Planète

Fourmis : s'orienter et retrouver son nid

Dossier - Fourmi : les secrets de la fourmilière
DossierClassé sous :zoologie , fourmi , ouvrière

-

Elles sont plusieurs millions de milliards et ont colonisé presque toutes les régions de la planète : les fourmis, avec leur organisation similaire aux sociétés humaines, montrent que l'union fait la force. Découvrez tous les secrets de ces insectes sociaux.

  
DossiersFourmi : les secrets de la fourmilière
 

Les fourmis développent deux stratégies d'orientation : la piste chimique à l'aide de phéromones et la mémoire topographique.

Cataglyphis nodus. © Donkey shot - CC BY-SA 3.0
Les fourmis du genre Pachychondyla ne suivent pas de piste chimique. Elles fourragent individuellement et retrouvent leur nid en mémorisant des repères topographiques. © J. Orivel

La piste chimique

Nombreuses sont les espèces qui au cours de leurs sorties de chasse ou de cueillette laissent derrière elles une piste chimique. Le retour au nid n'offre alors aucune difficulté. Il suffit de remonter cette sorte de fil d'Ariane. Cette navigation est parfaite quand la source alimentaire est abondante et stable dans le temps comme le sont les colonies de pucerons ou les concentrations de cochenilles. Les fourmis des bois sont des adeptes de ce comportement à condition bien sûr de renforcer la piste par des dépôts réguliers de phéromone. L'hiver venu, la piste chimique disparaît.

La mémoire topographique

Pourtant au printemps, les premières ouvrières qui sortent du nid se rendent directement à l'arbre exploité l'année précédente. C'est que ces ouvrières mettent en jeu un autre comportement. Elles ont mémorisé l'environnement physique de leur nid ce qui leur permet de retrouver l'arbre et ses pucerons. Elles pourront alors basculer d'un processus à l'autre : bien vite, la mémoire topographique cèdera la place au dépôt d'une piste chimique indispensable pour les jeunes ouvrières qui n'ont pas eu l'occasion de mémoriser les lieux.

La fourmi-cadavre et le repérage

Lorsque la nourriture est dispersée de manière aléatoire, la recherche individuelle s'avère plus performante. C'est le cas pour de nombreuses espèces qui chassent des proies vivantes ou mortes. La fourmi-cadavre Pachycondyla clavata, ainsi appelée à cause de son odeur écœurante, est spécialisée dans la capture des termites africains qui forment des colonnes erratiques dans la forêt équatoriale. Le hasard présidant la rencontre du chasseur et du chassé, la quête individuelle est plus efficace. La fourmi-cadavre apprend alors des repères topographiques pour retrouver son nid. Elle utilise pour cela l'image de la canopée, c'est-à-dire l'assemblage des branches hautes.

La fourmi du désert

Reste le cas des fourmis qui vivent dans des lieux désertiques ou semi-désertiques. Les ressources alimentaires y sont dispersées (cadavres d'insectes morts souvent de dessiccation) et les repères topographiques trop rares pour être utilisés. C'est le problème auquel sont confrontées les fourmis du désert Cataglyphis bicolor.

Lorsqu'une chasseresse sort du nid, elle effectue de nombreux crochets, allant d'un côté à l'autre, revenant sur ses pas, manifestement à la recherche d'une proie d'une manière aléatoire. Elle peut parcourir 600 m en une vingtaine de minutes. La proie trouvée, l'ouvrière se dirige en ligne droite vers son nid qu'elle atteint en 5 ou 6 minutes. Privée de repères terrestres, l'ouvrière n'a pu se guider que sur des repères astronomiques dont le plus visible est le soleil. En d'autres termes, la fourmi des déserts est capable de tenir un cap, c'est-à-dire de se déplacer en maintenant un angle constant avec le repère céleste. C'est le principe de la navigation à la boussole. La chasse étant assez longue, on a même pu démontrer que l'ouvrière tient compte du déplacement apparent du soleil au cours de la journée. Elle décalera son trajet retour de quelques degrés apparemment parcourus par le soleil lors du long trajet aller.