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Dossier - La santé fragile de la Méditerranée et de la mer Noire
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La santé fragile de la Méditerranée est, depuis longtemps, au cœur des recherches environnementales européennes. Objet également de plusieurs projets d'évaluation et de remédiation, la mer Noire n'a pas été non plus négligée.

  
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"Dans ce contexte, plusieurs des problèmes environnementaux qui se posent au plan transnational et multidisciplinaire dans la mer Noire et dans la partie orientale de la Méditerranée n'ont pas été jusqu'ici évalués dans une optique intégrée de manière à tirer profit de toutes les données disponibles et des différents efforts déjà mis en chantier", souligne Achilleas Mitsos, directeur général de recherche à la Commission européenne."Une telle approche d'intégration permettrait de dégager des solutions et d'identifier les politiques d'action fondées sur des stratégies à long terme de développent durable."

De nombreux rejets incontrôlés provenant des 17 pays bordant la mer Noire entraînent depuis des décennies une situation critique de pollution marine dans ce bassin fermé.

Plusieurs grands fleuves de cette région (Rhône, Pô, Danube, Nil) drainent, par exemple, de vastes territoires où domine une agriculture industrielle. Les intrants des cultures parviennent également à la mer par le biais de nombreux cours d'eau qui s'y jettent. Les zones riveraines française, italienne et espagnole consomment chacune plus de 100 000 tonnes de pesticides par an. D'autres régions connaissent une importante montée en puissance de ce phénomène : la Turquie atteignait récemment 35 000 tonnes et l'Egypte prend la même direction.

Sans compter la pollution de l'air - souvent sous-estimée lorsqu'on parle de mer -générée par le parc automobile, les incinérateurs d'ordures ménagères, les installations industrielles, etc., - dont une partie est entraînée dans la circulation atmosphérique générale. "Leur impact se concentre cependant sur les masses d'air des zones côtières et sur les échanges de ces dernières avec les eaux de surface. Ce phénomène est aggravé par l'absence de marées, qui réduit le brassage, constate Alexandros Theoharis, du Centre national grec de recherche marine. Les gradients de concentration pour diverses molécules, ainsi que les gradients de pH, sont dès lors très intenses, avec des conséquences marquées sur les biocénoses marines."

Enfin, l'exploitation de la mer elle-même s'est intensifiée. Le transport maritime, et notamment celui des hydrocarbures, responsable de pollutions chroniques, a connu un développement important. Cent mille tonnes de pétrole transitent chaque année par la seule mer Noire. Il en va de même pour la puissance de la flotte de pêche (même si en nombre de bateaux elle est à peu près stable). Quant à l'aquaculture, elle a pris un essor considérable qui ne va pas sans générer d'importantes perturbations écologiques.

Ecosystèmes perturbés Résultat de ces pressions en tous genres : au tableau de bord de la durabilité, plusieurs voyants atteignent le niveau d'alerte maximale. Une mortalité importante et croissante d'animaux marins (des pertes estimées à plusieurs dizaines de millions de tonnes), encore mal expliquée, a été observée en mer Noire au cours des trois dernières décennies. Ainsi, les prises de pêche s'y sont effondrées de 80% durant ces dernières années et, sur les 26 espèces autrefois couramment commercialisées dans ce bassin, six seulement seraient encore exploitables. Parallèlement, d'impressionnantes proliférations de méduses et autres espèces animales gélatineuses sont apparues, causées probablement par l'eutrophisation et/ou l'introduction d'espèces allogènes par les navires.

La décroissance des captures est également sensible en Méditerranée depuis plus d'une décennie. "En outre, une sur-pêche des gros poissons carnivores a perturbé la structure et le fonctionnement de l'écosystème. En beaucoup de lieux, les pêcheries sont maintenant obligées de se contenter de petites espèces, plus sensibles aux variations environnementales", souligne Jacques Bertrand, de l'Institut français de recherche marine IFREMER.

Le navire Europe armé par l'IFREMER en mission en Méditerranée - Les recherches européennes fournissent aujourd'hui une masse considérable de données pour une gestion durable des écosystèmes marins menacés. ©IFREMER

L'Europe peut mener à bien en mer Méditerranée des missions très diverses, liées en particulier à la recherche halieutique et à l'environnement littoral :

  • chalutages conventionnels, profonds (jusqu'à 1300 mètres), pélagiques et expérimentaux
Le pont arrière (vu du haut). Au fond le portique qui permet la manipulation du chalut. A droite une grue. ©IFREMER
  • évaluation de la ressource par des moyens acoustiques, déploiement d'engins dormants (filets maillants, palangres, casiers, ...)
La passerelle, dans laquelle toutes les manoeuvres sont dirigées. ©IFREMER
  • travaux de sismique et de sédimentologie, prélèvements hydrologiques.
Le laboratoire avec de nombreux instruments de mesure et des ordinateurs. ©IFREMER

Ces profondes modifications de l'écosystème méditerranéen inquiètent d'autant plus qu'il s'agit d'une mer où l'endémisme(à savoir la présence d'espèces exclusivement locales, donc irremplaçables) est très important. Alors que la Mare Nostrum représente 1% de l'océan mondial, elle abrite 7,5% des espèces aquatiques de la planète. Diverses ruptures d'équilibre ont été signalées, dont une tendance certaine à la "tropicalisation" : de nombreuses espèces provenant des mers chaudes s'y développent, au point de menacer leurs homologues locales, qu'il s'agisse de végétaux (comme la célèbre et prédatrice algue Caulerpa taxifolia), de mollusques, de crustacés ou de poissons... Ce phénomène préoccupant et complexe résulte sans doute des effets combinés des apports d'eau et de l'accroissement des passages de navires par le canal de Suez et le détroit de Gibraltar, et est favorisé probablement par le réchauffement global.