordetella pertussis, la principale bactérie responsable de la coqueluche, entraînent ainsi le développement du microbe dans les voies respiratoires supérieures, alors que l'infection « naturelle » produit une puissante réponse immunitaire dans les muqueuses. « La transmission asymptomatique peut donc être un moteur majeur de la résurgence de la coqueluche dans les populations hautement vaccinées », attestent les auteurs d’une étude de l’Institut Pasteur de Lille.

Réduire la charge virale

Alors faut-il vacciner massivement contre la Covid-19 sachant que l'on ne sait pas si le vaccin empêche la transmission du virus ? Oui, selon Richard Bailey, auteur d'une modélisation sur le virus de Marek chez les poulets. « La vaccination avec un vaccin non stérilisant réduit considérablement la charge virale chez les personnes vaccinées, mais aussi chez les personnes contacts non vaccinées qu'elles infectent. Par conséquent, elles sont moins susceptibles de répandre des virus infectieux. Même une vaccination partielle avec [ce type de vaccin] a des conséquences positives sur le contrôle de la propagation et des symptômes de la maladie ».

Une étude préliminaire portant sur le vaccin Pfizer/BioNTech montre une baisse significative de la charge virale chez les patients infectés ayant reçu une première dose de vaccin. « Cela suggère que la vaccination réduit le potentiel infectieux des personnes vaccinées même si elle ne prévient pas l'infection », confirme dans Nature Virginia Pitzer, épidémiologiste à la Yale School of Public Health à New Haven (États-Unis). Les essais du vaccin AstraZeneca ont également montré une plus grande réduction de la charge virale chez les personnes vaccinées.

Désengorger les hôpitaux

En attendant d'être fixé, la vaccination des populations à risque permettra en tous cas de désengorger les hôpitaux en empêchant les cas graves. Selon une étude portant sur l’Écosse et publiée le 22 février, le vaccin Pfizer réduit le risque d'admission à l'hôpital de 85 % quatre semaines après la première dose, et celui d'AstraZeneca jusqu'à 94 %, et même 81 % chez les personnes âgées alors qu'il est réputé peu efficace chez ce public. Le SARS-CoV-2 ne sera peut-être jamais éradiqué comme la variole, mais il deviendra endémique et bénin, un peu comme le rhume.

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