Tchernozioms en Ukraine, les terres les plus fertiles d'Europe. © Daniel Case, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0
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L’Ukraine renferme dans son sol un véritable trésor

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Dépôts aurifères ? Pétrole ? Gaz ? Il est vrai que le sous-sol ukrainien est particulièrement riche en minerais ainsi qu'en ressources fossiles. Mais son véritable trésor se situe certainement bien moins profondément, dans ces terres sombres qui s'étirent à perte de vue : les tchernozioms.

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Alors que les scientifiques alertent de plus en plus sur la dégradation continue de la qualité des sols et sur leur appauvrissement en matière organique, l'Ukraine est l'un des derniers endroits à bénéficier d'un sol extrêmement riche et fertile. Ce sont les fameux tchernozioms, qui signifie littéralement « terres noires ». Cette couleur caractéristique est liée à la présence d'une grande quantité d'humus, de 3 à 15 %. De quoi rendre jaloux la plupart des agriculteurs du monde. Car, actuellement, le pourcentage de matière organique des terres agricoles françaises se situe plutôt autour de 0,5 à 2 %... Sachant que la quantité d'humus dans le sol est un gage de qualité et de fertilité, on comprend mieux d'où vient le qualificatif de « grenier à blé » de l'Ukraine.

Les terres les plus fertiles d’Europe

Le tchernoziom ukrainien se caractérise par une forte épaisseur de terre enrichie en matière organique : 1 mètre en moyenne (mais parfois jusqu'à 6 m), alors qu'elle n'est communément que de 20 centimètres sur les autres types de terres agricoles. Le tchernoziom présente également une grande richesse naturelle en minéraux, comme la potasse et le phosphore. Cette qualité unique permet aux agriculteurs de limiter les apports azotés et d'engrais chimiques. Associée à l'argile, la matière organique joue également un rôle d'éponge en permettant de retenir l'eau dans le sol et de le restituer aux plantes. Même en période de sécheresse, l'humidité retenue dans ces terres noires permet ainsi d'assurer d'importantes récoltes.

Coupe dans le tchernoziom. La diminution de la quantité de matière organique avec la profondeur s'observe par le changement de couleur. © Cezary Kabala, imaggeo.egu.eu, CC by-nc 3.0

Le tchernoziom est sol typique des zones sous climat tempéré continental. À l'origine, il est associé à un environnement de prairies, de steppes, boisées ou non. La roche mère, qui se situe en profondeur, est composée de carbonates, généralement des lœss. La végétation herbacée, caractéristique des tchernozioms sauvages, possède un système racinaire qui se propage profondément dans le sol, permettant ainsi l'enfouissement à grande profondeur de la matière organique. Cette quantité de matière organique est sans cesse alimentée par la décomposition des racines.

L'humification de la matière organique est favorisée par une activité bactériologique faible, en lien avec le climat régnant dans ces régions. Le temps de minéralisation de la matière organique est également très long, ce qui favorise l'établissement d'un sol riche, stable et peu sujet à la dégradation. De plus dans ces régions, les précipitations annuelles sont légèrement inférieures à l'évaporation et ce point est particulièrement important puisqu'il évite au sol le phénomène de « lessivage », synonyme de perte des précieux nutriments.

Des terres qui ne sont pas à l’abri d’une dégradation

Les tchernozioms sont donc depuis longtemps reconnus pour leur fertilité. Ils ont ainsi été très tôt, dès le Néolithique, transformés en terres arables. Et force est de constater qu'il n'existe plus aujourd'hui que très peu de tchernozioms encore à l'état naturel, recouverts de prairies sauvages.

Tchernoziom cultivé en Russie. © Adam Jones, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Et cela est problématique, car même si le tchernoziom est reconnu comme étant actuellement la « meilleure terre agricole au monde », il n'est pas non plus à l'abri des dégâts causés par l'agriculture intensive. La fraction de matière organique dans ces terres noires a en effet drastiquement baissé au fil des décennies. La teneur en humus des tchernozioms serait ainsi passée de 12 % à la fin du XIXe siècle, à 6 % au maximum au début des années 1990.

Ces terres étaient jusqu'à présent considérées comme résistantes à l'acidification en lien avec l’ajout de fertilisant minéraux, malgré tout, certaines études montrent également la dégradation accélérée que subit ce type de sol. Naturellement d'un pH neutre (7), l'acidification des terres noires entraîne en effet une décalcification du sol et donc un appauvrissement progressif. Comme le reste des terres agricoles du monde, les tchernozioms d'Ukraine sont donc également menacés par la surexploitation menée actuellement. 

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