À l'heure où de grandes actions de restauration des forêts sont menées à travers la Planète, à la fois pour préserver la biodiversité mais aussi pour lutter contre le changement climatique, une étude pointe du doigt le taux de survie des arbres replantés : la moitié des jeunes pousses plantées ne survit pas plus de cinq ans.

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Préserver la vie sauvage ainsi que les ressources offertes par la forêt est une nécessité, tout comme stocker le carbone dans le sol émis par les activités humaines. Dans ce contexte de réchauffement climatiqueréchauffement climatique, la sauvegardesauvegarde des forêts est plus que jamais d'actualité. Environ 15 % des forêts tropicales du monde se situent au sud-est de l'Asie et elles comptent parmi les meilleurs espaces de stockage de carbonecarbone, grâce à leur incroyable diversité biologique : en plus d'abriter une végétation extrêmement diversifiée, elles sont l'habitat d'espècesespèces menacées comme les tigrestigres, les primates et les éléphants. Cependant, au cours des dernières décennies, cette région a été touchée par une déforestation massive : 32 millions d'hectares ont disparu entre 1990 et 2010. Face à cette catastrophe écologique, de grandes actions de reforestation ont été menées. Mais cette reforestation fonctionne-t-elle réellement ? C'est justement le but d'une étude menée par une équipe internationale réunissant des scientifiques de 29 universités et centres de recherches. L'idée est d'évaluer les résultats à long terme de ces actions sur la régénération des forêts et les résultats sont assez mitigés.

Plus les forêts sont dégradées, moins les jeunes pousses ont de chances de survivre

L'étude, publiée dans Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, a analysé la croissance et la vie de 176 sites de restauration de la nature en Asie, dans des zones où les forêts naturelles ont souffert de la dégradation. L'équipe a constaté qu'en moyenne, 18 % des jeunes arbres plantés meurent au cours de la première année, et ce chiffre s'élève jusqu'à 44 % après cinq ans. Cependant, ce taux de survie varie énormément d'un site à l'autre, mais également selon les espèces. Sur certains sites, 80 % des arbres sont toujours en vie au bout de cinq ans, tandis que sur d'autres, 80 % sont morts à l'issue de la même période. 

Pourquoi une si grande mortalité ? Le problème viendrait de la densité de plantation, du choix des espèces, des conditions climatiques globales, des phénomènes météométéo parfois extrêmes qui ont ravagé les sites lors de certaines saisonssaisons, mais aussi de l'état de dégradation de la forêt avant l'arrivée des jeunes pousses. L'équipe a en effet constaté que dans les zones où la déforestation a complètement anéanti la population des arbres, les jeunes arbres ont plus de mal à survivre. Les jeunes pousses plantées dans des zones où il existe encore des arbres matures ont 20 % plus de chances de survivre, probablement grâce à la protection que les plus grands arbres offrent aux petits contre les phénomènes météo.

Les zones les plus dégradées sont celles avec le plus fort taux de mortalité des jeunes pousses car celles-ci ne bénéficient pas de la protection offerte par les arbres adultes. © Kazuend, Unsplash
Les zones les plus dégradées sont celles avec le plus fort taux de mortalité des jeunes pousses car celles-ci ne bénéficient pas de la protection offerte par les arbres adultes. © Kazuend, Unsplash

La reforestation reste plus rapide que de laisser la nature se régénérer

Pour autant, les tentatives de reforestation sont loin d'être inutiles : une restauration active de la végétation donne des résultats plus rapides que le fait de laisser la nature suivre son cours toute seule, la régénération naturelle étant bien plus lente. L'un des auteurs, le professeur David Burslem, explique que « cette étude fait aussi office d'avertissement. Il est nécessaire de protéger nos forêts actuelles autant que possible, car on se rend compte de deux choses : que les résultats de la restauration de la végétation sont très incertains et pas garantis, mais aussi parce que nous avons besoin des graines des forêts encore en vie pour pouvoir en planter de nouvelles ! » Comme le précise un autre chercheur qui a participé à l'étude, Robin Chazdon, « planter des arbres comme nous le faisons actuellement ne suffit pas, il faut s'assurer qu'ils puissent grandir et aider les forêts à survivre sur le long terme ».