Santé

Implants cochléaires : la thérapie génique pourrait les améliorer

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En favorisant la croissance du nerf auditif, la thérapie génique permettrait à des personnes malentendantes et porteuses d'implants cochléaires de mieux distinguer une voix particulière au milieu d'une foule ou d'apprécier à sa juste valeur la musique, même dans un environnement bruyant. Du moins, les cochons d'Inde en auraient désormais les moyens.

Les prothèses auditives aident les personnes malentendantes à retrouver une partie de leur audition, mais ne leur permettent pas d’avoir une ouïe fine et efficace. La thérapie génique pourrait gommer un peu ces défauts. © Jonas Bergstein, Wikipédia, DP

L'audition est un processus complexe, faisant intervenir de nombreux acteurs. D'abord, le son émis par une source parvient jusqu'à nos oreilles, avant d'être canalisé et de faire vibrer le tympan. Ces tremblements sont transmis à trois osselets, qui répercutent l'information jusqu'à la cochlée, dans l'oreille interne. C'est ensuite à l'organe de Corti, composé de cellules ciliées externes, amplifiant le son et faisant vibrer des cellules ciliées internes : celles-ci ouvrent alors leurs canaux ioniques et libèrent les neurotransmetteurs aux fibres nerveuses. L'information remonte ensuite jusqu'aux centres nerveux auditifs, où le bruit est analysé. Les vibrations de l'air sont devenues des décharges électriques.

Le plus souvent, la surdité apparaît à la suite de dommages au niveau de la relation entre l'oreille interne et le nerf auditif. Les implants cochléaires tentent donc de rétablir le contact, par l'intermédiaire d'électrodes directement reliées au faisceau nerveux. Souvent, le dispositif fonctionne bien dans les environnements calmes et silencieux. Mais la résolution est beaucoup moins bonne lorsqu'une personne malentendante tente de converser au milieu d'une foule. Le signal devient même de plus en plus grossier lorsque l'ouïe est perdue depuis longtemps, car les neurones se flétrissent. En compensation, l'appareil envoie l'artillerie lourde, permettant de maintenir une information auditive, tandis qu'il aurait fallu une multitude de frappes chirurgicales afin de proposer un message net.

Nerf qui repousse après une décharge électrique

Jeremy Pinyon, chercheur à l'université de Nouvelle-Galles du Sud de Sydney (Australie), s'est mis en tête de résoudre le problème. Il a alors imaginé, avec l'aide de ses confrères, une thérapie génique permettant de redonner une nouvelle jeunesse aux fibres nerveuses et favoriser leur croissance. Une technique testée sur des cochons d'Inde sourds, et potentiellement approuvée par une étude publiée dans Science Translational Medicine.

Les cellules ciliées jouent un rôle crucial dans la transmission de l’information sonore, en stimulant le nerf auditif. Mais si la liaison est coupée, le courant ne passe plus : c’est la surdité. © Uri Manor, Leonardo Andrade, NIH, DP

D'ordinaire, la thérapie génique exige l'utilisation d'un vecteur viral inoffensif porteur du gène d'intérêt, s'infiltrant dans les cellules. Mais cette fois, les scientifiques ont profité du potentiel de la prothèse auditive. Pas de virus, mais une décharge de 20 V entraînant une électroporation. Ainsi, les cellules baignaient dans une solution contenant les deux gènes utilisés : Bdnf synthétisant un facteur de croissance nerveuse, et le gène de la GFP, pour localiser les cellules in situ. Le courant a ouvert les pores cellulaires et les gènes ont pu pénétrer leurs cibles.

Preuve en a été faite : au bout de deux semaines, les fibres nerveuses avaient repris leur croissance. Les cochons d'Inde pouvaient à priori utiliser plus efficacement leur implant cochléaire. Une annonce à prendre avec précaution, puisque ni test auditif ni comparaison n'ont été réalisés.

La thérapie génique pour les malentendants bientôt chez l’Homme

Pour l'heure, on est encore très loin des applications cliniques éventuelles. Il faudra encore de nombreux tests avant d'imaginer tester une telle technique chez l'Homme. Néanmoins, ces résultats constituent une avancée importante qui prouve que la thérapie génique représente réellement un traitement d'avenir.

Cependant, ces recherches pourraient intervenir un peu tard. L'an passé, une équipe de chercheurs états-uniens avait testé la thérapie génique à l'aide d'un vecteur viral chez des souris malentendantes. Les cellules ciliées détruites avaient repoussé, d'après leurs résultats publiés dans The Laryngoscope. Et ces mêmes scientifiques viennent d'obtenir les autorisations pour tester le procédé chez des volontaires humains. Affaire à suivre donc !

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