Va-t-on vers une crise du logement en raison du confinement, de l'arrêt de l'activité du BTP et du marché immobilier ? © majorosl, IStock.com

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Le coronavirus s’attaque au marché du logement

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La quasi totalité des chantiers de construction sont à l'arrêt, les transactions immobilières sont gelées, les permis de construire sont neutralisés... Le monde de l'immobilier et du logement est lui aussi percuté par les répercussions de la crise sanitaire due au coronavirus. Malgré le confinement, il reste toutefois possible d'acheter ou de vendre grâce à la signature électronique certifiée par un notaire. 

Face au confinement décidé contre l'épidémie de Covid-19, le marché du logement n'a qu'une certitude : tout s'est arrêté. Pour la suite, les acteurs du secteur évitent de s'avancer. « Tout le monde peut observer ce qui se passe aujourd'hui : un marché à l'arrêt, résumait lundi dans un communiqué Laurent Vimont, président de l'antenne française du réseau Century 21. En revanche, personne ne peut prédire ce qui se passera après la crise du Covid-19 », poursuit M. Vimont, dont le réseau, deuxième français, compte près de 900 agences.

Début avril, c'est d'habitude l'heure des bilans de début d'année pour le logement français. Les chiffres trimestriels des principaux réseaux donnent une première idée du marché. Le coronavirus a tout bouleversé, après plusieurs années de hausse continue des prix et alors que le nombre de ventes avait atteint un record en 2019, à plus d'un million.

Avec le confinement instauré mi-mars, les agences immobilières ont fermé leurs portes. Même si quelques opérations ont pu être achevées dans les premiers jours, les ventes se sont arrêtées. Pour la suite, la plupart des acteurs affichent leur prudence, voire préfèrent ne rien dire, à l'instar du réseau Orpi -- premier de France avec 1.200 agences -- qui a jugé trop tôt pour prendre position.

Au-delà des incertitudes sur la date et les conditions de la levée de confinement, annoncée comme « progressive » par le gouvernement, la principale question touche à la capacité du marché de reprendre à plein rythme quand le moment sera venu.

La mise en place de règles sanitaires de conduite devrait favoriser la reprise des chantiers, mais elle se fait toujours attendre. Chantier de construction à Ajaccio, en Corse, le 20 février 2020. © Pascal Pochard-Casabianca, AFP, Archives

Quitte ou double : reprise rapide ou crise durable ?

Rare acteur du marché à s'avancer un peu dans la prospective, le site Meilleursagents, qui compile les données remontées auprès de plus de 10.000 agences, table sur deux scénarios possibles.

Dans le premier, l'épidémie est maîtrisée avant l'été et les mesures publiques de soutien financier (comme les dizaines de milliards d'euros promis par le gouvernement français) suffisent à absorber le plus difficile. Dans ce cas, « le marché immobilier pourrait repartir sans trop de heurts dès septembre », juge le site. Il met aussi en avant le plan de 750 milliards d'euros prévu par la Banque centrale européenne (BCE), susceptible de pousser les banques à continuer à prêter à des taux d'intérêt extrêmement bas -- l'un des principaux facteurs à avoir alimenté la demande des ménages en matière d'achat de logement.

Mais il y a aussi un scénario noir, face à la double menace d'une réapparition du virus et d'une crise économique durable si les faillites se multiplient face à un arrêt trop long de l'activité économique. « L'hypothèse d'une sortie de crise sans heurts sur le marché immobilier s'envolerait, conclut le site. Celui-ci serait dès lors amené à traverser une phase de repli qui durerait plusieurs années. »

En tout état de cause, pour les mois à venir, il s'attend à une baisse des prix. Mais celle-ci resterait limitée, en particulier dans les grandes villes françaises comme Paris, où le mètre carré a franchi l'an dernier le seuil des 10.000 euros.

En ce début de semaine, 80 % à 90 % des chantiers sont gelés, selon la Fédération française du bâtiment (FFB). © Geber86, IStock.com

Des milliers d'agences immobilières menacées de disparition

L'immédiat reste, de fait, la préoccupation première des agents immobiliers, inquiets pour leur propre capacité à survivre aux prochains mois. « Aucun n'était armé pour encaisser durablement un tel choc », estimait la semaine dernière dans un communiqué Jean-Marc Torrollion, président de la Fnaim, première organisation du secteur. La Fnaim estime que 3.000 agences, soit 20.000 emplois, pourraient disparaître à la suite de la crise, victimes de plusieurs mois d'inactivité.

Aucun agent immobilier n'est armé pour encaisser durablement un tel choc

Afin de permettre un fonctionnement minimal du marché, le gouvernement a néanmoins pris quelques mesures. Depuis ce week-end, un décret permet de signer à distance la vente d'un logement auprès d'un notaire. Le ministère du Logement a également promis de retravailler une ordonnance très critiquée par la profession. Prise dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, elle laisse un long délai à l'acheteur ou au vendeur pour renoncer à l'opération : elle gèle les procédures administratives le temps de l'état d'urgence prévu jusqu'à fin mai, puis une fois celui-ci levé, ajoute encore un délai d'un mois par rapport à ce qui était initialement prévu.

L'acte de vente d'un logement neuf ou ancien pourra être signé à distance au moyen de la signature électronique recueillie par le notaire sur tout le territoire. © Pattanaphong Khuankaew, IStock.com

Signer l'achat d'un logement sans aller chez le notaire pendant la crise, c'est possible

L'acte de vente d'un logement neuf ou ancien pourra être signé à distance, par visio-conférence, au moyen de la signature électronique recueillie par le notaire sur tout le territoire, en vertu d'une dérogation qui durera jusqu'à un mois après la fin de l'urgence sanitaire, selon un décret paru au Journal officiel. Ce décret du 3 avril publié samedi au J.O. permet aux notaires d'« établir un acte notarié sur support électronique lorsqu'une ou toutes les parties ou toute autre personne concourant à l'acte ne sont ni présentes ni représentées ».

« Ce décret permet de déroger de façon temporaire à l'exigence de la présence physique chez le notaire pour la réalisation des actes notariés », précisent dimanche le ministère de la Justice et celui de la Cohésion des territoires dans un communiqué. Cela concerne les ventes dans le neuf comme dans l'ancien et ce, jusqu'à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la date de cessation de l'état d'urgence sanitaire, indique ainsi le gouvernement.

L'objectif est d'assurer « la continuité de l'activité notariale, notamment les achats immobiliers des Français, tout en sécurisant le caractère authentique des actes dans le respect des consignes sanitaires de distanciation sociale » en vigueur pour maitriser l'épidémie de Covid-19 », conclut-il.

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