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Les arbres à fourmis

Dossier - Fourmi : les secrets de la fourmilière
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Elles sont plusieurs millions de milliards et ont colonisé presque toutes les régions de la planète : les fourmis, avec leur organisation similaire aux sociétés humaines, montrent que l'union fait la force. Découvrez tous les secrets de ces insectes sociaux.

  
DossiersFourmi : les secrets de la fourmilière
 

Les relations étroites que les fourmis entretiennent avec des pucerons, des cochenilles ou des champignons, mettent en jeu un mutualisme souvent sophistiqué. Il ne l'est pas moins quand le partenaire est un arbre. Il existe en effet, dans les régions tropicales, des arbres à fourmis ou myrmécophytes qui ne peuvent vivre sans leur hôte à six pattes. Quels bénéfices chaque partenaire tire-t-il de la présence de l'autre ?

Pseudomyrmex sp. © Dreed41 - CC BY-NC 2.0
Association fourmis – arbre à fourmis. Ce Cecropia d’Amérique tropicale possède des tiges creuses. Il suffit à la fourmi associée de ronger la moelle qui occupe le centre de la tige pour trouver un logement à sa convenance. © A. Wild

Arbres à fourmis : des logements sûrs

Les Cecropia en Amérique tropicale et les Macaranga dans l'Asie du Sud-Est possèdent des tiges creuses qui constituent des logements sûrs pour peu que l'on enlève la moelle centrale et que l'on perce des trous de sortie.

Chez des acacias, ce sont les épines qui sont évidées par les fourmis associées et constituent un logement confortable. Un petit problème peut surgir quand les fortes pluies tropicales inondent les chambres. Les ouvrières doivent écoper leur demeure. Elles boivent l'eau en excès, sortent sur la tige et dressant leur abdomen à la verticale, expulsent la gouttelette par l'anus. Ce travail de pompage exige environ 3.000 vidanges avant que les fourmis aient à nouveau leurs pattes au sec.

Arbres à fourmis : des sources alimentaires

Les fourmis logées, il convient de les nourrir. Les arbres à fourmis produisent des nectaires extrafloraux sans rapport avec la pollinisation, c'est-à-dire avec les glandes à nectar logées dans les fleurs. Les nectaires extrafloraux sont riches en divers sucres qui font le régal des fourmis. Les myrmécophytes produisent aussi des corps nourriciers. Sur les acacias, ils forment des petits chapelets jaunes ou orange situés à la base des folioles basales.

Association fourmis – arbre à fourmis. Cet acacia produit des corps nourriciers jaunes pour nourrir ses fourmis associées. © A. Wild

Ils sont riches en protéines et en lipides. Nectaires extrafloraux et corps nourriciers sont produits spécialement par l'arbre pour nourrir ses fourmis associées. Si l'on détruit expérimentalement les fourmilières, l'arbre cesse de les produire car il n'a plus aucun intérêt à dépenser l'énergie nécessaire à leur formation.

Pseudomyrmex sp. © Dreed41 / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

La contrepartie des fourmis

Les fourmis qui trouvent ainsi le gîte et le couvert, doivent une contrepartie. Elle se manifestera sous la forme d'une protection de l'arbre contre les mangeurs de feuilles. Les Pseudomyrmex qui logent dans les épines creuses des acacias sont des fourmis redoutables. Elles sont munies d'un aiguillon dangereux. Dès qu'un insecte se pose sur une feuille, elles se précipitent en masse et mettent le phytophage en fuite. Au besoin elles l'attaquent à coups d'aiguillon. Le phytophage apportera des protéines aux fourmis peut-être un peu lasses de manger toujours sucré. Au besoin, c'est l'arbre qui alertera ses associés. Quand un Macaranga est rongé par un insecte, la feuille blessée émet une substance qui mime la phéromone d'alarme des fourmis. Ces dernières sortent en masse et attaquent l'intrus.

La contribution des fourmis à l'association peut prendre une forme surprenante. Tocoa occidentalis est un arbuste de la forêt amazonienne avide de lumière. Il s'installe donc dans les clairières avec sa fourmi mutualiste. La symbiose prend une forme classique avec fourniture du gîte et du couvert par la plante et défense contre les ravageurs pour la fourmi. Mais ces dernières font encore mieux. Lorsque des plantes poussent trop près de leur arbre au risque de lui faire de l'ombre, elles descendent de leur myrmécophyte, se dirigent vers les plantes intruses et les mordent au niveau des faisceaux de nervures. Puis se retournant elles arrosent d'acide formique la blessure. Le poison ayant des vertus herbicides, les plantes envahissantes ne tardent pas à dépérir. Grâce aux fourmis, une aire circulaire vide de végétation est établie autour de l'arbre-support qui bénéficie à nouveau du soleil. Ce corridor a tellement intrigué les autochtones qu'ils l'ont baptisé « jardin du diable ».