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Interview de Christian Patermann, directeur de la Direction environnement à la DG Recherche

Dossier - La santé fragile de la Méditerranée et de la mer Noire
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La santé fragile de la Méditerranée est, depuis longtemps, au cœur des recherches environnementales européennes. Objet également de plusieurs projets d'évaluation et de remédiation, la mer Noire n'a pas été non plus négligée.

  
DossiersLa santé fragile de la Méditerranée et de la mer Noire
 

En unissant le destin environnemental de la mer Noire et celui de la Méditerranée, la recherche européenne répond à la donne nouvelle de l'élargissement de l'Union - et de ses futures rives maritimes. La conférence IASON marque le point de départ de cette approche intégrée. Commentaires de Christian Patermann, directeur des recherches sur l'environnement à la Commission européenne.

  • De longue date, la recherche européenne a consacré de nombreux travaux sur la santé menacée de la Méditerranée. Le sort très critique de la mer Noire aurait-il donc été considéré jusqu'ici comme un sujet "non vital" ?
Christian Patermann

Certainement pas et, de même qu'elle s'implique activement dans de nombreux points sensibles de l'environnement planétaire, l'Union n'a pas attendu aujourd'hui pour se soucier des très sérieux problèmes posés dans le bassin de la mer Noire. Cela se fait, en particulier, via les soutiens octroyés par les programmes Phare et Tacis (en particulier en appui à des initiatives de l'Agence onusienne pour l'environnement, de la Banque Mondiale, etc.), au niveau des actions de la DG Environnement, ainsi que dans le cadre de projets européens de recherche, tel EROS 21(European River Ocean System) qui a étudié les effets des déversements du Danube sur les eaux marines. Ce projet a, en outre, mesuré l'importante concentration de méthane dans cette mer - un gaz à effet de serre très actif au niveau du changement climatique global.

Il est clair que le bassin de la mer Noire joue un rôle éco-stratégique considérable. Elle est une voie maritime majeure de transport pétrolier et assure, par exemple, 20 % du transit des exportations russes. La gestion de ses côtes et la protection de sa biodiversité ne peuvent être envisagées qu'à une échelle européenne commune, qui s'impose d'autant plus dans la perspective de l'élargissement. Prenez, par exemple, le Danube - ce long fleuve, le second d'Europe -, dont l'immense delta constitue un écosystème exceptionnel, doté d'un riche patrimoine de biodiversité et d'une généreuse productivité biologique. L'état de santé de ce delta est conditionné par tout ce qui se passe dans l'immense bassin de drainage de quelque 8 millions de km2 qui court de la Pologne, l'Allemagne et l'Autriche jusqu'en Roumanie.

  • Les pays candidats concernés au plus près par ces questions environnementales ont-ils la capacité de s'intégrer dans les actions de recherche soutenues par l'Union ?

Les pays candidats issus de l'ex-bloc communiste arrivent au terme d'un processus qui a amené leurs infrastructures et leurs systèmes de recherche à une quasi-destruction. Ils sont confrontés à de nombreux problèmes urgents, relevant parfois de la simple survie économique. Les questions de recherche et d'environnement ne sont pas, de ce fait, nécessairement prioritaires à leurs yeux.

Il reste néanmoins impératif que ces pays puissent s'impliquer, dans une vision à long terme, dans la protection de leur capital naturel et de leurs ressources. Au-delà des questions purement écologiques, des ressources financières comme le tourisme et la pêche sont tributaires de l'état de santé des fleuves et des mers.

En outre, ces pays possèdent aussi d'excellents scientifiques. Il est essentiel de créer et poursuivre des liens avec eux et de les aider à s'intégrer dans l'Espace européen de la recherche. A cet égard, le concept du développement durable est un outil de base, prenant en compte à la fois l'économie, l'environnement et les aspects sociaux. Sa mise en oeuvre dans cette partie de l'Europe représente une opportunité essentielle, qui se traduit aussi par un défi qui concerne l'Europe tout entière.

  • La conférence de Thessalonique a-t-elle répondu à vos attentes ?

Nous voulions faire un état des lieux de cette région dans les différents champs scientifiques liés au développement durable : changement climatique, biodiversité, gestion des zones côtières, des pêcheries, aide à la décision, etc. Le but était de réunir des personnalités scientifiques possédant des compétences d'excellence dans ces domaines, de façon à former un noyau capable de dresser un tableau des priorités pour l'amélioration de la situation de ces deux bassins maritimes et de faire des propositions pour l'avenir de leur gestion durable.

J'ai été impressionné par le haut niveau des contributions et des participants, et par le fait que nous ayons réussi à réunir plus de 20 nationalités, à la fois des régions directement concernées et du Nord de l'Europe. Nous allons continuer ce dialogue par la mise en place d'une plate-forme permanente, qui devrait s'appuyer, dans un premier temps, par la mise en place d'un portail Internet, de façon à pérenniser les liens, poursuivre l'état des lieux, organiser de nouvelles initiatives et rester ouverts à de nouveaux contacts. La Grèce s'est engagée à coordonner cet effort et à dégager les instruments opérationnels pour concrétiser cette dynamique.