Eunice aphroditois, aussi appelé ver Bobbit. © GeraldRobertFischer, Adobe Stock
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Ce ver géant terrorisait les océans il y a 20 millions d'années

ActualitéClassé sous :Fossile , ver marin , ver polychète

Des chercheurs se sont basés sur les fossiles de terriers du ver Bobbit pour reconstituer son comportement alimentaire. Cet animal de plus de deux mètres de long, qui existe encore aujourd'hui, hantait les océans déjà au Cambrien.

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[EN VIDÉO] Un étrange mollusque géant qui se passe de manger  Ce ver n'en est pas un : c'est un mollusque, cousin des tarets, mangeurs de bois pourri. Découvert aux Philippines au fond d'un lagon boueux, l'animal (Kuphus polythalamia) vit dans un tube planté verticalement. Des bactéries vivant sur ses branchies récupèrent l'énergie chimique du sulfure d'hydrogène, avant d'être assimilées par le mollusque. C'est ainsi qu'il se nourrit, sans avoir besoin de chercher autour de lui de la matière organique à manger. Vidéo de Marvin Altamia, University of Utah 

Cette créature semble tout droit sortie de la planète Dune ou de Tatouine dans Star Wars. Imaginez un ver géant de deux mètres de long, enfoui dans les sédiments sous-marins. Soudain, un poisson passe innocemment au-dessus de lui. Le ver jaillit du sable et saisit sa proie avec ses puissantes mâchoires pour l'emporter encore vivante dans son terrier où il sera consommé et digéré. Ce scénario n'est pas tiré d'un roman de science-fiction mais d'une nouvelle étude parue dans Scientific Reports, qui décrit le comportement alimentaire du ver Bobbit (Eunice aphroditois), une espèce de ver marin vivant il y a 20 millions d'années.

Le ver Bobbit attend sa proie enfoui dans le sable, prêt à jaillir hors de son trou. © Mean Mora, Viméo

Le ver Bobbit, un prédateur redoutable

Le ver Bobbit, qui a un diamètre de 2,5 cm et mesure environ un mètre de long (bien qu'on ait déjà découvert des spécimens de trois mètres), existe toujours aujourd'hui. La plupart des vers polychètes auxquels appartient Eunice aphroditois n'ont cependant pas un comportement prédateur mais se nourrissent de détritus par dépôt ou filtration de l'eau de mer. Ils sont apparus au début du Cambrien, mais leur corps étant constitué essentiellement de parties molles, les fossiles datant de cette époque sont rares. Il est donc difficile d'avoir une idée de la morphologie et du comportement de ces anciens vers.

Reconstituer l’espèce à partir du fossile de son terrier

Ce n'est pas un fossile de ver qu'ont donc décrit les chercheurs de l'Université nationale de Taiwan à Taipei, mais les traces de son terrier en forme de L. L'équipe s'est basée sur l'observation de 319 terriers de vers plus ou moins complets pour reconstituer son habitat, qui donne une bonne idée de son gigantisme : un diamètre de 2,5 cm et 2 mètres de longueur. Le terrier à l'aspect bien lisse et sans effondrement suggère que le ver occupait le terrier la plupart du temps en attente d'une proie à capturer. Les chercheurs ont également observé une forte concentration de fer vers l'embouchure du terrier, ce qui indique que le ver devait probablement la reconstruire souvent avec son mucus, l'entrée du terrier étant détruite par les tentatives désespérées de la proie pour échapper à son prédateur.

Le terrier présente un aspect lisse, ce qui suggère que le ver l’occupait une grande partie du temps. © Yu-Yen Pan

D'autres animaux sont connus pour causer des terriers dans le sable, comme les crevettes ou les bivalves. Cependant, « les terriers des crevettes ont généralement des formes labyrinthiques et comprennent des espaces de retournement », attestent les auteurs de l'étude. Les terriers des bivalves ne sont quant à eux pas de forme cylindrique et ont tendance à s'effondrer. « De plus aucune trace de coquille n'a été observée dans les fossiles », notent Ludvig Löwemark et ses collègues.

Le ver Bobbit n'était pas le seul à hanter les océans à l'époque du Miocène. Ces derniers étaient également peuplés de cachalots et requins géants comme le Carcharocles chubutensis ou le Mégalodon, qui pouvait mesurer jusqu'à 20 mètres de long. Rhamphosuchus, une espèce de morse féroce de trois mètres de long aux mâchoires de hyène, ne devait pas non plus être très sympathique à rencontrer. En Amérique du Sud vivait également Megapiranha paranensis, un piranha pesant pas moins de 10 kg. Pas de havre de paix à trouver dans les fleuves, où évoluaient des caïmans et des gavials géants comme Purussaurus ou Rhamphosuchus qui feraient passer les crocodiles actuels pour des nains. Une charmante période à laquelle on se réjouit d'avoir échappé.

Pour en savoir plus

Ce ver aux mâchoires géantes vivait il y a 400 millions d’années

Article de Jean-Luc Goudet publié le 01/03/2017

Au Canada, des paléontologues ont découvert des mâchoires « géantes », de 1 cm, qui ont appartenu à un ver marin il y a 400 millions d'années. Il devait mesurer 1 m et témoigne d'une tendance au gigantisme qui a touché cette famille au Dévonien. Ces annélides sont devenus plus modestes depuis, mais un cousin de la famille est toujours vivant et peut atteindre 3 m.

Il vivait enfoui, protégé par le sable, dans les mers du Dévonien. Inférieur ou moyen, les humains trancheront un jour. Lui ignorait ce détail historique, passant sa vie immobile, attendant qu'une proie, poisson (il y en avait déjà il y a 400 millions d'années), trilobite ou brachiopode, vienne frôler ses antennes. Alors il surgissait du sol comme un diable d'une boîte et plantait ses puissantes mâchoires, son arme fatale, dans les chairs de sa victime.

Le corps de ce ver annélide était mou, comme nos vers de terre d'aujourd'hui. Mais ces mâchoires-là étaient dures. Persistant dans le sol bien après la mort de cet animal, elles se fossiliseront et parviendront jusqu'aux paléontologues humains qui se passionneront pour ces « scolécodontes ». Grâce à eux, se dessinera l'histoire de ces vers polychètes (« pleins de poils ») qui existent encore de nos jours, sous la forme de vers marins, comme les serpules, les sabelles ou les néréis.

Deux scolécodontes, c’est-à-dire une mâchoire fossile d’un ver marin. La barre d’échelle blanche, en bas à droite, mesure 1 mm. Ces deux lames coupantes atteignent le centimètre et appartenaient, il y a 400 millions d’années, à un ver marin eunicidé disparu, Websteroprion armstrongi. © Luke Parry

Pourquoi certains vers seulement sont devenus géants ?

D'ordinaire, leur taille varie de 0,2 à 1 mm. Mais les scolécodontes que Mats Eriksson, Luke Parry et David Rudkin ont trouvés dans la formation Kwataboahegan, en Ontario (Canada) mesurent 1 cm. Leur propriétaire était donc redoutable et, par comparaison avec ses cousins connus, actuels ou fossiles, ce polychète devait mesurer 1 m.

Un géant que les chercheurs ont baptisé Websteroprion armstrongi, le rangeant dans un genre nouveau, pour honorer Derek Armstrong, le géologue qui a récupéré ces fossiles en 1994, et, expliquent les auteurs, Alex Webster, un bassiste « métal » (voir le communiqué de l’université de Bristol). Des traces de vers géants marins de cette période avaient déjà été retrouvées mais c'est la première fois que l'on décrit aussi précisément des mâchoires leur appartenant.

Reconstitution artistique de ce que pouvait être ce ver géant du Dévonien. Surgissant de son abri creusé dans le sable, il agrippait ses proies avec des mâchoires puissantes. © James Ormiston

Un cousin de ce ver géant existe encore aujourd'hui...

Mats Eriksson, l'un des auteurs de l'article paru dans Scientific Reports, explique que le gigantisme est une voie évolutive connue chez les animaux mais W. armstrongi est le premier exemple chez les vers marins fossiles. Les descendants actuels des polychètes de cette époque sont généralement de tailles modestes. Seuls quelques-uns sont restés géants. Les auteurs classent leur ver du Dévonien dans la famille des Eunicidés. Il en existe aujourd'hui un membre célèbre, Eunice aphroditois, que les Anglo-saxons préfèrent appeler le ver Bobbit (Bobbit worm) pour des raisons que nous laissons au lecteur le soin de découvrir.

Cet animal plutôt terrifiant atteint parfois trois mètres de longueur et vit dans le sud des océans Indien et Pacifique. Il mord des proies qui s'approchent de son refuge dans le sable, les saisit et les engloutit pour les dévorer. C'est ainsi, sans doute, que devait chasser W. armstrongi. Pourquoi le gigantisme apparaît-il chez certaines lignées et pas chez d'autres ? Comment s'est-il répandu chez les vers marins ? Les paléoenvironnements et la faune de cette époque sont encore trop mal connus pour répondre à ces questions.

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