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Les animaux cavernicoles actuels : trogloxènes, troglophiles et troglobies

Dossier - Grottes et cavernes, les secrets des profondeurs
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Les grottes fascinent par leur beauté et leur mystère. En calcaire, de grès ou sous-glaciaires, elles peuvent prendre différentes formes. Ces cavités abritent souvent la vie et ont même longtemps été l'abri privilégié de l'Homme. Plongez dans les profondeurs secrètes de la terre, à la découverte des grottes et cavernes.

  
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Plusieurs espèces animales occupent actuellement les grottes. Les trogloxènes ne font que visiter le milieu souterrain tandis que les troglophiles effectuent leur cycle vital entier dans les grottes. Quant aux troglobies, ils occupent les grottes de manière permanente.

Les trogloxènes

Les trogloxènes sont des formes qui peuplent le milieu souterrain et subissent les conditions qui y règnent. Ils occupent les grottes de façon temporaire mais systématique. Ils y recherchent des conditions particulières en raison d'exigences physiologiques particulières caractérisées par un ralentissement de l'activité de l'organisme. Les trogloxènes ne pénètrent dans les grottes qu'aux périodes d'activité réduite, ils ne s'y reproduisent pas. Certaines chauve-souris sont des espèces cavernicoles.

La chauve-souris Grand Murin est un exemple de trogloxène. © König, DR

Motifs de la pénétration

dans les cavernes

 ÉpoqueRégion géographiqueExemples
HibernationHiverPays tempérés froidsPapillons Chauve-souris Mollusques
Diapause estivaleÉtéPays tempérés froidsPhryganes
EstivationÉtéPays chaudsBatraciens diptères
RefugeToute l'annéeTous paysRongeurs

Les troglophiles

Les troglophiles se révèlent particulièrement aptes à vivre dans le milieu souterrain. Ce sont de bons exemples dits de préadaptation. La coexistence de formes épigées et de formes cavernicoles au sein d'un même genre atteste que les troglophiles effectuent leur cycle vital entier dans les grottes.

Ce mollusque gastéropode est un exemple d'animal troglophile. © DR

Les troglobies

Les troglobies sont les occupants permanents et obligés du milieu souterrain. L'adaptation est irréversible en raison de modifications morphologiques, physiologiques et éthologiques. Les régressions typiques des troglobies se manifestent par l'absence ou la réduction profonde des yeux et des pigments cutanés, par une diminution du métabolisme général et un ralentissement considérable de la croissance et du développement.

Exemple d'animal troglobie : Proteus (batracien). © DR

Une biomasse faible dans les grottes

Les caractéristiques physiques des cavernes karstiques sont : l'absence de lumière, une humidité élevée et constante, une température invariable. L'obscurité entraîne l'absence de végétaux capables de photosynthèse et presque toutes les sources de nourriture doivent provenir du milieu extérieur.

La biomasse totale existant dans les milieux souterrains est généralement faible. Un premier apport, très important, est constitué de détritus végétaux et d'organismes de petite taille entraînés par les eaux souterraines. Le second provient de l'entrée régulière d'organismes actifs non consommateurs qui viennent peupler l'écosystème.

L'exemple le plus frappant est celui des chauves-souris qui vont se nourrir au-dehors, mais dont le guano libéré dans les grottes est le point de départ d'une faune inféodée considérable.

La Chauve-souris Grand Rhinolophe se nourrit en dehors de la grotte. © C. KÖnig, DR

On peut supposer que la résistance au jeûne des troglobies aquatiques (poissons, crustacés) constitue un élément important de stabilisation des populations. De même, les capacités très larges des troglophiles de s'adapter à des sources de nourriture diverses constituent un facteur de régulation.

Astyanax et Nyphargus : deux animaux cavernicoles

Le corps allongé, d'Astyanax (famille des Characidae), légèrement comprimé latéralement, est doté d'une nageoire adipeuse. Sa ligne latérale est complète. Sa robe est rosée. Une épaisse membrane opaque recouvre ses yeux atrophiés, d'où cette impression d'absence d'yeux. Il s'oriente sans problème grâce à sa ligne latérale sensitive très développée ainsi qu'à son odorat.

Très prolifique, la femelle pond en pleine eau. Les œufs éclosent au bout de deux à trois jours et les alevins sont en nage libre vers le sixième jour. L'animal est carnivore. Astyanax est le nom du fils d'Andromaque et d'Hector dans la mythologie.

L'Astyanax fait partie des espèces cavernicoles. © DR

Le Nyphargus, cette crevette aveugle, d'un blanc translucide, mesure de 1 cm à 3,5 cm. Elle se nourrit de bactéries contenues dans l'argile, de proies vivantes ou mortes et de débris végétaux. On peut la rencontrer dans de nombreuses grottes humides, même dans les gourds des grottes touristiques.

Niphargus est une espèce de crevettes habitants dans les grottes. © DR

Dans certains cas particuliers (et à la limite de notre sujet) un lac occupe une cavité effondrée et est ainsi isolé de tout cours d'eau extérieur. Il peut y avoir à ce moment des espèces tout à fait endémiques comme les Cichlidés des lacs Otjikoto et Guinas en Namibie. De couleurs très vives, vert, jaune etc. ces poissons n'ont pas d'ennemis et donc ne sont pas obligés de développer des stratégies de camouflage ou de défense.

Les Cichlidés du lac Malawi (lacs qui ne sont pas des structures calcaires !) sont les plus connus parce qu'abondamment utilisés par les aquariophiles, mais il en existe de nombreuses espèces en Afrique. Ces animaux ne sont pas cavernicoles même si, dans le cas présent, ils habitent une cavité karstique !

D'autre part, il est possible de mentionner ici les mésanges, par exemple, qui sont considérées comme cavernicoles en ce sens qu'elles recherchent des trous pour s'abriter et nicher...