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La plus grande araignée fossile a trouvé un mâle... et son nom

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Dorénavant, la plus grande araignée fossile connue porte un nouveau nom : Mongolarachne jurassica. Ce changement s'est imposé à la suite de la découverte d'un nouveau fossile de la même espèce, mais du sexe opposé. Problème : ce mâle a la même taille que la femelle et des chélicères plus primitifs que ceux des néphiles.

Sur la droite de cette photographie se trouve la plus grande araignée fossile connue, celle qui a été décrite en 2011. Il s'agit d'une Mongolarachne jurassica de sexe féminin. À gauche se trouve le fossile de l'individu mâle décrit en 2013. © Selden et al., 2013, Naturwissenschaften

Les néphiles sont des araignées qui tissent de grandes toiles circulaires (jusqu'à 1,5 m de diamètre) aux nuances dorées. En avril 2011, ce groupe s'est enrichi d'une nouvelle espèce : Nephila jurassica qui, comme son nom l'indique, a vécu durant le Jurassique, voici environ 165 millions d'années. Avec ses 15 à 17 cm de long, il s'agit en réalité de la plus grande araignée fossile jamais découverte. Cet aranéomorphe (ses chélicères sont orientés vers le bas) a été mis au jour sur le site fossilifère de Daohugou, en Mongolie intérieure (Chine). Cette femelle ne doit sa conservation qu'à un seul facteur : son enfouissement sous des cendres volcaniques.

Deux ans plus tard, l'équipe impliquée dans cette découverte vient d'annoncer la mise au jour d'un nouveau fossile similaire au premier, si ce n'est qu'il renferme un individu mâle. Tout concorde : la morphologie, la provenance et la taille. Sauf... que les deux partenaires ont des longueurs équivalentes. Or, chez les néphiles actuelles, les mâles sont bien moins longs que les femelles. En plus de l'absence de ce dimorphisme sexuel, les chélicères exposés sur le nouveau fossile sont en apparence plus primitifs que ceux des néphiles.

Une conclusion s'est donc imposée : les deux plus grandes araignées fossiles connues n'appartiennent pas à ce groupe. Chercheur à l'université du Kansas, Paul Selden a présenté le nouvel animal et les implications liées à sa découverte dans la revue Naturwissenschaften. La question posée est donc la suivante : dans quel taxon les classer ?

Les araignées du groupe des néphiles sont marquées par un fort dimorphisme sexuel. À l’image, un mâle de couleur rouge s’apprête à féconder une femelle. La différence de taille entre les deux est marquante. © Spiderman (Frank), Flickr, cc by nc nd 2.0

Une nouvelle famille pour classer une araignée tisserande

Le mâle affiche une longueur totale de 16,54 cm, pour une largeur de 5,05 cm. Pourtant son corps est relativement petit, soit 1,62 cm de long. L'animal doit donc sa taille à la longueur de sa première et de sa dernière paire de pattes. Elles mesurent respectivement 5,82 cm et 3,17 cm de long. D'après leurs caractéristiques morphologiques, ces arachnides seraient en réalité plus proches des Deinopoidea que des néphiles. Cependant, ils ne rentrent dans aucun groupe connu.

Pour les classer correctement, une nouvelle famille d'araignées a donc été créée (Mongolarachnidae), ainsi qu'un nouveau genre (Mongolarachne). Par conséquent, l'espèce ne s'appelle plus Nephila jurassica, mais bien Mongolarachne jurassica. Dans la classification du vivant, ce nouveau groupe se positionnerait à la base de la lignée des orbiculaires. Elle rassemble les araignées qui tissent des toiles géométriques (elles sont dotées d'un cadre, de rayons et d'une spirale en soie). À la différence des néphiles dont les soies sont collantes, celles des Deinopoidea, les cousins les plus proches des mongolarachnes, agissent plutôt par effet « velcro ».

Voilà donc comment les plus grandes araignées fossiles connues ont obtenu leur nouvelle identité.

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