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Les chasseurs-cueilleurs européens ont disparu 2.000 ans plus tard

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Alors que l'on pensait que les populations nomades européennes avaient disparu très vite après l'arrivée, il y a environ 7.500 ans, des premiers agriculteurs au niveau de l'Europe centrale, une étude montre que les deux modes de vie ont cohabité durant deux millénaires. Ce qui repousse d'autant la disparition des chasseurs-cueilleurs du Vieux continent.

Les chasseurs-cueilleurs européens préféraient manger des poissons, tandis que les agriculteurs consommaient surtout des animaux d'élevage. © Walter Baxter, geograph.org, cc by sa 2.0

Le peuplement de l'Europe s'est fait en plusieurs temps. Les premiers Hommes anatomiquement modernes ont commencé à arriver il y a 45.000 ans. Après avoir survécu à une ère glaciaire et au réchauffement qui s'en est suivi, les chasseurs-cueilleurs locaux ayant vécu voilà 7.500 ans ont vu apparaître un nouveau mode de vie, inventé 3.000 ans plus tôt au Moyen-Orient : l'agriculture. Les traces archéologiques des nomades disparaissent alors, laissant penser que la sédentarité devient dès cette époque la seule norme.

Mais Joachim Burger, Ruth Bollongino et leurs collaborateurs de l'université Johannes Gutenberg de Mayence (Allemagne) apportent des éléments qui amènent les scientifiques à imaginer un scénario différent. Car leur découverte, publiée dans Science, laisse entendre que les chasseurs-cueilleurs ont gardé leur mode de vie durant 2.000 ans, cohabitant avec les agriculteurs de l'époque, avant finalement de disparaître ou de se laisser tenter par la sédentarité.

Chasseurs-cueilleurs et agriculteurs côte à côte

Les fouilles ont été entreprises dans la grotte de Blätterhöhle, près de la ville d'Hagen, en Allemagne, qui a servi de tombeau à de nombreux Européens de l'époque mésolithique et néolithique. Les analyses ont porté sur 29 corps déposés ici à leur mort : des isotopes de carbone, d'azote et de soufre ont permis d'étudier l'époque et le régime alimentaire des cadavres, tandis que l'extraction d'ADN de 25 d'entre eux servait à révéler leur proximité génétique.

Les plus anciens ont vécu voici 11.200 à 10.300 ans, soit avant l'apparition de l'agriculture, ce qui explique pourquoi ils mangeaient des animaux sauvages, tandis que le site faisait toujours office de tombeau voilà 6.000 à 5.000 ans. Les auteurs ont commencé à constater un mélange des patrimoines génétiques à l'arrivée des premières populations sédentaires. Jusque-là, rien de surprenant. Cependant, pour les populations les plus récentes, les scientifiques ont distingué deux régimes alimentaires bien distincts.

Le peuple San, qui vit en Afrique, est toujours chasseur-cueilleur. En Europe, ce mode de vie aurait disparu il y a environ 5.000 ans, soit plus de 2.000 ans plus tard que ce que les archéologues avaient imaginé. © Charles Roffey, Fotopédia, cc by nc sa 2.0

Si une partie d'entre eux consommait des animaux domestiques, caractéristiques de l'agriculture, d'autres préféraient le poisson. Or, cet aliment figure typiquement aux menus des chasseurs-cueilleurs. Autrement dit, plus de 2.000 ans après l'arrivée des premiers fermiers en Europe centrale, des nomades persistaient sur le Vieux continent. Une découverte inattendue.

L’Europe ne s’est pas construite en un jour

Pour expliquer ce scénario nouveau, les scientifiques proposent une hypothèse. Dans un premier temps, la sédentarité ne paraît pas forcément enviable, car la culture et l'élevage demandent un travail à temps plein, que s'épargnent les chasseurs-cueilleurs. Mais sur le long terme, l'agriculture permet de nourrir des groupes sociaux de grande taille, à l'inverse de la vie de nomade. Il a donc fallu deux millénaires pour que la sédentarité finisse par s'imposer.

Les auteurs se disent certains que les deux populations étaient en contact étroit, comme c'est toujours le cas dans certaines régions du monde (Indonésie ou Afrique), les échanges apportant des avantages réciproques. Leur analyse va même un peu plus loin : elle suggère que des femmes nomades se sont mariées à des agriculteurs, tandis qu'aucune fermière n'aurait eu envie de goûter à la vie de bohême. On fait là encore de telles observations dans les sociétés humaines actuelles, car il s'agit, pour la femme, d'une régression sociale.

Restent des questions encore sans réponse. Par exemple, pourquoi les traces archéologiques des chasseurs-cueilleurs ont-elles subitement disparu ? Des investigations ultérieures doivent être menées. En attendant, ces recherches nous renseignent sur les origines de la population européenne, qui a évolué au gré des migrations et des mélanges.