Grâce à des relevés de températures réalisés depuis l’Astrolabe, des chercheurs ont pu mesurer l’augmentation de la température des eaux profondes de l’océan Austral. © Bruno et Marie Cusa, Institut polaire français, IPEV
Planète

Antarctique : les scientifiques observent « un réchauffement rapide et marqué des eaux en profondeur »

ActualitéClassé sous :Antarctique , océan Austral , Eaux de surface

Des vents incroyablement puissants. Des vagues impressionnantes. Des millions de kilomètres carrés de banquise qui, chaque année, se forment et fondent. L'océan Austral ne ressemble à aucun autre. Et il reste l'une des régions les moins mesurées de la planète. Aujourd'hui, des chercheurs nous apprennent qu'il se réchauffe rapidement en profondeur, menaçant les glaces de surface. Précisions de Matthis Auger, doctorant à Sorbonne Université.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Antarctica : découvrez le magnifique livre du photographe Greg Lecoeur  A la fin de l'été austral, le photographe Greg Lecoeur, le plongeur libre Guillaume Nery et le caméraman Florian Fisher sont montés à bord d'un petit voilier à destination du continent blanc. Leur objectif était de plonger dans les eaux glacées de l'écosystème le plus hostile de la planète et de témoigner de sa beauté et de sa fragilité. © Greg Lecoeur 

L'Astrolabe. C'est ainsi qu'a été baptisé le navire-brise-glace construit pour ravitailler la base scientifique française Dumont-d'Urville en Antarctique. Pendant les 120 jours de l'été austral -- soit entre novembre et février --, il parcourt, à raison de trois rotations en moyenne, une distance d'environ 2.700 kilomètres entre la Tasmanie et l'Antarctique. Une occasion unique pour les chercheurs de relever des températures à travers l'océan Austral -- cette région de la planète sur laquelle ils disposent d'incroyablement peu de données --, du nord au sud.

« Depuis l'Astrolabe, nous avons lancé, six fois par an et pendant 25 ans, des sondes de température tous les vingt kilomètres pour réaliser des relevés depuis la surface et jusqu'à 800 mètres de profondeur, nous explique Matthis Auger, doctorant à Sorbonne Université. De quoi construire quelque 10.000 profils de température tout le long de la trajectoire du navire ».

Ces mesures ont permis aux chercheurs d'établir la structure de température moyenne des 800 premiers mètres de profondeur de l'océan Austral. Mais aussi son cycle saisonnier. « Nous avons ensuite pu tracer des tendances de températures le long de cette ligne et faire ressortir trois zones distinctes, poursuit le chercheur. Vers le nord, une région déjà identifiée qui se réchauffe assez fortement. Mais à proximité du continent Antarctique, sur le pourtour de la calotte polaire, un léger refroidissement de surface qui cache un réchauffement rapide et marqué des eaux en profondeur ». Les relevés montrent une augmentation de la température des eaux profondes de 0,04 °C par décennie.

Les scientifiques ont largué des sondes permettant de mesurer la température de l’océan jusqu’à 800 mètres de profondeur depuis l’Astrolabe. © Sébastien Chastenet, OMP, IPEV

Continuer les relevés de températures

Les chercheurs notent aussi une remontée des eaux chaudes vers la surface à raison de 39 mètres par décennie. C'est entre trois et dix fois plus rapide qu'ils le pensaient. « Ce que nous mesurons, en réalité, c'est la position du maximum de température », nous précise Matthis Auger. Car il faut savoir que le profil de température des eaux de l'océan Austral se présente ainsi : les eaux de surface sont plus froides parce que l'air avec lequel elles sont en contact est froid, mais en descendant, la température de l'eau augmente jusqu'à un maximum avant de refroidir à nouveau.

« Sur nos 25 années de mesures, nous avons vu ce maximum de température remonter, prenant petit à petit la place des eaux de surface plus froides. » Un phénomène qui fait craindre aux chercheurs de graves conséquences pour la glace de l’Antarctique. Car « la tendance est la même que dans l'Antarctique de l'ouest, la seule région dans laquelle nous observons à ce jour une réelle fonte de la glace de mer. »

Comment expliquer ce réchauffement de l'océan Austral en profondeur ? « Les mouvements de la glace de mer et des phénomènes de fonte de la glace continentale font que l'océan est moins salé en surface. Résultat, les eaux de surface froides se mélangent moins avec les eaux de profondeur qui, de fait, perdent moins de chaleur. » C'est l'hypothèse principale des chercheurs, que nous décrit Matthis Auger. Mais pour parvenir à préciser le lien exact avec le changement climatique globale, il faudra encore un peu plus de données. Les mesures depuis l'Astrolabe, d'ailleurs, vont se poursuivre.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !