Santé

De la peau entièrement vascularisée fabriquée en laboratoire

ActualitéClassé sous :biologie , peau , cicatrisation de la peau

Pour la première fois, des chercheurs suisses ont réussi à fabriquer des greffons de peau munis de capillaires sanguins et lymphatiques. Cette nouvelle peau s'est très bien implantée chez le rat. Reste à savoir s'il en sera de même chez l'Homme.

La peau est le plus grand organe du corps humain, c'est aussi un des plus complexes. Des chercheurs viennent de fabriquer pour la première fois un échantillon de peau possédant ses propres vaisseaux. © krystynana, Flickr, cc by 2.0

Première barrière de l'organisme, la peau est l'un des organes les plus importants du corps humain. Elle assure en effet de nombreuses fonctions essentielles comme le maintien de la température corporelle, la protection contre les microbes et la perception de l'environnement. Composée de plusieurs couches différentes associées à des vaisseaux, des glandes, des nerfs et des poils, sa structure est extrêmement complexe et difficile à imiter. Plusieurs équipes s'y sont déjà aventurées, mais pour l'instant aucune n'a réussi l'exploit de reproduire la nature.

Le réseau lymphatique est composé de tous les vaisseaux qui font circuler la lymphe, un liquide biologique comparable au sang mais dépourvu de globules rouges. Le système lymphatique est ici représenté en jaune, alors que les vaisseaux sanguins sont en rouge (artères) et bleu (veines). © Lamiot, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Récemment, des chercheurs espagnols sont parvenus pour la première fois à synthétiser de la peau artificielle à partir de cellules souches trouvées dans le cordon ombilical. Cependant, jusqu'ici personne n'avait réussi à produire de la peau contenant ses propres vaisseaux sanguins et lymphatiques, pourtant essentiels pour irriguer les tissus et apporter l'oxygène et les éléments nutritifs aux cellules. C'est maintenant chose faite : des scientifiques de l'université de Zurich (Suisse) viennent de publier leur découverte dans la revue Science Translational Medicine. Cette nouveauté est de taille car elle pourrait considérablement favoriser le procédé de cicatrisation et aider les grands brûlés, qui sont aujourd'hui obligés d'attendre longtemps avant d'obtenir une greffe de peau.

Une peau neuve bien vascularisée chez le rat

Lors d'une blessure, du fluide est libéré et s'accumule dans les cavités de la peau ce qui empêche sa réparation. Heureusement, les capillaires lymphatiques récupèrent rapidement ce liquide et permettent une cicatrisation rapide de la plaie. Pour générer une peau pourvue de ces précieux vaisseaux, les auteurs ont isolé des cellules de capillaires lymphatiques et les ont placées dans un système spécialisé qui permet de cultiver les cellules en 3D. Ces dernières se sont alors rapidement développées et ont formé spontanément des capillaires lymphatiques capables de drainer les fluides à la fois in vitro et in vivo après une greffe sur des rats immunodéprimés.

Dans un deuxième temps, les scientifiques ont utilisé la même technique pour fabriquer un greffon de peau contenant à la fois des capillaires sanguins et lymphatiques. Une fois de plus, l'expérience a fonctionné : « Les cellules endothéliales lymphatiques et sanguines ne se sont jamais mélangées au cours de la formation des vaisseaux », expliquent les chercheurs dans leur publication. Ils ont alors transplanté cette nouvelle peau dans les rongeurs, qui s'est comportée comme une peau toute neuve, correctement vascularisée.

Ces résultats prometteurs ouvrent la voie vers une meilleure guérison des plaies cutanées sévères, notamment chez les personnes ayant subi de graves brûlures. Cette méthode fera l'objet d'un premier essai clinique dans le courant de l'année 2014.

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