La Grande Barrière de corail est touchée par le blanchissement. Elle consiste en une longue série de récifs le long de la côte est de l'Australie, s'étalant sur plus de 2.600 km. Ceux-ci abritent une très grande variété d'espèces. © Dorothea Bender, Champ for ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies

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Le blanchissement de la Grande Barrière de corail atteint 93 %

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De nouveau, des scientifiques australiens s'alarment de la destruction de la Grande Barrière de corail, un phénomène observé depuis l'espace. La quasitotalité des récifs est affectée par la perte des algues commensales. C'est ce que l'on appelle le blanchissement, qui conduit souvent à la mort des petits animaux formant le corail. En cause : un réchauffement des eaux dû à un puissant El Nino, renforcé par le changement du climat.

Début avril, déjà, nous relations l'annonce de biologistes de l'université James Cook, en Australie. En étudiant, sur des images aériennes, les récifs situés au nord de Cairns, ces chercheurs avaient découvert un important blanchissement du corail« Nous avons trouvé seulement quatre récifs sur 520 qui ne sont pas blanchis dans une certaine mesure, et plus de 95 % des récifs étaient dans les deux catégories de blanchissement les plus graves », expliquait Terry Hugues, chercheur de cette université et qui a participé à cette étude. Le survol de la Grande Barrière de corail, confiait-il, « a été le voyage le plus triste de ma vie », ajoutant que les épisodes de blanchissement surviennent de temps à autre mais que celui-ci est pire que les deux derniers records, en 1998 et en 2002.

L'équipe vient d'annoncer les résultats finaux de leur travail et la situation semble encore pire. Le communiqué publié sur le site de l’université James Cook est ainsi titré : « Seulement 7 % de la Grande Barrière a évité le blanchissement du corail ». En tout, 911 récifs ont été passés en revue sur 2.300 km et, comme le montre la carte que nous publions ici, le blanchissement affecte différemment les coraux, avec un gradient nord-sud. Dans la partie la plus australe, seulement 1 % des récifs sont fortement impactés. Au nord, en revanche, le phénomène touche la presque totalité du corail. À des degrés divers, c'est donc l'ensemble de la Grande Barrière qui est affecté. Depuis 2009, cette immense construction naturelle est inscrite à la liste du Patrimoine mondial de l'humanité. Les images du programme Catlin Seaview Survey (photos, vidéos et visite virtuelle via Google Maps), que nous avions publiées à l'époque, ne prennent aujourd'hui que plus de valeur.

Les proportions de récifs affectés par le blanchissement du corail, après huit journées de survol de la Grande Barrière en avion léger et en hélicoptère. Le nord est bien plus affecté que le sud, qui a été rafraîchi à la fin de l'été par des eaux venues des Fidji à la suite d'un cyclone. © ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies, James Kerry

Le corail est fragile

Cet édifice gigantesque est assez fragile et affecté aussi, directement, par les activités humaines, notamment les pollutions des eaux de différentes origines. Les éléments naturels, également, peuvent mettre à mal les récifs et en particulier le réchauffement des eaux. Observé dans la région après un épisode El Niño, il conduit à ce blanchissement d'une partie des individus.

À l'intérieur de chaque compartiment du corail vit un animal (un cnidaire, comme les méduses) qui abrite de nombreuses algues vertes, les zooxanthelles. En échange de cet hébergement, elles apportent leurs sucres, fabriqués avec du gaz carbonique grâce à l'énergie de la photosynthèse.

Un buisson de corail fortement blanchi. © Verena Schoepf, université James Cook

Le taux de mortalité du corail est élevé

Leur situation de locataire est précaire. Leur hôte les accepte quand tout va bien mais peut les expulser ou les laisser dépérir quand la situation se dégrade. C'est le blanchissement, puisque le corail perd sa touche de couleur verte. Si les conditions redeviennent bonnes, l'algue revient. Cependant, si la situation perdure, le corail meurt« Au nord de Port Douglas, nous avons observé une mortalité de 50 %, rapporte Andrew Baird dans le communiqué de l'université. Et, dans certains récifs, la mortalité dépasse 90 %. »

Terry Hugues, qui a comparé les trois épisodes de blanchissement de 1998, 2002 et 2016, explique que les trois sont différents. Cette année, le tiers sud a été en partie épargné car des courants d'eaux plus fraîches y ont été apportés à la fin de l'été par le cyclone Winston. Sans lui, la Grande Barrière aurait été plus touchée encore. Selon les auteurs, il ne fait pas de doute que le réchauffement climatique renforce ce phénomène du blanchissement de la Grande Barrière, d'une grande importance économique, rappellent-ils. De son côté, le gouvernement australien a déjà autorisé la mise en exploitation de la mine de charbon de Carmichael, qui sera la plus grande du monde et la santé de la Grande Barrière est au cœur des débats entre partisans de l'exploitation et opposants.

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