Les ruminants sont incapables de trier leur nourriture. © teamfoto, Adobe Stock
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30.000 vaches par an meurent de la « maladie des déchets » en France

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Nos vaches ne broutent pas que de l'herbe fraîche dans les prés : elles ingurgitent aussi des déchets plastique et métalliques qui peuvent causer de graves dommages et engendrer des problèmes de santé chroniques. Jusqu'à 20 % du cheptel français serait concerné.

Lorsqu'elles broutent tranquillement dans les prés, nos vaches ne trouvent pas que la bonne herbe fraîche. Elles ingurgitent également tous les détritus qui se trouvent dans le champ, dont bon nombre de déchets métalliques comme des petits fils de fer de pneus usagés ou de barbelés, des morceaux de clôture tombés au sol, des vis, clous et autres canettes de boisson. Un fléau surnommé en 2019 la « maladie des déchets » par l'association écologiste Robin des Bois, qui s'inquiétait déjà du phénomène et avait alors saisi l'Anses.

L'Agence de sécurité sanitaire vient aujourd'hui de rendre un rapport montrant l’ampleur du problème. En se basant sur les données collectées dans les abattoirs, lors des autopsies et dans les exploitations, ainsi que sur les données dans la littérature scientifique, l'Anses estime qu'au moins 7 à 20 % des bovins sont concernés par l'ingestion de corps étrangers métalliques en France, soit près de 2 millions de vaches. Cette ingestion provoque la mort de 29.000 bêtes par an et entraîne la mise à l'écart de 30.000 carcasses devenues impropres à la consommation, poursuit l'agence.

Des déchets qui migrent dans tout le corps

Contrairement aux ovins, les bovins sont des ruminants incapables de trier leur nourriture, ce qui les rend particulièrement vulnérables à l'ingestion de déchets métalliques. Or, ces derniers peuvent causer de graves dommages aux animaux. « Les puissantes contractions de la panse favorisent la pénétration du corps étranger dans la paroi, décrit l’Interbev Normandie dans un document sur le sujet. Selon la nature et la forme du corps étranger, l'objet peut progresser jusqu'à la cavité abdominale, au foie, voire jusqu'au cœur (péricarde) du fait de leur proximité ».

Le corps étranger transporte aussi des micro-organismes présents dans l'estomac, ce qui va provoquer une inflammation des tissus lésés. Avec, à la fin, des péritonites aiguës et des péricardites pouvant conduire à la mort de l'animal. L'impact est aussi financier pour les exploitants : chute de production laitière, perte d'appétit et dégradation de l'état corporel, ainsi que tous les coûts indirects, tels que les frais vétérinaires ou le manque à gagner à l'abattoir si le poids du bovin est inférieur à la normale.

Après ingestion, les objets métalliques peuvent migrer vers d’autres organes et entraîner des inflammations. © Interbev Normandie

Les vaches d’intérieur encore plus touchées

« Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les vaches vivant à l'intérieur semblent plus exposées que celles broutant en extérieur, observe Charlotte Dunoyer, cheffe de l'unité Évaluation des risques liés à la santé, à l'alimentation et au bien-être des animaux. L'apport de fourrage depuis l'extérieur avec le recours à la mécanisation a pour effet de concentrer les morceaux de métal dans l'aliment distribué, par rapport à une situation où des animaux passent plus de temps en pâture. Par exemple, il est possible que des morceaux de clôture tombés au sol soient prélevés en même temps que l'herbe fauchée, ou que des fils de fer de pneus usagés tombent dans l'ensilage », décrit la spécialiste.

Un aimant dans l’estomac pour capter les déchets

Une des premières mesures à prendre est d'agir à la source, c'est-à-dire d'éliminer un maximum de déchets. L'Anses préconise ainsi de ne plus utiliser de pneus usagés pour bâcher les fourrages ou d'équiper les matériels agricoles d'un électroaimant, afin de piéger les objets ferromagnétiques. Il faut aussi veiller à bien entretenir les clôtures et ne pas laisser des morceaux de métal lors des chantiers à proximité des champs. Pour lutter contre les lésions graves, il est également possible de faire avaler un aimant à la vache qui va empêcher les déchets métalliques de migrer.

Il est également possible de faire avaler un aimant à la vache qui va empêcher les déchets métalliques de migrer

« Des études réalisées au Québec ont montré que les animaux équipés d'un aimant ont deux fois moins de risque d'être diagnostiqués d'une pathologie liée à la présence de corps étrangers que leurs congénères n'en ayant pas reçu », écrit l'Anses. Les aimants ne présentent pas de danger particulier pour l'animal, avec un risque « négligeable » de dissolution à l'échelle de vie de la vache. « Même si l’aimant se dégradait en un an, la teneur de ses éléments constitutifs ne poserait pas de problème pour la santé des animaux ni celle des humains consommant les produits issu de cet animal », assure Nibangue Lare, qui a coordonné l'expertise.

Reste le problème des déchets plastique qui, eux, ne sont pas récupérables par aimantation. « Les plastiques durs consommés par le bétail sont aussi une cause importante de la maladie des déchets », confirme l'association Robin des Bois, qui appelle « à un plan déterminé de prévention et de gestion des décharges sauvages ». Histoire que l'herbe ne soit pas plus verte ailleurs.

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