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Une araignée européenne revisite le mythe de la veuve noire

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Le cannibalisme sexuel est souvent associé aux mantes religieuses et aux veuves noires femelles, qui dévorent les mâles après s'être accouplées. Toutefois, un cannibalisme inverse peut aussi se produire. C'est le cas pour l'araignée Micaria sociabilis, où le mâle choisit et mange sa partenaire. Voici quelques explications.

La veuve noire d'Amérique du Nord (Latrodectus mactans) est une espèce de petite taille, dont la longueur du corps n'excède pas 15 mm. Son venin est mortel, mais on ne compte en moyenne qu'un cas mortel pour 200 blessures. © Paul Sapiano, Flickr, cc by 2.0

La veuve noire a inspiré nombre de romanciers ou scénaristes, tant sa pratique du cannibalisme sexuel fascine l'Homme. Chez ces araignées d'Amérique du Nord, la femelle choisit un mâle et peut le dévorer après l'accouplement. Ce cannibalisme a une utilité : grâce à lui, la femelle récupère l'énergie nécessaire pour la ponte et les soins nécessaires à sa progéniture.

Or, parfois, il arrive que ce cannibalisme sexuel soit inverse, c'est alors le mâle qui mange la femelle. C'est, semble-t-il, le cas chez les Micaria sociabilis, une espèce aranéomorphe d'Europe. D'après une étude menée en République tchèque sur cette espèce d'araignée, c'est plutôt la femelle qui est dévorée avant ou après l'accouplement. L'étude est publiée dans Behavioral Ecology and Sociobiology.

La Micaria sociabilis peut se trouver en Espagne, en France, en Italie, mais aussi en Europe centrale. La biologie et l'écologie de cette araignée sont très mal connues. © Springer

Plus de cannibales en été qu’au printemps !

Durant deux ans, les chercheurs Lenka Sentenská et Stano Pekár ont étudié le comportement de mâles et femelles Micaria sociabilis, en mêlant genres, tailles et âges. Les mâles ont été mis en contact avec des femelles jeunes et d'autres plus âgées. Toutes les araignées ont été bien nourries, de façon à s'assurer qu'il se produirait des événements de cannibalisme, car il s'agit bien de cannibalisme sexuel et non de survie. L'objectif de l'expérience était de déterminer si le mâle choisissait sa partenaire, et si oui, selon quels critères : la taille, l'âge ou la virginité ?

Les deux chercheurs tchèques ont ainsi montré que le mâle dévorait la femelle après le premier contact, et avant ou après tout accouplement. Par ailleurs, il existe une variabilité temporelle dans l'acte de cannibalisme. Ces événements se produisent majoritairement en été. C'est une période de chevauchement : les jeunes mâles de la génération d'été s'attaquent aux vieilles femelles de la génération de printemps. Les jeunes mâles sont en effet plus gros que ceux de la génération de printemps et sont plus cannibales. Cela souligne que l'agressivité masculine peut être liée à la taille des mâles.

Les mâles choisissent donc les femelles en fonction de leur âge. En revanche, ils ne sont pas regardants sur la taille, ou sur le fait qu'elles aient déjà été fécondées ou non. Cette étude suggère aussi que chez les Micaria sociabilis, les mâles font un choix. Si la partenaire ne correspond pas, ils peuvent, dans un excès d'agressivité, la dévorer avant l'accouplement. Sinon, ils se livrent au cannibalisme après l'acte sexuel.

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