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Ça fait peur : la bière menacée par le réchauffement climatique

ActualitéClassé sous :climatologie , changement climatique , orge

L'augmentation des températures pourrait modifier le goût de la bière, car le climat influence la composition de l'orge, la céréale utilisée pour fabriquer le breuvage. C'est pourquoi des chercheurs tentent de sélectionner des souches végétales résistantes à la sécheresse.

D’après Peter Gous, chercheur à l’université du Queensland (Australie), le prix de la bière pourrait fortement augmenter à cause du réchauffement climatique. © Frédérique Voisin-Demery, Flickr, cc by sa 2.0

Si les températures s'élèvent, les régions où pousse l'orge pourraient être plus souvent soumises à la sécheresse. D'où l'idée d'utiliser des caractéristiques des céréales qui poussent dans des conditions arides pour une orge qui supporte la raréfaction de l'eau...

Les faits : les changements de climat modifient l’amidon de l’orge

La bière est produite à partir d'une céréale : l'orge, Hordeum vulgare, dont les graines germées forment le malt. La culture de l'orge est très répandue dans le monde : elle s'étend de la Norvège dans le cercle arctique aux régions tropicales du Mali, des plaines du Gange au niveau de la mer aux hauteurs de l'Himalaya. L'orge sert à l'alimentation et à la production de malt dans différentes parties du monde. C'est l'amidon présent dans ses grains qui contribue à leur qualité.

En raison du réchauffement climatique, la quantité d'amidon dans l'orge pourrait diminuer et le prix de la bière fortement grimper. Voilà pourquoi des chercheurs se sont mis en quête de moyens pour conserver la teneur en amidon des grains d'orge, quelles que soient les conditions climatiques. Ils ont eu l'idée de s'inspirer du sorgho, une céréale cultivée dans des climats arides.

En effet, l'espèce Sorgho bicolor, originaire d'Afrique et utilisée pour l'alimentation, des boissons alcoolisées et des biocarburants, tolère la sécheresse et la chaleur. Ceci est possible grâce à une série de gènes qui lui donnent le phénotype « stay-green » (« reste vert »).

Les chercheurs veulent s’inspirer des caractéristiques « stay-green » (« reste vert ») de l’espèce Sorghum bicolor pour permettre à l’orge de mieux supporter le changement climatique. © Marco Schmidt, Wikimedia Commons, cc by sa 2.5

Décryptage : à la recherche de variétés résistantes à la sécheresse

Certaines variétés d’orges sauvages sont naturellement résistantes à la sécheresse, mais en se focalisant sur les rendements, les agriculteurs ont pu délaisser ces espèces. Une solution serait donc de réintroduire ces caractéristiques naturelles, en suivant l'exemple des cultures de sorgho : d'après Peter Gous, chercheur à l'université du Queensland (Australie), « les agriculteurs ont dû revenir à d'anciennes sources de sorgho et les ont réintroduites, parce qu'avec une agriculture conventionnelle, vous perdez finalement des caractéristiques qui sont bénéfiques », comme la résistance à la sécheresse.

Si la souche de sorgho Sorghum bicolor tolère la sécheresse, c'est grâce à ses caractéristiques stay-green qui augmentent le rendement dans des conditions de sécheresse, notamment grâce au ralentissement de la sénescence des feuilles.

Dans un article paru dans Journal of Cereal Science, des chercheurs australiens ont donc comparé deux variétés d'orge : le cultivar Flagship (utilisé en Australie pour produire du malt) qui n'a pas de caractéristique stay-green et une variété de type stay-green sélectionnée par l'université du Dakota du Nord et proche de la variété Rawson. Ils ont étudié la qualité de l'amidon de ces deux variétés dans des conditions de sécheresse.

No panic : une souche d’orge résistante à la sécheresse

Dans le cultivar Flagship, des conditions de sécheresse conduisent à augmenter la proportion de longues branches d'amylopectine et d'amylose dans les grains d'orge. De telles modifications qui changent la structure de l'amidon affectent la valeur nutritionnelle du malt.

À l'inverse, le cultivar aux caractéristiques stay-green permettait une meilleure synthèse de l'amidon et une meilleure qualité du grain dans des conditions de sécheresse. Comme chez le sorgho, il est possible que ce soit grâce au ralentissement de la sénescence des feuilles. Les chercheurs suggèrent donc qu'une telle variété stay-green soit utilisée pour éviter les problèmes de qualité du grain dus au changement climatique.

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