Sciences

Vinification : rouge, blanc, champagne…

Dossier - La chimie du vin
DossierClassé sous :chimie , raisin , vigne

Pascal-Antoine Christin - Olivier Junod

Le raisin est le fruit de la vigne, arbrisseau grimpant dont une variété seulement est cultivée. Découvrez tout de la chimie du vin dans ce dossier.

  
DossiersLa chimie du vin
 

Il existe de nombreuses façon de faire du vin. Elles dépendent du style de vin recherché et, pour beaucoup, des régions. Nous allons donc ici essayer de décrire une façon de faire la plus générale même si cela inclut que l'on passe à côté de beaucoup de détails. Découvrez notamment les étapes de la vinification en rouge, en blanc et en champagne.

Comment transformer le raisin en vin ? Ici, des tonneaux de vin. © LoggaWiggler CCO

Vinification en rouge

Le vin rouge ne peut être obtenu uniquement à partir de raisin noir. Il est toutefois fréquent d'ajouter un peu de raisin bleu afin de faire des vins plus fins.

Tout d'abord, le raisin est, comme pour la vinification en blanc, partiellement égrappé et foulé. Le moût est extrait du raisin par modération par pression modérée. Il est par contre important de ne pas écraser les pépins car leurs substances ne doivent pas entrer dans la composition du moût. Il est toutefois possible de laisser les rafles. En effet, celles-ci n'influencent pas la couleur mais uniquement la teneur en tanin.

Le raisin, plus ou moins égrappé et écrasé, est ensuite mis dans une cuve de fermentation où s'effectuent la fermentation et la macération pendant 3 à 21 jours, à une température de 25 °C à 30 °C. La fermentation est le résultat du travail des levures qui transforment le glucose en alcool éthylique et en gaz carbonique selon l'équation de Gay-Lussac. Il est possible à ce moment là d'effectuer un sulfitage afin d'éliminer les organismes déjà présents dans les raisins et ainsi d'éviter des fermentations non contrôlées.

 

Pendant la fermentation, la pulpe et la masse de peau, qui donnent couleur et tanin, flottent sur le jus et forment le « chapeau ». La méthode la plus courante pour mêler les différents éléments au jus est de pomper le jus par une ouverture inférieure de la cuve et de le répandre sur le chapeau. Lorsque la fermentation est terminée, on soutire le liquide et le chapeau tombe au fond de la cuve. On presse le résidu pour en extraire le vin qu'il peut encore contenir. Les produits de ce pressurage seront vinifiés séparément pour faire un vin ordinaire, appelé vin de presse, à l'usage des ouvriers de la propriété. Le liquide soutiré, appelé vin de goutte, est également vinifié de son côté, il donnera du bon vin qui vieillira en fût de chêne.

Les deux vins ainsi obtenus peuvent être soumis, chacun de leur côté, à une fermentation malolactique, afin de stabiliser biologiquement les vins. Durant cette dernière étape, l'acide malique et transformé en gaz carbonique et de l'acide lactique. Ainsi, l'acidité du vin baisse et la probabilité de voir une fermentation malolactique non contrôlée avoir lieu avec. Le vin peut alors être placé dans des fûts en chêne pour des vins à vieillir ou alors être mis en bouteille pour être commercialisés comme vins à boire jeunes.

Les vins rouges sont soutirés régulièrement. C'est cette opération qui permet de séparer le vin clair de ses dépôts et lies (levures mortes). Il s'agit de transvaser le vin d'un fût à l'autre en laissant ses divers déchets dans le premier. Il est fréquent de rajouter de l'anhydride sulfureux avant la mise en bouteille afin de tuer les derniers microorganismes et ainsi de stabiliser le vin.

Macération carbonique

La vinification carbonique est une alternative de la vinification en rouge. Les cépages les plus couramment utilisés pour cette méthode sont le Carignan, le Grenache et le Gamay.

Le raisin est placé dans une cuve à atmosphère carbonique (CO2) avant d'être foulé. Ainsi, il se produit une macération carbonique. L'absence d'oxygène et la condition relativement sèche de la cuve retardent le début de la fermentation alcoolique. Elle commence à l'intérieur des raisins et non dans le moût comme dans la vinification classique. Durant la période où le raisin est laissé dans la cuve, c'est à dire quatre à cinq jours, une fermentation intracellulaire a lieu qui transforme une partie du sucre en alcool sans la présence de levures. Le contenu de la pellicule se diffuse peu à peu dans la pulpe du raisin. Ce sont ces substances contenues dans les cellules de la pellicule qui déterminent la couleur du vin. La pulpe est effectivement blanche.

Le lent déclenchement de la fermentation et le contact prolongé du jus et de la peau permettent d'obtenir un plus grand arôme et une meilleure vinosité. Les vins faits entièrement par ou partiellement par macération carbonique sont remarquables par leur arôme fortement fruité et par une plus grande profondeur de la couleur.

Après quelques jours de macération, les raisins sont enfin foulés et décuvés afin de séparer le vin de goutte du marc. Puis ce dernier est pressuré afin de récupérer le reste du vin qu'il contient, appelé vin de presse. Les deux vins ainsi obtenus sont soumis, chacun de leur côté, à une nouvelle fermentation alcoolique, par ajout de levures, afin d'épuiser les deniers grammes de sucre restant. Vient ensuite la fermentation malolactique, afin de stabiliser biologiquement les vins. Durant cette dernière étape, l'acide malique est transformé en gaz carbonique et en acide lactique. Le vin de presse et le vin de goutte, après avoir subi ces fermentations, sont mélangés dans des proportions variables. Cette méthode donne des vins à conservation limitée à boire jeunes. Cette méthode peut également être utilisée pour des vins rosés en laissant le raisin peu de temps dans l'atmosphère carbonique. Ainsi, le vin prendra moins de substances colorantes.

Vinification continue

La vinification continue est basée sur le principe de fermentation continue adoptée dans certaines industries de la fermentation pour ses avantages de rapidité et de régularité. Le but premier était de pouvoir séparer les deux phases de la vinification en rouge, la fermentation et la macération. C'est toutefois un postulat peu réaliste, en tout cas tant que les phénomènes de la macération ne sont pas mieux connus. Les constructeurs des appareils récents ont renoncé à cette séparation et on peut dire qu'en fait la fermentation continue est une simple variante de la fermentation classique.

La vinification continue est une façon d'industrialiser la fabrication du vin. En effet, elle consiste à introduire un liquide de façon continue à l'entrée d'une batterie de fermentateurs communiquant entre eux et à retirer à l'autre extrémité le produit fermenté.

L'avantage est la croissance des populations de levure est constante et ne connaît pas de phase de latence. En effet, en vinification classique, les levures sont introduites dans le moût, elles grandissent et se reproduisent en épuisant ainsi les ressources biologiques disponibles dans le vin. Une phase de ralentissement de la croissance de la population suit donc car le milieu est épuisé en oxygène et en azote assimilable. Dans la vinification continue, la matière première est apportée de manière continue. Les levures ayant donc tout le temps oxygène, sucres et azote assimilable en abondance, elles ne connaissent pas de phase de latence. Leur activité est donc toujours constante et le taux d'alcool et la température du milieu ne fluctuent pas. La vinification continue est très avantageuse économiquement car elle économise beaucoup de main d'œuvre. La qualité du vin se trouve toutefois malheureusement altérée.

Vinification en blanc

Le vin blanc est en général fait à partir de raisin blanc. Il est toutefois possible de faire un vin de couleur blanche à partir de raisin noir. C'est par exemple le cas des vins de Champagne.

Tout d'abord, le raisin est foulé, c'est à dire que le moût en est extrait par pression modérée. Les grains de raisin sont séparés des rafles et des pépins. En effet, sauf cas spéciaux, les meilleurs vins blancs sont ceux qui possèdent le minimum d'éléments provenant de la pellicule, des pépins et surtout des rafles. Comme décrit auparavant, les pépins et les rafles ne doivent pas être pressés et entrer dans la composition du jus. En conséquence, l'extraction du moût est la partie la plus importante de la vinification. C'est de la façon dont elle est faite que dépendra la qualité du vin.

Ensuite, le produit obtenu est égoutté, afin d'enlever le jus mis en liberté par le foulage. Le raisin est ensuite pressuré. Le moût en est ainsi extrait. Le moût et les déchets de raisin, c'est à dire le marc, sont ensuite séparés par centrifugation ou soutirage. Il est fréquent d'effectuer un sulfitage afin d'éviter des oxydations ou afin d'inhiber des levures. Après cela, le moût est placé dans une cuve où on lui ajoute des levures, qui vont par la suite croître. Ces levures serviront à la fermentation alcoolique. C'est durant cette opération, pendant 2 à 4 semaines, que le jus de raisin se transforme en vin. Les levures transforment en alcool et en gaz carbonique le sucre contenu dans le moût. Il vient ensuite une étape facultative, c'est à dire la fermentation malolactique. Cette méthode est surtout utilisée en Suisse, afin de régulariser l'acidité et stabiliser biologiquement le vin. Le vin ayant subi cette fermentation peut être mis en fût de chêne et donner du vin à vieillir. Le reste du vin, qui sera utilisé pour faire du vin à boire jeune, sera alors tout d'abord filtré, afin d'éliminer la lie et de le rendre ainsi absolument limpide.

Le vin ainsi obtenu est ensuite mis en bouteilles selon les méthodes traditionnelles.

Vins blancs doux

Dans les vins blancs doux, contrairement aux vins blancs secs, tous le sucre n'a pas été transformé en alcool. Il existe plusieurs méthode pour obtenir des vins doux. Il est tout d'abord possible d'utiliser du raisin assez riche en sucres. Ces raisins sont toutefois très rares. On peut citer par exemple le cas du célèbres Sauternes.

La manière la plus courante d'arrêter la fermentation est l'utilisation d'anhydride sulfureux. Cet agent chimique tue les levures et autres organismes responsables de la fermentation avant que tout le sucre ne soit consommé. Enfin, le sucre peut être préservé en ajoutant de l'alcool de vin avant ou pendant la vinification. Ainsi, la fermentation s'arrête avant que tout le sucre ne soit transformé car le vin a déjà atteint sa teneur limite en alcool, c'est le cas des vins doux dits " naturels ".

Vins doux naturels

Les vins doux naturels sont obtenus à partir des cépages suivants ; le Grenache, le Muscat, le Maccabéo ou le Malvoisie. Les vendanges ont lieu tardivement, lorsque le raisin est très mûr, voire un peu flétri.

Ce qui caractérise la méthode d'obtention de ces vins est l'addition d'alcool. En effet, après la fermentation alcoolique, qui n'est que partielle, on ajoute de l'alcool neutre. Cet alcool arrête la fermentation de la façon décrite dans le chapitre précédant. Légalement, le vin doit contenir au moins 5° provenant de la transformation du sucre contenu dans le moût. Le vin, après ajout, doit titrer au minimum à 15°. Le fait que la fermentation alcoolique ne soit que partielle permet de garder les caractéristiques gustatives et odorantes des cépages utilisés. En effet, leurs caractéristiques étant liées aux sucres, elles seraient très fortement diminuées par une fermentation complète.

Vinification en rosé

Le vin rosé est fait à partir de raisin noir. Il est obtenu de façon identique au vin rouge, si ce n'est que la durée de cuvage varie. En effet, pour le vin rosé, le raisin n'est laissé à macérer que un ou deux jours alors que, pour le vin rouge, le raisin macère quatre ou cinq jours pour un vin rouge léger et quinze jours pour un vin rouge coloré, corsé et très tannique.

Du vin rosé pourrait également être obtenu en mélangeant du vin rouge et du vin blanc. Cette pratique est toutefois inexistante. Cependant, il arrive fréquemment qu'un peu de raisin blanc soit ajouté au raisin rouge.

Vinification champenoise

Le vin mousseux est fait à partir de raisins noirs (Pinot Meunier ou Pinot noir) ou blanc (Chardonnay). Le raisin est ramassé très tôt, avant qu'il ne soit mûr.

Ce qui fait la particularité de la méthode champenoise est le pressurage. En effet, le raisin est pressuré sans foulage. Les raisins sont amenés dans une cage d'un pressoir. L'extraction du jus est provoquée par le pressurage qui fait éclater les peaux en compressant le raisin et laisse ainsi échapper progressivement le jus.

Ainsi le jus sortant le premier est celui provenant de la pulpe se trouvant à égale distance de la pellicule et des pépins. C'est le jus le plus riche en sucre et celui qui contient le moins de substances provenant du raisin ou de la pulpe. C'est donc le jus de meilleure qualité. Pour avoir une efficacité maximale, le pressurage doit se faire lentement et de façon constante. On obtient ainsi un jus clair et limpide. Le moût ainsi obtenu subit alors une fermentation alcoolique. La fermentation malolactique n'est elle jamais souhaitée. Il arrive toutefois qu'elle ait quand même partiellement lieu.

Une autre particularité de la méthode champenoise est la présence d'une fermentation secondaire dans des bouteilles hermétiquement fermées. Pour se faire, on ajoute du sucre au vin de base après la fermentation classique. On place ensuite les bouteilles les unes par dessus les autres en position horizontale, dans une cave à 10°C environ. Les bouteilles restent ainsi pendant plus de quatre mois, durée durant laquelle la fermentation secondaire a lieu. Cette fermentation transforme l'ajout de sucre en gaz carbonique et en alcool. Le gaz carbonique produit ne pouvant s'échapper se dissout dans le vin.

Après le temps nécessaire à cette fermentation secondaire, les déchets (levures mortes et dépôts divers) sont enlevés. Pour se faire, on amène ces déchets à entrer en contact avec le bouchon par remuage, c'est à dire des secousses saccadées faites à la main. On enlève alors le bouchon par une méthode spéciale appelée dégorgement permettant de limiter au maximum les pertes.

Asti spumante

L'asti spumante est un vin mousseux provenant de la région d'Asti, au sud de Turin. Il est fait à base de Muscat blanc. Sa principale particularité est que la prise de mousse se fait lors de la première fermentation. Le moût est mis à fermenter dans une cuve close. Le gaz carbonique résultant de cette première fermentation donne la mousse. Ce procédé est très efficace car il permet de faire du vin mousseux tout en gardant le goût et le parfum caractéristiques du Muscat.

Clairette

La clairette est un vin mousseux fait à partir du cépage du même nom et dont le plus célèbre représentant est sans aucun doute la Clairette de Die. Il existe deux façons différentes pour obtenir de la clairette. La première est l'utilisation de la méthode champenoise décrite plus haut. La deuxième est la méthode ancestrale depuis 1971. Depuis l'apparition de la méthode champenoise, elle n'est guère plus utilisée qu'à Die, à Gaillac et à Limoux. La principale différence avec la méthode champenoise est que la seconde fermentation qui a lieu dans les bouteilles est due au reste de sucre naturel du raisin. La première fermentation est ralentie par soutirage et filtration. Le vin est mis en bouteille avant que cette fermentation primaire ne soit achevée. Le vin repart alors lentement en fermentation dans les bouteilles bouchées avec ce qui reste de sucre. La clairette de Die Tradition a la particularité d'être partiellement à base de raisin de Muscat. Elle contient au moins 75 % de Muscat. Ce n'est pas le cas de la Clairette de Die Brut qui est faite sans Muscat.

Vins de Porto

Les vins de Porto viennent exclusivement de la vallée du Douro au nord du Portugal. Le sol schisteux, le relief tourmenté, le climat caractérisé par des écarts thermiques accentués au cours des saisons, une faible pluviosité, et une insolation intense durant l'évolution du raisin créent des conditions très spéciales propres à l'obtention de raisins d'une grande richesse en sucres, en arômes, en pigments et composés phénoliques. Les raisins proviennent d'un grand nombre de cépages différents (plus de 15 cépages et 6 cépages blancs). Les raisins sont ramassés très mûrs.

Les raisins sont foulés au pied dans de grand récipients en pierre granitique ou schisteuse. Le foulage se fait sur trois jours. Pendant ce laps de temps commence une légère macération. La fermentation commence à la fin du foulage. Une fois le stade de fermentation voulu, on transvase le jus dans de grands fûts, dans lesquels on ajoute au vin de l'eau-de-vie de vin pour interrompre la fermentation et élever le degré alcoolique jusqu'à près de 18° à 19°. Cet alcool est obtenu par distillation de vins de table régionaux.

Le marc est bien sûr pressé et le vin de presse en fermentation est ajouté au vin de goutte. Après un certain temps de repos, les portos sont classés en deux grandes familles : les blends correspondant aux gros volumes et les vintages correspondant aux vins millésimés. Les blends vieillissent en fût incomplètement pleins pendant 6 à vingt ans. Leur stabilisation se fait donc naturellement. Les cuvées mises en bouteilles sont faites après études gustatives par mélange de vins d'âges divers. Les vintages sont conservés pendant deux ans en fûts pleins et sont traités à la façon des grands vins rouges. Ces vins s'améliorent en vieillissant en bouteille. Leur richesse en polyphénols leur apporte une longévité remarquable.

Vins de Xérès

Le Xérès est un vin blanc espagnol provenant des alentours de la petite de Jerez qui lui a donné son nom. Xérès est en effet le nom français de Jerez, et Sherry en est le nom anglais et allemand. Le principal cépage est le Palomino mais on y cultive aussi une demi-douzaine de cépages secondaires.

Le raisin est laissé, au moment des vendanges, en plein soleil pendant douze à quatorze heures. Il est ensuite pressé et le moût est placé dans des cuves où se produit la fermentation. L'avenir du vin dépend par la suite de l'avis d'expert. Le vin léger et clair avec un fin bouquet sera additionné d'eau-de-vie de vin jusqu'à ce qu'il titre 15,5°. Il deviendra ainsi Fino et Amontillado. Le vin plus corsé, avec moins de bouquet, deviendra de l'Oloroso ou du Cream Sherry après addition d'eau-de-vie de vin jusqu'à 17° ou 18°.

Le vin mûrit ensuite pendant plusieurs années en fûts. Sous l'action des levures sont placées dans les fûts, le vin prendra peu à peu son bouquet unique. Il deviendra également plus sec et deviendra plus riche en alcool. Ainsi, des Finos titrant à 15,5° accusent facilement 21° après cinq ans ou plus.

  Les commentaires ne sont pas disponibles pour le moment.