Ici, la langue glaciaire du glacier Thwaites, dans l’ouest de l’Antarctique. Pour la première fois, des chercheurs ont étudié les dessous de ce glacier à l’aide d’un sous-marin autonome. Et les données qu’il a rapportées sont plutôt inquiétantes. © Nasa
Planète

Ils plongent sous le « glacier de la fin du monde » et reviennent avec des nouvelles inquiétantes

ActualitéClassé sous :Antarctique , Réchauffement climatique , glacier Thwaites

[EN VIDÉO] La fonte de la glace s’accélère  Partout dans le monde, la glace fond à une vitesse de plus en plus grande. Des données satellites très précises permettent désormais aux chercheurs d’évaluer le volume de glace perdu au fil des années. Entre 1995 et 2017, quelque 28 trillions de tonnes — soit 28x1015 tonnes — de glace ont été perdues sur l’ensemble de la planète. © CPOM 

Depuis quelques années maintenant, les chercheurs reconnaissent le glacier Thwaites, situé dans l'ouest de l'Antarctique, comme l'un des plus sensibles au réchauffement climatique anthropique. Et de nouveaux travaux pourraient justifier encore un peu plus son surnom de « glacier de la fin du monde ». En plongeant -- virtuellement -- pour la première fois sous le glacier Thwaites, des chercheurs ont en effet découvert des courants d'eau chaude qui semblent menacer les piliers sur lesquels il repose.

Nouveau ! Écoutez l'article :

Catastrophique. Apocalyptique. Ou encore « jour du jugement dernier ». « Jour de la fin du monde ». Ce sont quelques-unes des traductions possibles pour le terme « doomsday » employé par les anglophones pour qualifier le glacier Thwaites. C'est un glacier de l'inlandsis de l'ouest de l'Antarctique. Et ce surnom, il le doit à sa taille impressionnante. Près de 200.000 km2 -- c'est le tiers de la superficie de la France. Mais surtout au fait que depuis quelques années, il compte pour une part importante -- un tiers en 2012 -- de la masse de glace perdue du côté de la baie de l'île du Pin qui s'ouvre sur la mer d'Amundsen.

« Le niveau mondial de la mer est affecté par la quantité de glace sur terre. Or la plus grande incertitude dans les prévisions est l'évolution future de l'inlandsis de l'Antarctique de l'ouest », explique Anna Wåhlin, océanographe à l'université de Göteborg (Suède), dans un communiqué. Car si la calotte glaciaire de l'Antarctique occidentale représente 10 % du taux actuel d'élévation du niveau de la mer, elle représente aussi l'un des plus grands potentiels à l'élévation dans le futur. Parce que les changements climatiques les plus rapides du monde se produisent dans la région.

C'est pourquoi les chercheurs de l’université de Göteborg ont souhaité aller voir de plus près ce qui se joue du côté du glacier Thwaites. On plus exactement... sous le glacier. Le glacier Thwaites, de par son emplacement et sa forme, est en effet particulièrement sensible aux courants océaniques chauds et salés qui se frayent un chemin en dessous. Et grâce à un sous-marin autonome -- baptisé Ran --, les chercheurs ont enfin pu mesurer la force, la température, la salinité et la teneur en oxygène de ces courants.

Le sous-marin autonome baptisé Ran a rapporté aux chercheurs des données qui vont leur permettre d’enfin mieux modéliser sa dynamique dans un contexte de réchauffement climatique. © Filip Stedt, Université de Göteborg

Des courants d’eau chaude menacent la stabilité du glacier

« Ce sont les premières mesures jamais effectuées sous ce glacier. Elles vont nous aider à mieux modéliser sa dynamique », précise Anna Wåhlin. Et dans l'immédiat, elles apportent aux chercheurs, des informations sur la répartition des courants océaniques tels qu'ils évoluent sous la partie flottante du glacier Thwaites. Elles ont fait apparaître plusieurs canaux d'eau chaude. « La manière et les endroits où cette eau chaude attaque le glacier Thwaites sont influencés par la forme du fond marin et de la base de la banquise, mais aussi par les propriétés de l'eau elle-même. »

Alors que les chercheurs pensaient qu'une crête sous-marine bloquait l'afflux d'eau chaude depuis l'est, les mesures réalisées par leur sous-marin autonome montrent aujourd'hui au contraire une connexion réelle. De l'eau pénètre sous la plate-forme en provenance de la baie de l'île du Pin. Deux autres canaux venant du nord ont aussi été mis à jour.

Peut-être plus important encore, le fait que les nouvelles données recueillies par les chercheurs font apparaître une zone étonnamment active. Une zone dans laquelle différentes masses d'eau chaude se rencontrent et se mélangent. Dans un ballet qu'il sera important de comprendre pour préciser les processus de fonte à la base de la glace. Mais qui pour l'heure, oriente l'eau chaude vers des endroits critiques du glacier. Des endroits dans lesquels la glace est reliée au fond marin, assurant la stabilité de la plate-forme. On comprend donc qu'une fonte autour de ces « points d'épinglage » puisse être à l'origine d'une inquiétante instabilité. Et de l'écoulement de quantités massives de glace de terre vers la mer.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !