Une région génétique héritée de Néandertal augmente le risque de faire une forme grave de la Covid-19. © procy_ab, Adobe Stock
Santé

Un morceau d'ADN hérité de Néandertal est un facteur aggravant de la Covid-19

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Ce morceau de chromosome qui nous vient de la préhistoire semble être un facteur aggravant de la Covid-19. Découvert chez les personnes nécessitant une hospitalisation après avoir été infectées par le coronavirus, il est présent chez 16 % de la population européenne.

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Depuis le début de la pandémie, il apparaît que l'âge, le fait d'être un homme et d'autres facteurs de comorbidité augmentent le risque de contracter une forme sévère de la Covid-19. Mais, à eux seuls, ces derniers n'expliquent pas totalement pourquoi certaines personnes sont asymptomatiques quand d'autres doivent être prises en charge dans des services de réanimation. Les chercheurs lorgnent alors du côté de la génétique. Une étude récente a mis en avant qu'une anomalie génétique altère la production des interférons de type I et expliquerait 15 % des formes graves.

Un duo de chercheurs du Max-Planck Institute for Evolutionary Anthropology de Leipzig et du Okinawa Institute for Science and Technology, au Japon, a identifié une région génomique qui augmente les risques de faire une forme grave de Covid-19 pour les personnes porteuses.

« Aujourd'hui, les personnes qui ont hérité de ce variant génétique ont trois fois plus de risque d'avoir besoin d'une ventilation artificielle si elles sont infectées par le nouveau coronavirus SARS-CoV-2 », explique le professeur Hugo Zeberg, coauteur de l'étude.

Selon leur analyse génétique, cette portion génomique nous vient tout droit de la préhistoire, de notre lointain cousin l'Homme de Néandertal. Leur recherche a bénéficié d'une publication accélérée, sortie le 30 septembre 2020 dans Nature.

Les variants génétiques sont absents de l'Afrique et de l'est de l'Asie mais prédominants au Bangladesh. © Professor Svante Pääbo and Professor Hugo Zeberg, Nature

Un facteur de risque de la Covid-19 issu de la préhistoire

Des données récentes issues de la Covid-19 Host Genetics Initiative révèlent qu'une région du chromosome 3 augmente le risque relatif de contracter une forme sévère de la Covid-19 nécessitant une hospitalisation de 1,6. Les premières analyses suggèrent que cette région n'est pas distribuée au hasard parmi les plus de 3.000 génomes étudiés mais se serait transmise depuis la préhistoire.

Pour déterminer la provenance de cette zone génétique, appelée haplotype, d'environ 49.000 paires de bases, ils ont comparé sa partie centrale, une séquence de 13 nucléotides, avec le génome de plusieurs Néandertaliens

Il apparaît que 11 des nucléotides présents dans le génome des malades de la Covid-19 sont identiques avec le génome Vindija. Ce génome appartenait à une population de Néandertal ayant vécu il y a environ 50.000 ans entre la Croatie et le sud du continent européen. Cette région nous a été transmise il y a environ 60.000 ans, lorsque des Néandertaliens du sud de l'Europe ont rencontré des Homo sapiens et se sont reproduits avec.

L'analyse phylogénétique de l'ADN de l'haplotype à risque des patients Covid-19 avec des génomes de l'Homme de Néandertal. Les génomes Altai et Chagyrskaya appartiennent à des populations de Russie et de Sibérie et Vindija du sud de l'Europe. © Hugo Zeberg & Svante Pääbo, Nature

16 % des Européens sont porteurs

Aujourd'hui, l'haplotype qui accroît le risque d'hospitalisation suite à une infection au SARS-CoV-2 est présent chez 50 % de la population sud-asiatique et chez 16 % de la population européenne. La population du Bangladesh est la plus exposée, puisque 63 % de la population possède au moins une copie de l'haplotype. A contrario, elle est pratiquement absente des populations africaines et de l'est asiatique.

Les scientifiques indiquent qu'ils ne savent pas actuellement quelles caractéristiques issues de Néandertal confèrent ce risque accru de Covid-19 sévère et si elles sont spécifiques au SARS-CoV-2 ou étendues à d'autres pathogènes. « C'est quelque chose que nous étudions maintenant le plus vite possible », conclut le professeur Zeberg.

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