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Des insectes du Jurassique accusés à tort d’être des parasites

ActualitéClassé sous :paléontologie , insecte , Strashilidae

La découverte de nouveaux fossiles de Strashilidae en Chine vient enfin de permettre une meilleure compréhension de la morphologie de ces insectes du Jurassique. Ainsi, ils ne seraient pas des parasites de ptérosaures, mais bien les premiers diptères à s'être différenciés.

Reconstitution écologique des Strashila daohugouensis à l'époque du Jurassique moyen de Daohugou, en Chine. Il s’agirait des premiers diptères à s’être différenciés. © Huang Diying

La compréhension de l'évolution des insectes est devenue l'un des enjeux de la paléontologie et de la biologie évolutive en général, car elle permet de mieux appréhender le fonctionnement actuel de notre planète et d'envisager son avenir. Les insectes du passé ont laissé de nombreux fossiles, dont certains n'ont pas encore révélé tous leurs secrets aux scientifiques. D'étranges fossiles, ayant peu de liens avec les organismes actuels, sont le plus souvent retrouvés dans des gisements très anciens datant notamment du Paléozoïque (-543 à -250 millions d'années). Certains, comme ceux du groupe des Strashilidae, sont cependant parfois mis au jour dans des gisements plus récents datant par exemple du Jurassique (-200 à -135 millions d'années).  

Les Strashilidae sont des insectes de taille moyenne. Les mâles se distinguent par ses pattes arrière démesurément élargies et munies d'une grosse épine, ainsi que par des expansions sur l'abdomen ressemblant à des branchies. Aucun insecte actuel ne leur ressemble.

Ce sont 13 nouveaux spécimens de ce groupe (comprenant des individus ailés, des larves et deux couples d'espèces différentes) qui ont été récemment découverts dans le gisement exceptionnel de Daohugou, en Mongolie-intérieure, une région autonome chinoise. Ces nouveaux fossiles décrits dans la revue Nature par Diying Huang (Académie chinoise des sciences), notamment en collaboration avec le paléoentomologiste André Nel du laboratoire Origine, structure et évolution de la biodiversité (Oseb), permettent aujourd'hui de comprendre la morphologie de ces insectes, mais aussi leur biologie et leur mode de vie.

Strashila daohugouensis à l'époque du Jurassique moyen de Daohugou, en Chine. À gauche, reconstitution d’un mâle ; à droite, reconstitution d’une femelle ayant perdu ses ailes. © Huang Diying

Des branchies à l'âge adulte ? Oui, mais que pour les mâles !

L'une de leurs principales caractéristiques réside dans la persistance de branchies à l'état adulte et uniquement chez le mâle (ce qui ne s'observe en général qu'à l'état larvaire chez les insectes). Ce phénomène de rétention de caractères juvéniles est appelé pédomorphose (ou néoténie). La présence des branchies révèle le mode de vie aquatique et amphibie de ces insectes, ce qui n'avait jamais été suspecté.

Selon les scientifiques, les pattes des mâles joueraient quant à elles un rôle dans l'accouplement pour saisir les femelles et, éventuellement, pour combattre d'autres mâles (sélection sexuelle). Au final, ces insectes sont parmi les premiers diptères (mouches et moustiques, etc.) à s'être différenciés.

Les fossiles d'insectes du gisement de Daohugou ont déjà été mis à l'honneur dans la revue Nature (2012) grâce à la découverte de puces de dinosaures par la même équipe. La comparaison de ces vraies puces avec les mouches a participé à la résolution de l'énigme des Strashilidae, ces derniers ayant été suspectés à tort d'être des parasites de ptérosaures, reptiles volants du Mésozoïque.

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