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Des insectes du Jurassique mis au jour en France

ActualitéClassé sous :paléontologie , Kimmeridgien , jurassique

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Les calcaires lithographiques permettent une excellente conservation de fossiles. Parmi les plus célèbres figurent ceux de Solnhofen en Bavière et de Cerin dans l'Ain, dont les âges sont comparables. Le site de Cerin avait livré essentiellement des spécimens de la faune et la flore marine de la fin du Jurassique mais aucun d'insecte terrestre, contrairement à Solnhofen. On vient d'en découvrir un dans la région d'Orbagnoux en France. C'est le plus ancien représentant des insectes apparentés aux gerridés, plus connus sous le nom d'araignées d'eau.

Voici le fossile d'un insecte aquatique fossilisé de l'affleurement d'Orbagnoux dans la vallée du Rhône. Gallomesovelia grioti (la barre d'échelle indique une longueur de 1 mm) est le plus ancien fossile d'insectes apparentés aux gerridés trouvé en Europe dans des calcaires lithographique de la fin du Jurassique. © André Nél

Si le Stromboli permet de faire son baptême de volcanologue amateur, on pouvait faire, dans les années 1980 et encore au début des années 1990, ses premiers pas de paléontologue amateur sur le site de Cerin dans l'Ain. Pendant presque 20 ans, des équipes de fouilleurs bénévoles y ont été encadrées par des paléontologues, spécialistes des dinosaures, des poissons et des plantes de la fin du Jurassique, qui se relayaient pour explorer la paléoécologie d'une lagune tropicale en bordure d'un lagon.

Des traces de locomotion de petits reptiles ou de tortue ainsi que des fossiles très bien conservés de la faune et de la flore marine du Kimmeridgien, il y a environ 150 millions d'années, pouvaient être trouvés entre deux strates de calcaire lithographique provenant de dépôts de boues calcaires très fines. Celles-ci pénétraient dans la lagune à l'occasion de grandes marées ou de grandes tempêtes en même temps que des êtres vivants qui s'y trouvaient piégés et y mouraient. Isolée de la mer, la lagune s'évaporait alors et devenait anoxique (absence d'oxygène) avant que le cycle de fossilisation et de sédimentation ne recommence. Il s'est formé de cette façon un dépôt sédimentaire qui contient une grande diversité de fossiles ou des fossiles très complets, ce qu'on appelle un Lagerstätte (en allemand, littéralement, lieu de stockage, faisant au pluriel Lagerstätten).

Les zamites, entre les palmiers et les fougères

Le site de Cerin fait même partie des Konservat-Lagerstätten (Lagerstätten de conservation), les dépôts connus pour l'excellente préservation des empreintes des parties molles. C'est donc une formidable machine à remonter dans le temps. L'une des autres raisons ayant conduit à maintenir ces fouilles si longtemps est sans doute que ce site ressemble beaucoup à celui de Solnhofen en Bavière. Or, on y a trouvé presque tous les archéoptéryx connus au monde. Malheureusement, alors que des fossiles d'insectes avaient aussi été retrouvés à Solnhofen, ce n'était étrangement pas le cas à Cerin, bien que des fossiles de végétaux terrestres, comme des frondes de zamites, aient aussi été découverts dans le calcaire lithographique.

Les zamites sont des bennettitales, un groupe de végétaux apparentés aux conifères, ginkgos et cycas, et ayant vécu du Trias au Crétacé, avec une apogée du Jurassique supérieur au Crétacé inférieur. Leur aspect devait faire penser à celui des cycadales actuelles. La double empreinte de frondes de zamites que l'on voit sur ces images porte des traces montrant qu'elles ont servi de repas à des insectes. La barre d'échelle indique une longueur de 1 cm. © André Nél

Un araignée d'eau au Jurassique

Le site d'Orbagnoux était aussi connu pour ses calcaires marins similaires à ceux de Cerin, contenant des fossiles de poissons et de plantes terrestres. Comme ces dernières étaient plus abondantes et mieux conservées à Orbagnoux qu'à Cerin, on pouvait espérer que les chances d'y trouver des fossiles d'insectes étaient probablement plus élevées. Des campagnes de fouilles, menées de 2012 à 2013 avec l'aide de la Société des Naturalistes et Archéologues de l’Ain et du groupe Sympetrum (Recherche et Protection des Libellules), ont finalement permis non seulement de découvrir le premier fossile d'insecte datant du Jurassique supérieur en France mais aussi des fossiles de zamites montrant qu'elles avaient partiellement servi de repas à des insectes.

Le spécimen retrouvé est le plus ancien représentant des insectes apparentés aux actuels gerridés, plus connus sous le nom d'araignées d'eau, et il s'agit même d'un nouveau genre et d'une nouvelle espèceGallomesovelia grioti. Selon les paléontologues, la qualité de la préservation de ces fossiles de plantes et d'insectes est meilleure que celle observée en Bavière. Il apparaît que le site d'Orbagnoux pourrait potentiellement être l'un des plus importants gisements pour la paléoentomologie de la fin du Jurassique. Les roches qu'il contient sont en effet susceptibles de fournir de nouveaux insectes fossiles d'une importance cruciale pour la connaissance d'une période de transition importante dans l'évolution de l'environnement terrestre, celle menant à la diversification des plantes à fleurs au Crétacé inférieur.

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