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La thérapie génique testée contre une forme héréditaire de cécité

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Pour l'heure, il n'existe aucun traitement contre la maladie de Stargardt, une affection oculaire héréditaire. Mais une équipe américano-française pourrait proposer une thérapie génique efficace d'ici 2018. Les premières phases de l'essai clinique en cours se déroulent bien.

L'ophtalmologie est l'un des domaines de la médecine où les thérapies géniques sont les plus avancées. Soigneront-elles la maladie de Stargardt ? © Franck Hanot, Flickr, cc by nc sa 2.0

Au centre de la rétine de l'œil : la macula. Cette région contient une très forte densité de photorécepteurs, et contribue à la vision centrale en haute résolution par l'intermédiaire de la fovéa. Dès lors que cette zone est affectée par une maladie, l'acuité visuelle diminue.

Ces pathologies sont appelées maculopathies. Parmi elles, la forme héréditaire la plus fréquente est la maladie de Stargardt, du nom du médecin allemand qui l'a caractérisée voilà environ un siècle. Elle est principalement due à des mutations dans le gène ABCA4, et ne se déclare que si les deux copies du fragment chromosomique sont altérées.

Ce gène code pour une protéine du même nom, dont la fonction consiste à débarrasser cônes et bâtonnets d'une substance toxique, le rétinylidène. Si des mutations inactivent la protéine ABCA4, le rétinyldène se lie alors avec un autre composé, formant ensemble la lipofuscine. Cette dernière va s'accumuler et détruire l'épithélium pigmentaire rétinien, ce qui a pour conséquence de détériorer peu à peu les cellules de la macula. Les patients perdent progressivement leur acuité visuelle à partir de l'adolescence.

La thérapie génique grâce à un lentivirus de cheval

Pour l'heure, il n'y a pas de traitement efficace contre la maladie de Stargardt. On préconise aux patients d'éviter de s'exposer à des lumières trop intenses, car elles accélèrent le processus de production de la lipofuscine. Mais l'espoir de changer les choses demeure à l'hôpital des Quinze-Vingts de Paris. Les équipes de José-Alain Sahel et de David Wilson, depuis l'université de Portland (Oregon, États-Unis), collaborent conjointement et ont récemment entamé les premières phases d'un essai clinique de thérapie génique.

Les lentivirus forment un genre de rétrovirus. On compte le VIH parmi eux. Ils ont la particularité d'incorporer leur génome dans celui des cellules qu'ils infestent. Ils servent de vecteurs en thérapie génique pour qu'ils insèrent un gène humain d'intérêt, ici ABCA4, pour traiter une maladie. © AJC1, Flickr, cc by nc sa 2.0

Lors du récent congrès de la Société française d'ophtalmologie (SFO), le spécialiste de l'œil est revenu sur ces travaux en cours. L'une des difficultés dans l'élaboration du protocole était de trouver le bon vecteur pour amener une version effective du long gène ABCA4 dans les cellules malades. Les scientifiques ont finalement arrêté leur choix sur un lentivirus inactivé de cheval, un virus du même genre que le VIH à l'origine du Sida, mais qui est ici évidemment inoffensif.

Cette thérapie génique a déjà été testée sans problème chez le lapin et le primate. Les premiers résultats préliminaires qui nous parviennent des 12 patients prenant part à l'expérience sont plutôt bons. Les quelques effets secondaires indésirables mineurs constatés ne semblent pas liés à la thérapie elle-même, ce qui laisse à penser que ce traitement pourrait être sûr.

Pourra-t-on réellement soigner la maladie de Stargardt ?

Bien qu'il faille attendre des conclusions définitives pour poursuivre plus loin l'expérience, la suite des essais cliniques servira à déterminer l'efficacité de la thérapie. « Si tout va bien et que le traitement obtient à la fin l'accord des autorités sanitaires, nous espérons qu'il sera accessible à l'horizon 2018 », précise José-Alain Sahel à Futura-Sciences. Les laboratoires Oxford Biomedical et Sanofi, qui soutiennent l'essai, se chargeront, le cas échéant, de la mise sur le marché.

« Dans le traitement par thérapie génique de la maladie de Stargardt, ces essais cliniques sont les plus avancés, puisqu'ils sont les seuls à être menés. Quelques dizaines de milliers de personnes sont concernées en Europe, et il en va de même aux États-Unis », reprend l'ophtalmologue.

L'espoir pour autant de gens de retrouver une vie normale. La maladie bouleverse inéluctablement le quotidien, car des activités aussi banales que la lecture d'un livre ou la conduite automobile leur sont impossibles. Du moins pour les cinq prochaines années...

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Créée en 1883, la Société française d'ophtalmologie regroupe un grand nombre de spécialistes des pathologies oculaires. Tous les ans, elle organise un congrès pour faire le point sur des sujets médicaux actuels. Cette année, Futura-Sciences a assisté à cette 119e conférence et vous propose quelques rendez-vous, par l'intermédiaire d'articles aux formats variés.


Du 11 au 14 mai, au Palais des congrès de Paris se tenait le 119e congrès de la Société française d'ophtalmologie. Futura-Sciences y était. © SFO