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Les vaches regardent-elles vers le pôle nord magnétique ?

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Drôle d'observation réalisée par une équipe germano-tchèque, qui publie sa trouvaille dans une revue scientifique : au repos, les vaches, les chevreuils et les cerfs élaphes s'orienteraient préférentiellement dans le sens du champ magnétique terrestre, comme en témoignent, entre autres, les images de Google Earth !

Regarde-t-elle le nord ou le photographe ? © Stuartncook/ Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

Voilà un nouveau jeu pour les promenades en campagne, que les enfants adoreront sûrement : devant un troupeau de vaches, sortir une boussole et noter l'orientation de chaque animal par rapport au nord magnétique. Les jours de pluie, on peut poursuivre l'étude à la maison en scrutant patiemment les images de Google Earth à la recherche de bétail au pré.

Les adeptes de ce passe-temps ne manqueront pas d'envoyer les résultats à Sabine Begall, une biologiste allemande de l'université de Duisberg-Essen. Elle et quatre collègues (allemands et tchèques) ont passé beaucoup de temps à ce jeu, s'intéressant au bétail mais aussi aux chevreuils et aux cerfs élaphes. Ces deux derniers mammifères ont été observés sur le terrain, en République tchèque, et les vaches sur Google Earth.

Quand les troupeaux indiquent le nord

Leurs résultats, inattendus et inexplicables, viennent d'être publiés dans les Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences), une revue scientifique américaine. Selon leur étude, portant sur 8.510 vaches, observés sur 308 sites, et sur 2.974 cerfs élaphes ou chevreuils (vus en 241 endroits différents), les animaux s'orienteraient plus souvent vers le nord ou le sud que vers les autres directions. Plus précisément, la préférence serait marquée par rapport au nord magnétique et non géographique.

Résultats des orientations relevées pour la vache (en A), le chevreuil (B) et le cerf élaphe (C). Les lignes noires donnent l'orientation moyenne et les triangles les moyennes observées dans différentes régions du monde. © Sabine Begal et al.

Les auteurs ont testé des hypothèses alternatives. Ils excluent par exemple la plus probable, qui voudrait que les animaux se positionnent par rapport au vent, pour éviter le refroidissement ou, à l'inverse, pour se rafraîchir. Les observations sur le terrain (donc ne concernant pas les vaches) ne montrent aucune corrélation, d'autant que chevreuils et cerfs élaphes ont surtout été observés en forêt, où le vent est faible. Pour le bétail, une orientation par rapport au vent ne conduirait pas, analysent les chercheurs, à un axe nord-sud préférentiel. Les mammifères pourraient aussi chercher à présenter un flanc au soleil, ce qui pourrait expliquer qu'ils se positionnent plus souvent vers le nord ou vers le sud. Mais les observations aux hautes latitudes, où la déclinaison magnétique est forte, contredisent cette hypothèse. Si elle était vraie, en effet, les animaux devraient s'orienter par rapport au nord géographique et non le nord magnétique, comme les observations semblent le montrer.

Comment et pourquoi ?

Mais il reste des inconnues de taille : outre que cette observation n'a jamais été rapportée par aucun éleveur de bétail durant les deux derniers millénaires et que les mécanismes impliqués sont totalement mystérieux, tout autant que l'intérêt pour l'animal, personne n'a mis en évidence une perception du champ magnétique chez les grands mammifères. Les seuls cas connus au sein de ce groupe concernent des rongeurs et une chauve-souris. Mais les chercheurs insistent sur le fait que s'aligner par rapport aux lignes d'un champ magnétique n'implique pas une perception consciente. Des mécanismes secondaires, affectés par le magnétisme ambiant, pourraient conduire à des comportements particuliers.

Un troupeau de vaches se prélasse sur une plage, en Ecosse. Il y a bien un sens préférentiel... © Reine Rebourg

Les auteurs rapportent un résultat ancien (1987) selon lequel, chez l'Homme, le délai au bout duquel survient le premier sommeil paradoxal (une phase toujours présente) est plus court chez les personnes dormant dans le sens est-ouest que chez celles allongées dans le sens nord-sud. Une autre étude (en 1993) montrait des différences dans l'électro-encéphalogramme.

Purement observationnels, ces résultats n'apportent aucune preuve de la réalité du phénomène mais ils ont le mérite d'ouvrir un débat et de susciter quelques expériences. Il suffirait de soumettre des vaches à un champ magnétique élevé pour vérifier si elles se positionnent différemment. La revue en ligne Nature rapporte que selon Sabine Begall les vaches seraient alignées différemment sous les lignes à haute tension, qui produisent justement un champ magnétique, mais ce détail instructif ne figure pas dans la publication des Pnas.

Il reste donc encore du travail et une jolie question scientifique que nous pouvons tous mettre à l'épreuve des faits. Pour vos prochaines promenades champêtres, n'oubliez pas la boussole...

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