Éliminer l’agriculture animale pourrait sauver notre Planète, avancent certains chercheurs. D’autres appellent à considérer la question dans toutes ses dimensions. Des réponses plus nuancées apparaissent alors. © nadianb, Adobe Stock
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Arrêter de produire de la viande pourrait-il sauver la Planète ?

Éliminer l'élevage des animaux pour stabiliser les niveaux de gaz à effet de serre dans les décennies à venir. L'idée du « tous végétariens » a une nouvelle fois été lancée il y a quelques jours. Pas par un quelconque candidat à l'élection présidentielle à venir. Non. Par une équipe de chercheurs américains. Alors Futura s'est posé la question de la pertinence de cette idée et Marc Benoit, ingénieur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), a accepté de nous apporter quelques éléments de réponse.

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[EN VIDÉO] La (sur)consommation de viande, mauvaise pour le climat  L’élevage est un secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre. Il est aussi responsable d’une grande partie de la déforestation. Ainsi, la consommation de viande, surtout en excès, apparaît mauvaise pour le climat. 

En France métropolitaine, l'agriculture est responsable d'environ 19 % des émissions de gaz à effet de serre (Citepa 2021). C'est moins que le secteur des transports qui tourne autour des 30 %. Mais cela reste conséquent. Et l'élevage, à lui seul, compte pour moitié de ces émissions -- 48 % contre 40 % pour les cultures et 12 % pour les engins associés à l'activité. Voilà pour les chiffres. Reste à comprendre ce qui se cache derrière et surtout, à quel point il serait envisageable de faire baisser les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur de l'élevage.

En 2016 déjà, des chercheurs avançaient que l'adoption à l'échelle mondiale d'un régime végétarien réduirait jusqu'à deux tiers des émissions liées à l'alimentation. Et, en ce début 2022, d'autres chercheurs suggèrent qu'une transition progressive sur 15 ans vers un régime sans produits animaux pourrait stabiliser les émissions de GES pendant les 30 années à venir. « Tous végétariens dans 15 ans, c'est impossible », estime Marc Benoit, ingénieur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). « La question que nous nous posons, aujourd'hui, à l'Inrae, c'est de savoir quelle serait la part optimale de l'élevage dans l'alimentation humaine pour répondre à un certain nombre d'enjeux. Parmi lesquels, celui du changement climatique. »

Rappelons d'abord qu'il ne fait aucun doute aujourd'hui que l'élevage a un effet délétère sur le climat. Notamment parce qu'il émet beaucoup de méthane (CH4), un puissant gaz à effet de serre. D'où l'idée de plus en plus répandue de limiter -- plus ou moins drastiquement -- son étendue.

« Consommer des animaux, ce n'est pas non plus optimal. On nourrit cinq à dix fois moins de personnes avec un ruminant qu'avec les céréales et les oléoprotéagineux qui ont servi à nourrir l'animal », nous précise Marc Benoit. Ce qui explique pourquoi en France, les consommateurs bio utilisent moins de surface agricole que les consommateurs conventionnels. Alors même que les rendements sont inférieurs d'environ 20 %. « Parce que leur consommation de protéines animales est moindre. » Il y a donc des arguments forts en faveur d'une diminution de la part de l'élevage dans l'agriculture.

Dans les économies, l’élevage occupe une place de choix. Et malgré les questions notamment environnementales et éthiques qu’il pose, il rend aussi beaucoup de services à la société. © CDSTOCK, Adobe Stock

Oui à l’élevage, mais à un élevage raisonné

« Mais si l'on espère produire plus proprement, sans pesticides, sans herbicides, en particulier pour les grandes cultures céréalières, il va falloir casser naturellement les cycles des maladies et des ravageurs et, pour ce faire, complexifier ces cultures », nous explique Marc Benoit. En rallongeant les rotations. Et en incluant des cultures fourragères. « Le mieux, ensuite, sera d'encourager l'élevage, les herbivores en particulier, pour les valoriser. »

On comprend mieux pourquoi l'ingénieur de l'Inrae évoquait en introduction, un optimum à trouver. Le calcul a été fait pour le cas particulier des Pays-Bas. Les chercheurs (H. Van Kernebeek et al., 2014) recommandent une part de 12 % de protéines animales dans le régime alimentaire des Hollandais. À moins de 12 %, l'agriculture locale en viendrait à occuper plus de surface pour nourrir la même population.

« Dans le monde, l'optimum se situerait à environ 25 % », indique Marc Benoit. Car le chiffre varie selon les pays. « Dans les régions montagneuses, l'animal est intéressant. Il profite de zones pastorales sur lesquelles il est de toute façon impossible de produire des aliments à destination des Hommes. » Il y aurait ainsi dans le monde, pas moins de 1,3 milliard d'hectares de surfaces agricoles non cultivables. Des surfaces que certains appellent à boiser. Pour stocker un peu plus de carbone.

« C'est un pari risqué. D'abord parce que sans animaux pour entretenir ces paysages, les broussailles vont prendre le dessus », commente pour nous Marc Benoit. De quoi augmenter le risque d'incendie. Un risque déjà accru dans le contexte de réchauffement climatique« Et il faut rappeler que la biodiversité s'épanouit plus dans les milieux semi-ouverts comme ceux qu'entretiennent les herbivores. Pas dans les forêts ». Sans parler de la question sociale : que vont devenir les dizaines voire centaines de millions d'éleveurs de ces zones ?

Réduire notre consommation de viande pour nourrir tout le monde avec une agriculture plus propre

Ainsi, demander à tout le monde de se convertir au végétarisme ne serait pas seulement impossible, mais en plus, totalement contre-productif. Et malgré des considérations environnementales, nutritionnelles ou encore éthiques grandissantes, la part de produits animaux dans l'alimentation d'un Français moyen reste aujourd'hui de 60 à 70 %. « L'optimum, ce serait sans doute de diviser la consommation de viande des pays occidentaux par trois ou quatre. Cela nous aiderait à nourrir tout le monde avec une agriculture plus propre. »

Dans les pays en développant, la question se pose encore de manière différente. « En Afrique, il y a de réels enjeux nutritionnels », nous rappelle l'ingénieur de l'Inrae. Il ne faut pas perdre de vue que, si dans les pays de l'OCDE, les fermes comptent en moyenne sur 20 hectares par actif agricole, « près de 94 % des actifs agricoles (chiffres FAO) se situent en Afrique ou en Asie, sur des fermes de moins de 2 hectares. » De toutes petites exploitations qui intègrent un minium d'élevage. « Parce que si l'élevage peut avoir un effet délétère sur le climat, il rend aussi de nombreux services. » Les animaux, nous l'avons déjà évoqué, consomment les coproduits de la ferme. Ils peuvent aussi, grâce à des méthaniseurs miniatures, fournir le gaz qui servira à cuisiner. Parfois même, la bouse -- lorsqu'elle n'est pas redistribuée sur les terres pour la fertilisation -- sert à chauffer une pièce ou cuisiner. Et surtout, dans ces pays bien moins mécanisés que les nôtres, les animaux apportent une aide précieuse au travail.

Une mise en perspective qui permet une fois de plus de prendre conscience que la question n'est pas simple. Dans nos pays occidentaux, la consommation de viande est excessive. Cela met notre climat en danger. Supprimer l'élevage aiderait à résoudre ce problème. « Mais, au niveau mondial, il y a des enjeux économiques, sociaux, d'occupation du territoire et de services rendus sur lesquels on ne peut pas fermer les yeux si on veut faire du développement durable, conclut Marc Benoit. Pour chaque pays, il faut travailler à un optimum de la part de l'élevage dans l'activité agricole qui permettra de nourrir tout le monde sans épuiser les ressources de la planète. »

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