Santé

Un médicament restaure partiellement l’ouïe de souris sourdes

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Des souris devenues sourdes à la suite d'une exposition à des sons élevés ont pu retrouver une partie de leur audition perdue grâce à un médicament. Un espoir pour restaurer l'ouïe chez des personnes malentendantes qu'il faut malgré tout modérer...

Chez les souris devenues sourdes à cause d'une exposition sonore trop intense (à gauche), un traitement à base d'un médicament inhibiteur de la gamma-sécrétase (à droite) permet de régénérer des cellules ciliées (en vert) qui avaient disparu. © Mizutari et al., Neuron

Être sourd aujourd'hui, c'est souffrir d'une maladie pour le moment incurable. Du moins, dans la majorité des cas, il n'existe aucun traitement capable d'aider des personnes malentendantes à récupérer leur audition. La faute à la dégénérescence définitive des cellules ciliées, à l'interface entre la cochlée et le nerf auditif.

En effet, ces cellules caractéristiques se mettent en place au cours du développement et sont chargées de transmettre l'influx nerveux par leur agitation à l'arrivée d'un son. De nombreuses surdités sont dues à un déficit en cellules ciliées, car contrairement à ce qui se produit chez les poissons ou les oiseaux, elles sont incapables de se régénérer chez les mammifères. Ainsi, une fois perdues, il est impossible de les récupérer... à moins qu'on ne trouve une solution thérapeutique.

Les pistes sont nombreuses. Certains s'essaient à la thérapie génique, comme une étude qui avait redonné à des cochons d'Inde une partie de leur ouïe. Mais l'efficacité est partielle et la technique est complexe. L'utilisation de molécules pharmacologiques reste bien plus pratique pour une utilisation clinique.

De nouvelles cellules ciliées apparaissent

Albert Edge et ses collaborateurs du Massachusetts Eye and Ear Infirmary se penchent sur la question depuis un moment maintenant. Ils ont démontré qu'une famille de composés, les inhibiteurs de la gamma-sécrétase, pouvaient induire la croissance des cellules ciliées in vitro. Leur ambition était de vérifier si les mêmes effets s'observaient chez un animal vivant.

Ce sont des souris qui ont fait office de cobaye. Soumises à une exposition sonore violente durant deux heures consécutives, les rongeurs ont alors perdu leur audition. Après administration du médicament, leurs observations, révélées dans la revue Neuron, montrent la formation de nouvelles cellules ciliées, issues de la division de cellules de soutien.

Ce schéma représente l'anatomie de l'oreille. Le son arrive dans le pavillon de l'oreille et traverse le canal auditif, au bout duquel il frappe la membrane du tympan. En vibrant, il fait bouger les osselets que sont le marteau, l'enclume et l'étrier qui, à leur tour, vont stimuler la cochlée. À l'intérieur, les mouvements des cellules ciliées génèrent un courant électrique envoyé jusqu'au cerveau via le nerf auditif. © Chittka L, Brockmann, Wikipédia, DP

D'un point de vue biologique, ils bloquent l'activité d'une protéine appelée Notch. Celle-ci détermine qui se différencie en cellule ciliée et qui devient une cellule de soutien.

Un peu de chirurgie pour éviter les effets secondaires

Un enregistrement de l'activité du nerf auditif révèle que l'ouïe a pu être partiellement restaurée grâce à ce processus. Cependant, il est impossible de définir précisément quelles aptitudes avaient récupérées ces souris.

Ces médicaments avaient déjà été testés chez l'Homme en guise de traitement contre la maladie d’Alzheimer. Du fait de leur trop faible efficacité pour ralentir la démence et en plus d'effets secondaires indésirables sur les intestins et le système immunitaire, ils n'ont jamais reçu d'autorisation de mise sur le marché.

Les auteurs ont alors délivré le médicament par voie orale ou directement sur l'oreille des souris après une opération chirurgicale mineure. Dans les deux cas, la récupération a été identique, mais l'administration au niveau de la cochlée a permis d'éviter les effets secondaires associés à ces principes actifs.

Un traitement de la surdité, mais pour qui ?

Si la découverte a de quoi susciter l'espoir, il faut encore attendre pour s'émerveiller. Certes, amélioration de l'ouïe il semble y avoir, mais à quelle hauteur ? La restauration serait malgré tout très mince et pourrait ne pas être d'un très grand secours.

De plus, il reste à définir les patients cibles. Le médicament a été distribué juste après l'exposition aux bruits élevés. Mais est-il aussi efficace après un délai plus important ? La question est pour l'heure sans réponse. Alors si sa distribution à la sortie des concerts de rock pourrait aider tous les fans à récupérer une partie de leur audition perdue durant le spectacle musical, que peuvent espérer les malentendants de longue date ? De nombreuses années de recherche s'avèrent encore nécessaires.

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