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Araignées : des néphiles s'émasculent pour survivre à leur accouplement

ActualitéClassé sous :zoologie , cannibalisme , accouplement

Messieurs, voici un sujet qui peut donner des sueurs. Pour survivre à leur accouplement, des araignées néphiles sont obligées de s'émasculer. En cas d'échec, les mâles peuvent être consommés par les femelles, avant que la fécondation ne soit complète. Voyons le bon côté des choses, ils deviennent stériles tout en bloquant leurs concurrents et en ayant de fortes chances de devenir père.

Cette photographie prise au microscope à balayage montre la tête d'une néphile, Nephilengys malabarensi. Les yeux et les chélicères (structures entourant la bouche) sont visibles, de même que les pédipalpes dont les extrémités sont cassées. Le pédipalpe droit correspond à la structure blanchâtre au centre de l'image. © Matjaž Kuntner
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Certaines araignées de sexe féminin sont connues pour leur penchant cannibale. Une femme ayant assassiné son mari n'est-elle pas qualifiée de veuve noire ? Lors de la reproduction des arachnides, les mâles déposent leurs gamètes à l'aide des pédipalpes (une paire d'appendices située sur la tête) dans les spermathèques localisées sous l'abdomen de la femelle.

Daiqin Li de l'université de Singapour a étudié le cannibalisme chez Nephilengys malabarensi, une araignée de la famille des Nephilidae ou néphiles. Principale particularité de cette espèce : les mâles sont prêts à tout afin de devenir père et pour... survivre. Dès qu'ils sentent que la femelle va interrompre l'accouplement, ils peuvent abandonner volontairement leur appareil génital et fuir à une distance respectable de leur partenaire, dans le meilleur des cas... 

Ce comportement est avantageux pour plusieurs raisons. L'insémination continue après l'abandon des organes génitaux masculin. La femelle est donc fertilisée « à distance », y compris lorsque le mâle n'a pas su s'échapper et qu'il lui sert de pitance... dans 75 % des cas. De plus, les pédipalpes abandonnés empêchent toute autre fécondation par d'éventuels concurrents. Ces résultats sont publiés dans la revue Biological Letters.

L'organe de reproduction masculin se situe dans l'encadré rouge. Il continue à inséminer la femelle néphile alors que son propriétaire (à gauche) se fait manger. © Li et al. 2012, Biological Letters

Contradaptation à l’agressivité féminine des néphiles

Les accouplements de 25 couples d'araignées vierges ont été passés à la loupe. Les individus de sexe masculin ont perdu leur appareil génital dans 88 % des cas. Les spécimens des deux sexes peuvent être responsables de l'amputation

Lors de l'arrêt de la copulation par la femelle, seul un tiers de la semence a été transmise à la spermathèque. Grâce à l'émasculation, le transport des spermatozoïdes se poursuit après l'abandon des pédipalpes. Cette adaptation permet donc d'accroître les chances de fertilisation. Plus surprenant, la vitesse de transfert augmente. 

Les eunuques qui survivent présentent un nouveau comportement. Ils deviennent de supercombattants très agressifs. Ils restent sur la toile de la femelle et s'attaquent à tout concurrent potentiel tant que le transfert de gamètes n'est pas fini. Allégés par la perte de leurs pédipalpes, ils sont plus agiles et efficaces au combat. 

Les mâles de Nephilengys malabarensi utilisent donc diverses stratégies pour se reproduire et survivre à l'appétit féroce des femelles. Les auteurs parlent de contradaptations à l'apparition de comportements cannibales et agressifs chez les néphiles de sexe féminin. N'oublions pas que les mâles de cette espèce n'ont droit qu'à un ou deux essais (car ils ont deux pédipalpes) pour assurer leur descendance.

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