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Nos ancêtres étaient-ils plus cueilleurs que chasseurs ?

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Quand ils vivent dans la savane, les chimpanzés consomment des racines et des tubercules. Nos ancêtres, dans le même environnement, n'auraient-ils pas pris les mêmes habitudes ? Alors qu'on les croyait mangeurs de viande, un régime à base de patates les a peut-être aidés à survivre loin des forêts...

Chimpanzé. Crédit : Kotisatama

Selon un travail de thèse effectué sous la conduite de Craig Stanford, professeur d'anthropologie à l'université de Californie et qui vient d'être publié dans les Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences), l'importance relative de la viande dans le développement du cerveau chez nos ancêtres pourrait avoir été surestimée.

Cette hypothèse se base essentiellement sur une curieuse observation effectuée chez les chimpanzés actuels vivant non pas dans la forêt profonde mais dans la savane et les régions boisées de la Tanzanie occidentale. Les animaux creusent souvent la terre pour y déloger racines et tubercules, même lorsque la nourriture est abondante en surface, une habitude qui pourrait avoir été partagée par nos propres ancêtres.

L'énergie dépensée par ces primates pour rechercher cette nourriture végétale ouvre de nouvelles perspectives au sujet du rôle tenu par le régime carné dans le développement de nos ancêtres hominidés, déclare Adriana Hernandez-Aguilar, doctorante à l'université de Californie.

Adriana Hernandez-Aguilar. Crédit : université de Californie.

Jusqu'à présent, aucun anthropologue sérieux ne doutait de l'appartenance de l'espèce humaine à une longue lignée de carnassiers, et depuis la nuit des temps, l'Homme mange de la viande. Même aujourd'hui, les singes cèdent au plaisir de la viande et certains cueillent préférentiellement les fruits pourris pour n'en savourer que les asticots qui s'y cachent. Les chimpanzés, nos plus proches cousins, passent 10 % de leur temps à chasser leur mets de prédilection : les petits singes.

L'Homo habilis, lui, a porté le régime carné à la perfection lorsqu'il s'est mis à chasser le buffle et l'antilope, et voici 100.000 ans l'Homo sapiens s'est mis à abattre de gros gibiers tels le mammouth. Selon les anthropologues, seul le passage à une alimentation riche en énergie a permis à son cerveau de se développer et à sa culture de progresser.

Le rôle contesté de la viande

La propension des chimpanzés actuels à rechercher les turbercules suggère, sans toutefois le démontrer, que les hominidés ont pu suivre eux aussi cette voie. Selon les chercheurs, les chimpanzés actuels, par leur volume cérébral, la taille de leur corps et leur habitat, sont proches des hominidés qui ont colonisé la savane.

L'idée s'appuie sur les recherches effectuées dans onze sites situés dans les régions boisées de la réserve d'Ugalla, en Tanzanie occidentale. Les traces démontrent que des chimpanzés y déterrent des tubercules, dont on retrouve les résidus dans les déjections. Sept outils spécifiques à cette action ont été découverts dans trois de ces sites, présentant des arêtes usées et des traces de terre qui impliquent une utilisation pour gratter et creuser.

D'après Travis Pickering, de l'université de Wisconsin-Madison, il ne fait aucun doute que nos propres ancêtres ont fait face aux contraintes rencontrées en savane de la même façon que les chimpanzés qui y vivent actuellement. La nourriture à base de tubercules a donc pu jouer un rôle prépondérant dans l'évolution humaine.

Les chimpanzés occupant actuellement cette zone n'étant pas habitués aux humains, Hernandez-Aguilar ne pouvait pas les observer directement. Elle projette de poursuivre son étude. Elle entend aussi promouvoir la protection de ces chimpanzés de la savane, qui ne sont pas considérés comme une priorité en raison de la faible quantité d'animaux qui y vivent en comparaison avec les zones forestières.

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