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Interview : l'avenir d'Arianespace et les merveilles de Titan

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Arianespace est aujourd'hui devenu leader mondial des lancements de satellites commerciaux et scientifiques, et consolidera bientôt sa position grâce à l'utilisation de lanceurs Soyouz, puis Vega. Comment envisage-t-elle l'avenir ?

Bâtiment d'Assemblage Final d'Ariane 5

Quatrième et dernier volet de notre interview exclusive de Roger-Maurice Bonnet, qui nous parle aussi de Titan, dont les résultats obtenus par la sonde européenne Huygens continuent d'étonner, et envisage l'"après-Huygens".

Roger-Maurice Bonnet est actuellement Directeur de l'International Space Science Institute, Ex-Directeur de la Science à l'ESA et Ex-Directeur général adjoint scientifique au CNES. En savoir plus 

Futura-Sciences : Comment voyez-vous l'avenir d'Arianespace ?

Roger-Maurice Bonnet : Pour l'instant on n'est pas encore rentré dans une phase de routine comme celle qui marquait les dernières années de fonctionnement d'Ariane 4. Ariane 5 a eu très peu de lancements et ce petit nombre ne permet pas de juger complètement de la fiabilité totale du lanceur sur une grande période. Donc Arianespace est aujourd'hui victime des accidents qui ont affecté Ariane alors que le marché poursuit sa course et qu'il faut le suivre à chaque instant.

Les gestionnaires du programme se sont associés aux Russes, et avec Soyouz ils disposent d'une panoplie de lanceurs intéressante qui permettra à l'Europe de tenir sa part de marché dans les lancements. Mais aujourd'hui, on est toujours dans une phase d'incertitude.

Bâtiment d'Assemblage Final d'Ariane 5 Crédits : Arianespace

FS : Comment est perçue l'arrivée de Soyouz à Kourou ?

RMB : C'était presque inévitable et c'est pour cela que ça s'est fait. Sinon, le meilleur lanceur du monde et aussi le plus fiable aurait été récupéré par les Américains, et donc l'Europe a bien fait de se l'attacher. Maintenant, en déplaçant le lanceur de Baïkonour à Kourou, les coûts vont certainement augmenter. On ne transfère pas la capacité de lancement telle qu'elle est à Baïkonour, on la modifie, et ces modifications il va falloir en payer le prix.

J'ignore pour quelles raisons on n'a pas suivi le même schéma qu'à Baïkonour, mais il y a certainement de bonnes raisons. Néanmoins on a pris un risque en faisant des modifications sur un système éprouvé. En modifiant, même légèrement, les configurations de la préparation du lancement et du lancement lui-même, on risque d'être confronté à des problèmes. Et la fiabilité du Soyouz risque d'en être affectée.

FS : Quelles sont les modifications principales ?

RMB : Cela se passe surtout au niveau de l'assemblage qui se faisait à l'horizontale à Baïkonour, et qui se fera à la verticale à Kourou. Cela implique des modifications.

FS : Quels nouveaux résultats a-t-on obtenu sur Titan depuis l'atterrissage de Huygens ?

RMB : Le dépouillement des résultats continue. On commence à bien connaître la structure de cette lune, qui est extraordinaire par rapport à ce qu'on peut connaître des autres, et qui finalement ressemble un peu à la Terre mais dans des conditions complètement différentes. On sait qu'il y a un volcanisme très actif, un volcanisme qui ne crache pas de la lave mais de l'eau et libère du méthane. La source du méthane de l'atmosphère de Titan, est vraisemblablement son activité volcanique. Ces résultats ont été obtenus grâce à des études effectuées conjointement des deux côtés de l'Atlantique en comparant les données de la sonde Huygens avec celles de Cassini, qui repasse régulièrement au-dessus de Titan, avec une résolution moins bonne certes, mais qui offre une vue d'ensemble de la planète que la sonde n'a pu permettre.

FS : Que connaît-on de la structure interne de Titan ?

RMB : Il y a vraisemblablement dans le sous-sol de Titan un océan souterrain d'eau, selon un modèle qui semble se confirmer. Il s'agit d'eau liquide, l'effet de marée important dû à la proximité de Saturne induisant une température interne suffisante pour maintenir l'eau à l'état liquide..

FS : Quels sont les projets d'exploration de l'Europe pour l' "après-Huygens" ?

RMB : L'Europe étudie très intensément une mission vers Europa, où on reproduirait sensiblement le scénario de Huygens, avec un orbiteur américain et une sonde européenne. Je ne connais pas encore les chances du projet, mais les relations sont très bonnes entre l'ESA et la Nasa. Si les budgets sont là, la volonté existant aux Etats-Unis de faire cette mission, il y aura vraisemblablement une contribution européenne importante « à la Huygens ».

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