Lancement d'un vol habité réalisé par Blue Origin depuis sa base au Texas. © Blue Origin
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Réchauffement climatique : l'impact sous-estimé du tourisme spatial

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Des scientifiques modélisent l'effet des émissions produites par le tourisme spatial sur l'atmosphère terrestre, notamment sur l'ozone stratosphérique : l'impact de ces émissions serait bien plus marqué que ceux des émissions terrestres et aériennes...

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Depuis le premier vol habité dans l'espace, réalisé par le russe Youri Gagarine en 1961, cette aventure hors du commun semble pouvoir en séduire plus d'un ; l'expérience est pourtant très coûteuse, et le vol spatial habité a longtemps été réservé exclusivement à des spationautes entrainés, dans le cadre de missions spatiales bien précises.

C'est en 2001, soit 40 ans après la sortie dans l'espace de Youri Gagarine, que le premier véritable touriste spatial s'envole vers la Station spatiale internationale, grâce à l'agence spatiale russe qui propose aux plus fortunés un voyage dans l'espace pour plusieurs dizaines de millions de dollars, dans le but de résoudre ses problèmes budgétaires. 

Il existe depuis de nombreuses compagnies visant à envoyer des touristes civils dans l'espace, que ce soit pour un séjour dans la Station spatiale internationale ou pour un vol suborbital, à l'image de la société Virgin Galactic montée par Richard Branson. Plus récemment, les sociétés Blue Origin et SpaceX, montées respectivement par les milliardaires Jeff Bezos et Elon Musk, ont réalisé des vols spatiaux habités par plusieurs civils au cours de l'année 2021, soulevant des questions sur la pertinence d'une telle activité, et sur l'impact qu'elle pourrait avoir sur le climat terrestre. 

Un impact bien plus marqué que celui de l'industrie aéronautique

Des scientifiques britanniques et américains ont souhaité évaluer précisément l'impact des lancements de fusée seuls sur le climat terrestre, en compilant dans un modèle atmosphérique 3D les émissions engendrées par la totalité des 103 lancements qui ont eu lieu au cours de l'année 2019, ainsi que la ré-entrée de débris spatiaux dans l'atmosphère.

Processus de destruction de la couche d'ozone. © AFP

Et leurs résultats semblent alarmants : d'après les auteurs, les particules de suie émises par les fusées seraient jusqu'à 500 fois plus efficaces pour retenir la chaleur que toutes les autres sources combinées : bien que l'on considère généralement les émissions engendrées par des lancements de fusée comme des gaz à effet de serre comparables à ceux des industries aéronautiques, leur étude tend ainsi à montrer que cette vision est fausse.

D'après leur étude, le modèle démontre de plus le fort impact de telles émissions sur l'ozone stratosphérique, fine couche atmosphérique très fragile, et pourtant vitale, car elle nous protège des rayonnements nocifs du Soleil : d'après leur modèle, un rythme de lancements de fusées hebdomadaire serait suffisant pour compromettre les processus de rétablissement de la couche d'ozone observés depuis la mise en œuvre du protocole de Montréal, visant à éliminer à l'échelle mondiale les substances menaçant la couche d'ozone

Un secteur en pleine expansion

Bien qu'aujourd'hui l'impact du tourisme spatial soit encore faible -- le secteur d'activité n'en est qu'à ses débuts --, les auteurs de l'étude s'inquiètent de son caractère expansionniste : le fort impact des émissions ainsi engendrées sur notre climat pourrait malheureusement devenir rapidement visible. 

Une telle étude remet ainsi en cause la pertinence d'une telle activité, aux vues de l'urgence climatique actuelle et des moyens financiers mis en œuvre pour la réaliser. Il apparait alors nécessaire de ré-évaluer l'intérêt collectif du secteur du tourisme spatial, ou à minima de développer des processus de lancement moins polluants. 


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