Nuée ardente du 16 décembre 1902 de la Montagne Pelée. © Alfred Lacroix
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Il y a 120 ans, la plus grande catastrophe volcanique du XXe siècle !

ActualitéClassé sous :Volcan , catastrophe naturelle , Eruption

Le 8 mai 1902, une nuée ardente dévalait le flanc sud de la Montagne Pelée et soufflait en quelques secondes la ville de Saint-Pierre, « la perle des Antilles ». Récit d'une tragédie.

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En ce début d'année 1902, la Montagne Pelée est calme, avec seulement quelques fumerolles qui sont apparues dans le cratère sommital du volcan durant les deux dernières années. Au pied du volcan, au sud, la ville de Saint-Pierre s'étale le long du rivage sur plusieurs kilomètres de long et totalise environ 26.000 habitants. Véritable capitale économique et culturelle de la Martinique, surnommée le « Petit Paris des Antilles », Saint-Pierre n'avait alors rien du village d'aujourd'hui.

Au début, une activité phréatique...

À partir de début mars, des odeurs de soufre sont fréquemment ressenties au niveau des villages côtiers et le 25 avril, des explosions provoquent quelques retombées de cendres sur certains bourgs. Pourtant, l'insouciance règne, sans doute parce que l'activité ressemble pour l'instant à celle de la dernière éruption en 1851. C'est une activité phréatique, liée à la chaleur d'un magma en profondeur qui déstabilise les nappes phréatiques du volcan. D'ailleurs, une excursion le 27 avril jusqu'au cratère sommital du volcan, qui s'appelle alors la caldeira de l'Étang sec, permet de remarquer un lac qui se déverse en partie dans la Rivière Blanche, une ravine sur le flanc sud-ouest du volcan.

Dans la nuit du 2 au 3 mai, une épaisse colonne de cendres parcourue d'éclairs se forme, à l'origine de retombées de cendres sur une large partie de la Martinique. Saint-Pierre se réveille dans un brouillard cendreux et quelques habitants du secteur commencent à fuir... Les jours suivants, les émissions de cendres continuent, ainsi que les crues dans la Rivière Blanche. Puis, le 5 mai en milieu de journée, la rupture de la paroi de la caldeira de l'Étang sec engendre trois impressionnantes coulées de boue coup sur coup dans cette rivière et en deux ou trois minutes, elles arrivent au niveau de l'usine Gérin, une exploitation sucrière non loin de l'embouchure de celle-ci. Les vagues de boue font plus de 10 mètres de haut à cet endroit et une cinquantaine de victimes !

La plus grande catastrophe du XXe siècle ! 

Le magma arrive en surface le lendemain, en atteste des panaches de cendres plus denses et une incandescence à la base de ceux-ci. À partir de cette date, un dôme de lave se forme vraisemblablement dans le cratère, un cratère désormais ouvert dans la direction de Saint-Pierre suite aux événements de la veille. L'activité est continue, spectaculaire et bruyante, mais une commission réunissant des scientifiques le 7 mai estime que « la position relative des cratères et des vallées débouchant vers la mer permet d'affirmer que la sécurité de Saint-Pierre reste entière ». 400 personnes partent quand même de Saint-Pierre ce jour-là par le vapeur vers Fort-de-France. Ce même jour, l'éruption de la Soufrière de Saint-Vincent, un volcan éloigné d'une centaine de kilomètres, fait plus de 1.500 victimes et est entendu à Saint-Pierre. Funeste présage.

Nuée ardente du 16 décembre 1902, similaire à celle du 8 mai 1902. © Alfred Lacroix

Dans la nuit du 7 au 8 mai, de très forts orages accompagnent l'éruption et engendrent des crues dans différentes rivières. Elles dévastent plusieurs villages, dont celui du Prêcheur, où environ 400 victimes sont recensées.

Au matin, 34 passagers embarquent pour Fort-de-France, quand de nombreux curieux débarquent à Saint-Pierre. C'est le jour de l'Ascension et nombreux sont à l'église... Une violente explosion se produit à la base du dôme de lave, dirigée latéralement vers le sud-ouest, là où le cratère est ouvert. Elle forme une puissante nuée ardente, un nuage de gaz et de cendres brûlants, qui dévale le flanc sud-ouest du volcan à plus de 400 km/h et arrive à Saint-Pierre à 8 h 02. La ville est quasiment entièrement soufflée : seuls quelques murs dans la partie sud sont encore debout. Des 28.000 personnes estimées dans la ville, il n'y a que deux survivants : un cordonnier nommé Léon Compère et Louis-Auguste Cyparis, un prisonnier qui fut protégé par les murs épais de son cachot ! Des marins brusquement immergés et ceux d'un navire qui réussit à partir s'en sortent également. Mais 28.000 victimes en quelques secondes... C'est la plus grande catastrophe volcanique du XXe siècle !

Saint-Pierre totalement détruite après la nuée ardente du 8 mai 1902. © Gusman, Leemage

Après ce paroxysme, l'éruption continua de manière intense. D'autres explosions puissantes eurent encore lieu et le dôme de lave formé dans le cratère généra aussi un certain nombre de nuées ardentes d'avalanche, à la suite de l'effondrement de certaines parties de ce dôme. À la mi-août, les réfugiés furent autorisés à retourner dans leur commune, mais le 30 du même mois, une nuée ardente atteignit Morne Rouge, un village au sud-est du volcan, et fit 1.000 victimes supplémentaires...

L'éruption continua jusqu'en juin 1905, mais la population ne revint à Saint-Pierre que de nombreuses années plus tard. Aujourd'hui, c'est un village modeste, où les stigmates de la catastrophe sont remarquables à certains endroits...

La Montagne Pelée aujourd'hui.

Cet article s'appuie largement sur les excellents travaux de Solange Contour et Simone Chrétien, parus dans la revue associative LAVE n°96 datant de mai 2002. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, je conseille vivement la lecture de « La Montagne Pelée se réveille », un livre de Simone Chrétien et Robert Brousse paru aux éditions Boubée.

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