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La diversité génétique des Européens plus précisément retracée

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À travers l'étude de l'ADN de 364 squelettes allemands ayant vécu sur une période de 4.000 ans, des scientifiques apportent de nouveaux éléments sur les différentes migrations vers l'Europe centrale au cours du temps. De quoi préciser un peu plus l'origine de la diversité génétique des Européens actuels.

Les migrations successives ont permis le mélange des gènes caractéristiques de chaque population, donnant naissance à une diversité génétique au sein des Européens actuels. L'analyse de l'ADN permet de retracer l'histoire. © Adrian Cousins, Wellcome Images, cc by nc nd 2.0

D'où venons-nous ? La réponse à cette question dépend de l'échelle utilisée. Certains expliqueront que tous les êtres vivants de cette Terre descendent d'un seul et même ancêtre commun, ayant vécu il y a plusieurs milliards d'années, et qu'ils ont subi les processus de l'évolution. D'autres commenceront l'histoire il y a environ six millions d’années, quand la lignée qui mène aux Hommes se sépare de celle qui aboutit aux chimpanzés. Les plus pragmatiques narreront l'idylle qui a suivi la rencontre de leurs parents. Il y a donc différents degrés dans le temps.

Ainsi, la National Geographic Society s'est lancée dans un vaste projet depuis quelques années : retracer les grandes migrations humaines pour comprendre la diversité génétique actuelle à travers le projet Genographic. Si là encore on peut rétorquer que le premier Homo sapiens a vu le jour en Afrique, de nombreux rebondissements ont suivi durant ces 200.000 dernières années.

Pour la seule Europe, la préhistoire est encore floue. Si l'on sait que des chasseurs-cueilleurs ont investi le Vieux continent il y a plus de 40.000 ans, que par la suite l'Homme de Néandertal a fini par disparaître, laissant dans notre ADN quelques reliques d'une hybridation ancienne, ce mode de vie ancestral et nomade a commencé à s'effacer il y a environ 7.500 ans. C'est-à-dire quand des populations venant d'Anatolie (actuelle Turquie) ont posé leurs valises et surtout planté leurs graines de céréales pour amener l'agriculture dans le centre de l'Allemagne d'aujourd'hui. Si nomadisme et sédentarité ont coexisté durant deux millénaires, comme cela vient d'être révélé dans Science, ce sont les fermiers qui ont fini par imposer leur mode de vie.

L’ADN mitochondrial fait foi !

D'ailleurs, dans la même édition de la revue états-unienne, d'autres scientifiques ont signé une seconde étude, qui cette fois ambitionne de retracer plus précisément les événements migratoires des derniers millénaires pour tenter de faire la lumière sur la diversité génétique constatée au sein de la population européenne actuelle.

De l'ADN a été récupéré sur les os et les dents de 364 squelettes, enterrés dans 25 sites au centre de l'Allemagne, dans le land de Saxe-Anhalt. La force de cette étude, c'est le nombre : d'ordinaire, les recherches de ce type échantillonnent cinq à dix fois moins de cadavres. Ainsi, les scientifiques ont pu couvrir 4.000 ans de préhistoire, entre l'arrivée des premiers agriculteurs dans la région il y a 7.500 ans, jusqu'à l'âge du bronze, il y a 3.500 ans. Ils disposent alors d'un enregistrement continu, pour observer les changements génétiques presque en « temps réel », à cela près que l'on parle de personnes décédées il y a plusieurs millénaires.

La culture campaniforme, qui doit son nom aux objets en forme de cloche qu'elle concevait, est venue d'Europe de l'Ouest il y a environ 4.200 ans, apportant ses poteries... et ses gènes. © José-Manuel Benito Álvarez, Wikipédia, cc by sa 2.5

Les auteurs se sont focalisés sur l'ADN mitochondrial (ADNmt), qui renseigne sur la lignée maternelle car celui-ci, niché au cœur des organistes cellulaires fournissant de l'énergie, n'est présent que dans l'ovule au moment de la fécondation, et se transmet systématiquement de la mère à l'enfant.

Une diversité génétique expliquée par les migrations multiples

Ce travail montre que la diversité génétique actuelle ne peut s'expliquer par le seul mélange d'un agriculteur avec une chasseuse-cueilleuse (les mariages ne s'effectuant pas dans l'autre sens). Au cours du temps, de nouvelles vagues migratoires sont venues mélanger encore le patrimoine génétique des populations locales.

Il est intéressant de constater que les changements brusques de l'ADNmt, signes de l'arrivée d'une nouvelle culture, coïncident avec l'émergence de nouveaux objets, révélés par les fouilles archéologiques. Des peuples nouveaux propageaient leurs savoir-faire aussi bien que leurs gènes. Deux d'entre eux, amenant les cultures campaniformes venant d'Europe de l'Ouest il y a environ 4.200 ans, et de la céramique cordée, plus récente et issue de Russie, ont fortement compté. De façon inattendue également, alors que les traces génétiques des premiers fermiers se diluaient au cours du temps, les marqueurs associés aux chasseurs-cueilleurs sont soudainement réapparus. En tout, les individus étudiés par les chercheurs appartenaient à neuf cultures distinctes.

Ces résultats rendent compte de nombreux mouvements migratoires engendrant une multitude de mélanges, à l'origine d'une partie de la diversité actuelle. Car, on le sait plus précisément, l'histoire a une suite, avec de nouvelles migrations, de multiples invasions, conquêtes et reconquêtes, qui ont également modifié le panorama génétique de ces derniers millénaires. Mais au moins, l'arrivée de l'écriture a laissé des traces bien visibles qui permettent de réécrire le scénario avec une meilleure précision.

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