Panache de cendres du Vésuve le 24 mars 1944. © d'après Giuseppe Imbò (1949)
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Retour sur la plus récente éruption volcanique du Vésuve

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En comparaison de l'éruption bien connue de l'an 79, qui détruisit Herculanum et Pompéi notamment, celle d'il y a 78 ans fut plus modeste. Elle fit quand même une vingtaine de victimes et ensevelit de nombreuses maisons de deux villages au pied du volcan !

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La dernière éruption du Vésuve a donc eu lieu en 1944, en beau milieu de la Seconde Guerre mondiale. La province napolitaine était alors occupée par les forces américaines qui firent de l'observatoire volcanologique du Vésuve un quartier général. Heureusement, Giuseppe Imbò, le directeur de l'époque, pu rester sur place et ainsi suivre cette éruption.

L'activité éruptive commença en réalité en 1913. Pendant trente ans, elle demeura très modeste et localisée dans le cratère sommital du volcan. Avec le temps, celui-ci se remplit, si bien qu'au début de l'année 1944, le cône formé autour de la bouche éruptive dépassait des bords du cratère. Il s'effondra entre le 12 et le 13 mars, en même temps qu'une intensification de l'activité sismique, des signes que Giuseppe Imbò identifia comme des précurseurs d'une activité plus importante à venir.    

 Le sommet du Vésuve en février 1944, avec un petit cône éruptif qui dépasse d'un cratère presque totalement rempli. © d'après Giuseppe Imbò (1949)

Le 18 mars, la lave déborda du cratère et forma des coulées sur les versants est, nord et ouest du volcan. C'est celle au nord qui fut la mieux alimentée : elle s'épancha dans la vallée entre le Vésuve et le Monte Somma, vestige du vieux volcan effondré en 79 après J.-C., et l'emmena ensuite vers l'ouest et les zones peuplées. Les 12.000 habitants des villages de San Sebastiano al Vesuvio et Massa di Somma furent alors évacués, avec l'aide des soldats américains, avant que la lave ne les détruise partiellement. Norman Lewis, un agent de renseignement anglais, décrivit alors cette scène : « La lave avançait tranquillement le long de la route principale, et à une cinquantaine de mètres du bord de ce terril qui avançait lentement, une foule de plusieurs centaines de personnes, pour la plupart vêtues de noir, priaient à genoux. [...] La lave se déplaçait à la vitesse de quelques mètres par heure, et avait recouvert la moitié de la ville avec une épaisseur d'environ 10 mètres. »

Les coulées de lave à l'ouest du Vésuve le 23 mars 1944 (en noir). À l'arrière-plan, on remarque la base du panache de cendres émis depuis le sommet du volcan. © d'après Giuseppe Imbò (1949)

Après les coulées, une activité explosive !

À partir du 21 mars, l'activité s'intensifia au sommet du volcan avec des fontaines de lave très intenses pendant près de 24 heures, ce qui entraîna l'arrêt des coulées de lave le 22 mars, après plus de sept kilomètres de parcours. L'activité sismique était alors si intense qu'à l'observatoire, il fallait se tenir pour marcher ! Pendant les jours suivants, cette activité explosive forma des colonnes de cendres imposantes de plus de cinq kilomètres de haut, rabattues par les vents vers le sud-est. Les lapilli et cendres de cette activité retombèrent dans un large périmètre. Au pied du volcan, à Terzigno, ces produits s'accumulèrent sur environ 80 centimètres, endommageant sérieusement de nombreux avions bombardiers américains. À 20 kilomètres du sommet, le dépôt atteignait encore 50 centimètres. De fait, de nombreux toits de maisons s'effondrèrent dans ce secteur, faisant une vingtaine de victimes. Une partie des cendres atteignirent même l'Albanie, à plus de 450 kilomètres du volcan !

Le panache de cendres au-dessus du Vésuve le 24 mars vu d'un avion militaire. © d'après Giuseppe Imbò (1949)

Les explosions et émissions de cendres perdurèrent jusqu'au 29 mars, date à laquelle on pouvait observer un nouveau cratère au sommet du volcan, large de 550 mètres et profond de 200 à 300 mètres. Et si l'activité fumerolienne a depuis bien diminué, c'est le cratère que l'on connaît aujourd'hui !

Un avion américain couvert de cendres devant l'éruption du Vésuve. © d'après Pesce et Rolandi (1994)

Avec un volume émis soixante fois moins important que l’éruption de 79 ap. J.-C., cette éruption de 1944 est assez modeste. Et même si ses conséquences ne sont pas négligeables, elles sont bien minimes en comparaison de celles que produirait une telle éruption aujourd'hui. Car la métropole napolitaine s'est depuis sérieusement étendue et jouxte les abords du Vésuve... Voici pourquoi le Vésuve est un des volcans les plus dangereux de notre Planète !

Le Vésuve aujourd'hui, avec de nombreuses agglomérations à ses pieds !

Cet article est tiré d'un récit de Maddalena De Lucia et Giovanni Pasquale Ricciardi que vous pouvez retrouver sur ce lien : « Quello spettrale Cesare dalla testa di cane. Vesuvio, 1944 ».

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