Une « forêt fantôme » envahie par l’eau salée sur les côtes de Caroline du Nord. © NCWetlands, Flickr
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Les « forêts fantômes », nouvelle menace pour le climat

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[EN VIDÉO] La circulation du CO2 dans l'atmosphère comme vous ne l'avez jamais vue  Dans cette vidéo de la Nasa, il est possible de visualiser, pour la première fois, avec un niveau de détails impressionnant et en trois dimensions, le cycle du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, sur une année. Dans la perspective de mieux prédire l’évolution du changement climatique en cours sur le long terme, les scientifiques ont besoin de recueillir un maximum de données sur la circulation de ce gaz à effet de serre émis massivement par nos activités humaines. 

L'élévation du niveau de la mer empoisonne les forêts côtières, qui se mettent à aspirer le carbone du sol pour le relâcher dans l'atmosphère. Un phénomène inquiétant surnommé « arbre péteur » et qui s'étend de plus en plus.

En principe, les arbres captent le CO2 pour relâcher de l'oxygène. Lorsqu'ils meurent, le carbone reste stocké dans le bois, ce qui fait que la forêt peut être considérée comme un puits de carbone. Mais ce cercle vertueux pourrait être complètement chamboulé par la montée des océans. En pénétrant dans la forêt, le sel « aspire » l'eau des cellules des arbres et dessèche les graines. La forêt ne pousse plus et les arbres se meurent, remplacés par des arbustes et des plantes herbacées plus tolérantes au sel. On observe alors des troncs d'arbres dressés verticalement dépourvus de feuilles et de branches, constituant des « forêts fantômes ».

Le phénomène des arbres péteurs

Or, ces arbres morts émettent des « pets » en agissant telle une paille qui aspire le carbone du sol pour le relâcher dans l'atmosphère, atteste une nouvelle étude parue le 10 mai dans le journal Biochemistry. Les chercheurs ont mesuré les émissions de dioxyde de carbone, de méthane et d'oxyde nitreux provenant des souches de pin et de cyprès chauve dans cinq « forêts fantômes » de la péninsule d'Albemarle-Pamlico en Caroline du Nord en 2018 et 2019. Résultat, les arbres morts augmentent les émissions de gaz à effet de serre de l'ensemble de l'écosystème d'environ 25 %, atteste l'étude.

L’élévation du niveau de la mer aboutit à la mort des forêts côtières. © NCWetlands, Flickr

Le sol lui-même demeure toutefois le plus gros émetteur de gaz à effet de serre. Dans les marais côtiers, chaque mètre carré de sol émet en moyenne 416 milligrammes de CO2, 5,9 mg de méthane et 0,1 mg d'oxyde nitreux par heure. Les arbres morts, eux, rejettent environ 116 mg de CO2, 0,3 mg de méthane et 0,04 mg d'oxyde nitreux (protoxyde d’azote) par mètre carré et par heure, soit un quart des émissions du sol. Mais en aspirant le carbone du sol, ils aggravent la situation. « Ces pets d'arbres sont en quelque sorte le dernier souffle des forêts qui se meurent », explique à Science News Marcelo Ardón, écologiste des écosystèmes à l'Université d'État de Caroline du Nord et coauteur de l'étude. C'est lui-même qui a inventé ce terme de « pet d'arbre » en analogie avec la biologie. « Les pets humains sont causés par les microbes dans le corps ; les gaz à effet de serre émis par les forêts fantômes sont créés par les microbes dans le sol et les arbres », explique-t-il.

Zones humides : bénéfice ou calamité pour le climat ?

Et le problème, c'est qu'en raison du réchauffement climatique, ces forêts fantômes se multiplient. Entre 2001 et 2014, 15 % (167 km2) des terres non aménagées sur la côte de la Caroline du Nord (États-Unis) sont passées d'une forêt côtière à une forêt fantôme, atteste une étude de 2020. Cela a abouti à une augmentation de 19 % des émissions de gaz à effet de serre. Le phénomène n'est pas cantonné aux États-Unis et s'observe partout, notamment dans les grandes zones humides de l'Asie du Sud et du Sud-Est. Toutefois, une bonne gestion de ces zones humides peut à l'inverse avoir un impact positif sur le climat. Selon une étude de 2017, les mangroves, les herbiers marins et les marais stockent entre 10,4 et 25,1 millions de tonnes de carbone dans le monde. Dégager les arbres morts pourrait donc permettre de limiter les dégâts.

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