Corail blanchi en mars 2016 au sein de la Grande Barrière de corail, au large de l’île Lizard. © The Ocean Agency, XL Catlin Seaview Survey, Christophe Bailhache

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La Grande Barrière de corail va mal et ne se remettra pas du réchauffement des eaux

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , blanchissement des coraux , symbiose

Mauvaise nouvelle encore en ce qui concerne la Grande Barrière de corail, située au large de l'Australie du nord-est : en 2017, le blanchissement s'est intensifié dans sa partie centrale. Plus de 1.500 km sont désormais touchés. Surtout, alertent les scientifiques, le phénomène s'est produit deux années de suite, ce qui n'a pas laissé le temps aux coraux de récupérer.

Cela fait deux années consécutives que la Grande Barrière de corail, trésor mondial de la biodiversité inscrit depuis 1981 au patrimoine de l'humanité, est victime de blanchissement sévère. Les spécialistes sont très inquiets pour elle car, selon eux, les chances que les parties les plus touchées puissent s'en remettre sont très faibles. En effet, il faut environ une dizaine d'années pour que les spécimens à croissance rapide récupèrent. Or, comme le souligne James Kerry, biologiste à l'université James Cook (Australie), « deux épisodes graves de blanchissement à douze mois d'intervalle font que les récifs endommagés en 2016 n'ont aucune chance de se rétablir ».

Le blanchissement est provoqué par le départ d'une algue avec laquelle l'organisme vit en symbiose — il lui doit notamment sa couleur et une grande partie de sa nourriture. C'est le stress créé par le réchauffement des eaux qui est à l'origine du blanchissement. Les chercheurs rappellent que c'est la quatrième fois dans l'histoire moderne que ce phénomène se produit : il a d'abord eu lieu en 1998, ensuite en 2002 et, coup sur coup, en 2016 et 2017.

Quand un corail expulse l’algue avec qui il vivait en symbiose. © Brett Lewis, Queensland University of Technology, Youtube

Le blanchissement de la Grande Barrière s’étend vers le sud

Lors de leurs récents survols des récifs coralliens, James Kerry et ses collègues ont relevé que le blanchissement s'était accentué dans la partie centrale de cette structure vivante — la plus grande sur Terre, longue de 2.300 km. Après avoir surtout touché le nord en 2016, le phénomène s'est étendu cette année vers le sud. Désormais, c'est une portion de quelque 1.500 km qui est affectée.

Pour l'instant, seules les parties au sud restent relativement épargnées : environ 10 % des coraux y souffrent de blanchissement contre plus de 60 % au nord et au centre. Cependant, les chercheurs craignent que le récent cyclone de catégorie 4 Debbie, en mars dernier, n'ait causé des dégâts importants dans cette zone, sans pour autant avoir refroidi suffisamment les eaux pour renverser la tendance.

Pessimistes, les scientifiques de l'Australian Research Council's Centre of Excellence for Coral Reef Studies exhortent le gouvernement australien à prendre les mesures qui s'imposent pour réduire le réchauffement climatique et préserver cet écosystème vital.

Pour en savoir plus

En 2016, le blanchissement de la Grande Barrière de corail a surtout touché la partie la plus ancienne, au nord

Article de Xavier Demeersman publié le 29/11/2016

C'est le troisième évènement de blanchissement de grande ampleur qui touche la Grande barrière de corail depuis la fin du XXe siècle. Celui de 2016, toujours provoqué par la hausse de la température des eaux, est le plus dévastateur de tous, causant la mort des deux tiers de la partie la plus ancienne, au nord du récif. Tout cela se produit avec moins d'un degré de réchauffement climatique.

2016, qui s'annonce d'ores et déjà pour l'OMM comme l'année la plus chaude enregistrée depuis les premiers relevés de températures en 1890 (ce serait la troisième année record consécutive) restera dans les mémoires comme une année sombre pour la Grande barrière de corail.

Lorsque la température de l’eau s’élève, le corail expulse son algue symbiotique et blanchit. Chaque petit polype ainsi démuni d'apports nutritifs meurt. Le blanchissement des coraux est donc le dépérissement des coraux. Le phénomène touche actuellement le plus grand récif du monde, la Grande Barrière de corail, en Australie. © Terry Hughes, ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies

Le premier, le réchauffement climatique responsable de la hausse mondiale des températures de l'air mais aussi de celle de la surface des océans, est la cause principale du blanchissement des grands récifs de corail qui s'étendent à faible profondeur le long des côtes du nord-est de l'Australie sur environ 2.300 km. Rappelons que le réchauffement de l'eau provoque l'expulsion par les coraux des algues symbiotiques qui leur donnent leur couleur et leurs nutriments.

Cette année, au cours des neuf derniers mois, 67 % des coraux parmi les plus anciens et préservés du grand récif inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco, principalement situés dans une bande de 700 km dans la partie nord — une zone jusque-là relativement épargnée —, sont morts du fait d'une hausse de deux degrés au-dessus du maximum normal de la température de l'eau.

Pertes moyennes des coraux constatées sur la Grande Barrière longue de 2.300 km. Le nord, jusque-là préservé, est la zone qui a le plus souffert. © Corail Reef Studies

Des évènements de plus en plus graves

« Nous avons vu trois évènements de blanchissement [1998, 2002 et celui-ci, NDLR ; voir aussi l'article initial plus bas] et, à chaque fois, il peut être expliqué par le réchauffement des eaux » a déclaré à CNN l'auteur du rapport, Terry Hughes, directeur de l'ARC (Center of Excellent for Coral Reef Studies) qui, au moyen de reconnaissances aériennes a pu constater l'ampleur des dégâts.

« Cela donne à réfléchir, a-t-il ajouté, car chacun de ces trois évènements a été plus grave que le précédent et cela s'est produit avec moins d'un degré de réchauffement climatique ». Or, la voie que nous empruntons à l'échelle globale conduit plutôt à deux degrés de réchauffement. Pour les auteurs du rapport, il faudra entre 10 et 15 ans pour que les récifs affectés récupèrent... à condition bien sûr qu'il n'y ait pas de nouvelles hausses de température.

Si rien n'est fait d'ici le premier décembre pour la protéger davantage, la Grande Barrière figurera sur la liste des sites en péril, a prévenu l'Unesco (ce qui a failli être le cas déjà en 2015). « Voilà le prix dévastateur que nous payons lorsque le gouvernement australien soutient à bout de bras l'industrie du charbon, a déploré Shani Tager, de Greenpeace Australia, cité par l'AFP. Un plan crédible pour protéger le récif doit commencer par le réchauffement climatique et l'interdiction de mines nouvelles. »

Il y a quand même une bonne nouvelle : les récifs au sud ont été beaucoup moins touchés, seulement 1 % des coraux sont morts au sud. Ils sont 6 % au centre (voir carte).


Des coraux stressés

Article initial de Marie-Céline Jacquier publié le 03/04/2016

Des scientifiques tirent la sonnette d'alarme après avoir analysé les images aériennes de la Grande Barrière de corail, en Australie : de vastes étendues vivent actuellement le pire épisode de blanchissement jamais enregistré.

La Grande Barrière de corail, située au nord-est des côtes australiennes, abrite 400 espèces de coraux et 1.500 espèces de poissons. Elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Le blanchissement a lieu quand les coraux sont stressés par les températures chaudes de l'océan ; ils rejettent alors l'algue symbiotique qui leur fournit de l'énergie par photosynthèse. Sans ces algues, les coraux deviennent blancs et risquent de mourir.

Des scientifiques australiens ont réalisé une étude aérienne de 520 récifs au nord de Cairns, en Australie, sur la partie la plus au nord du récif« Nous voyons un blanchissement très sévère dans la partie nord du récif », a déclaré le professeur Terry Hughes, de l'université James Cook. « Nous avons trouvé seulement quatre récifs sur 520 qui ne sont pas blanchis dans une certaine mesure et plus de 95 % des récifs étaient dans les deux catégories de blanchissement les plus graves. » Précédemment, un évènement de blanchissement datant de 2002 avait conduit 18 % des récifs classés dans ces deux catégories.

Dans un communiqué, il affirme même : « Cela a été le voyage de recherche le plus triste de ma vie, ajoutant que la gravité est beaucoup plus grande que dans les précédents épisodes de blanchissement en 2002 ou 1998 ».

Le blanchissement du corail (taches blanches et jaunes) a été observé lors d’études aériennes de la Grande Barrière de corail. © ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies

Le réchauffement et l'acidification des eaux sont en cause

L'évènement de blanchissement actuel a démarré en juin 2014, époque à laquelle il est apparu dans le centre et l'est du Pacifique. Il s'est poursuivi en différents lieux en 2015 puis cette année. D'après Mark Eakin, expert des coraux, à la fin de l'année 2015, près d'un tiers des coraux dans le monde a connu des températures suffisamment élevées pour causer un blanchissement.

Les scientifiques ont observé trois évènements globaux de blanchissement en 1998, 2010 et aujourd'hui. Or, précédemment, comme en 1998, les évènements de blanchissement ne duraient généralement qu'un an. À chaque fois, ils étaient liés à El Niño. Ainsi, le blanchissement actuel serait lié à l'épisode El Niño 2015-2016, mais il a commencé avant même qu'El Niño soit déclaré.

Auparavant, l'épisode de 1998 était le plus grave jusqu'alors et avait causé la perte de 16 % des récifs coralliens, d'après Mark Eakin. L'impact de l'évènement actuel n'est pas connu. La cause est à rechercher du côté du réchauffement climatique global qui représente une menace majeure pour les coraux : il augmente les températures de l'eau et le pH de l'océan devient plus acide, à cause de l'augmentation du carbone absorbé par la mer. L'acidification de l’océan peut interférer avec la croissance des coraux.

Une étude de 2007 parue dans Science avait déjà alerté sur l'impact du réchauffement climatique sur les coraux : entre 2050 et 2100, la concentration atmosphérique en CO2 devrait dépasser 500 ppm et les températures s'élever de 2 °C, des valeurs qui dépassent celles des 420.000 dernières années. Cet article prévoyait qu'au XXIe siècle le réchauffement climatique et l'acidification de l'océan compromettraient l'accumulation du carbone et que les coraux se feraient de plus en plus rares.

Coral Guardian : l'univers étonnant du corail fluorescent  Dans ce film produit par Coral Guardian, une association protectrice des milieux marins, nous plongeons parmi de merveilleux coraux fluorescents. Un voyage étonnant que nous vous invitons à vivre en vidéo.